La vie à l'hôpital, épisode 1

Publié le par Fred

Les jours qui ont suivis mon opération de Noël ont été très intenses en rencontres et en actes médicaux divers. Il faut que vous sachiez que mis à part mon opération de l’appendicite en cm2, je n’ai jamais été hospitalisé et je ne connais rien du monde hospitalier. Enfin si, je connais super bien le service des urgences de l’hôpital Cook County de Chicago et le service de diagnostic de l’hôpital Princeton Plainsboro. Mais à part ça et dans le monde réel, je n’y connais pas grand-chose et je vais avoir l’occasion de bénéficier, parfois à mon corps défendant, d’une formation accélérée.

Mon hospitalisation va durer jusqu’au 9 janvier. 16 jours. Et chacun de ces 16 jours m’a fait découvrir quelque chose ou rencontrer une personne marquante pour moi et ma maladie. 16 jours très intenses pendant lesquels beaucoup de choses ont été bouleversées dans ma petite vie jusque-là très tranquille. Pour commencer, j’ai fait la connaissance du docteur C.V., chirurgienne de son état et spécialiste de chirurgie digestive. Pas une infirmière n’a manqué de me dire au cours de mes différentes visites à l’hôpital, en apprenant que c’était elle mon chirurgien, que j’avais beaucoup de chance, que c’était la meilleure. Et je dois dire que je suis tout à fait d’accord. Je ne sais pas si elle fait cette impression à tous ses patients mais pour moi, elle a tout de suite été très concernée par mon cas, me rendant souvent visite, discutant, plaisantant avec moi et Vanessa. C’est elle qui a prononcé la première la phrase titre de ce blog et c’est elle qui m’a annoncé mon cancer. Je suis passé sur le billard avec elle trois fois et à aucun moment je n’ai douté du résultat, même pour des opérations très compliquées où je restais au bloc plus de 5 heures sous ses mains. J’ai tiré de ses visites et de ses encouragements beaucoup d’énergie et je lui dois beaucoup. Au bout de quelques temps, elle m’a appelé son chouchou et l’annonçait à tous les internes qui venaient me voir et à toutes les infirmières qui s’occupaient de moi. Attention hein, occupez-vous bien de Mr Multon pendant mon absence, c’est mon chouchou… Doucement pour la prise de sang, n’abimez pas les bras de mon chouchou. Ça aurait pu être gênant mais ça ne l’était pas du tout et ces remarques adressées aux autres me faisaient sourire jusqu’aux oreilles. Pas sûr que ça plaisait au pauvre petit infirmier stagiaire qui devait me piquer sous le regard et les remarques de la grande chef…

Pour le suivi de mon opération spécifique, j’ai également fait la connaissance d’une stomathérapeute assez géniale, Madame M.M., qui s’est beaucoup occupée de moi et de ma stomie. C’est elle qui m’a tout expliqué du petit bout de colon qui sortait de moi et surtout de comment l’apprivoiser et vivre à peu près normalement avec tout l’appareillage qui lui était nécessaire. Elle a choisi le matériel le plus adapté à mon cas et m’a appris à le poser et l’entretenir. J’ai croisé par la suite une infirmière libérale qui avait connu et été formée par Madame M.M. et qui m’en a dit que du bien et qu’une fois de plus, j’avais eu de la chance d’être tombé sur elle.

J’ai rencontré également des infirmières, des infirmiers et des aides-soignants très compétents, très sympathiques, ayant le sens du service hospitalier et qui par leur chaleur humaine allaient bien au-delà de ce qu’il leur est demandé dans le cadre de leur travail. Je vous ai déjà parlé de la tornade blonde J., mais il y eu également M. l’infirmière avec qui le courant est tout de suite passé. A peine elle était rentrée dans la chambre qu’on se parlait comme si on se connaissait depuis 15 ans. Il y a eu également G. l’infirmier de nuit et F. l’aide-soignante d’une rare gentillesse qui l’accompagne toujours. On les surnomme l’équipe de choc dans le service. Dire que G. est très attentionné est vraiment loin de la réalité. Il est l’attention personnifiée, l’élément pur du tableau périodique des sentiments de Boulet. Je me souviens d’une nuit où de terribles douleurs au ventre m’ont torturé toute la nuit. G. était de service et a vraiment fait tout son possible pour moi. Je le voyais presque souffrir de me voir dans cet état plus que moi je souffrais.

Si j’ai rencontré des personnes fantastiques au cours de ma première hospitalisation, il est bien évident que j’ai aussi rencontré de belles têtes de nœud. Eh oui, on n’est pas au pays des bisounours et tout le monde n’est pas tout gentil et tout mignon. Je vous ai déjà parlé de l’urgentiste qui m’a renvoyé chez moi avec une occlusion intestinale. Lui, il arrive directement en tête de mon top personnel des connards de l’hôpital. Mais faut pas croire, d’autres personnes ont fait tout leur possible pour lui contester la place. La plus sérieuse concurrente à ce titre a été l’infirmière de nuit qui était de service trois jours après mon opération. Durant ce troisième jour, C.V. avait décidé de m’enlever ma sonde gastrique comme il était courant de le faire à ce stade. Seulement, ça ne s’est pas très bien passé pour moi. Le soir, j’ai été pris de vomissements assez terrifiants. Je ne mangeais pas normalement, j’étais nourris grâce à des perfusions donc il n’y avait pas de nourriture dans mon estomac. Il y avait ce fameux liquide verdâtre que j’avais déjà observé quand j’étais en occlusion. Pendant cette nuit, je l’ai vomi plusieurs fois de suite, à chaque fois en me penchant sur le côté du lit car je n’avais pas le temps d’appeler quelqu’un. Au bout de la troisième fois, la fameuse infirmière a décidé que ça ne pouvait plus durer, qu’il fallait faire quelque chose. Et ce quelque chose était de me remettre la sonde gastrique que l’on n’aurait pas dû m’enlever si tôt. Quand elle m’a annoncé cette nouvelle, je me suis souvenu de ma première expérience en la matière (cf. post intitulé Urgences, épisode 2), et je n’étais pas franchement emballé… Mais bon, ce n’était pas moi qui décidais. L’infirmière est donc repartie chercher le matériel. Il y avait quelque chose d’assez agaçant chez cette femme : elle portait des sabots et n’était pas très enthousiaste pour lever ses pieds quand elle marchait. On l’entendait arriver de loin : poum poum poum poum poum poum poum. Quand elle est revenue dans la chambre elle m’a fait assoir dans le lit. Elle a enlevé le tube de son emballage plastique et a sorti de sa poche un spray en bombe. Elle a ensuite pulvérisé ce spray sur le tube deux petites fois et s’est approchée de moi en me disant qu’on allait y aller… Euh, attend ma cocotte, l’autre fois, l’autre infirmière avait littéralement tartiné le tube de lubrifiant en gel et ça m’avait quand même fait un mal de chien… alors c’est pas avec tes deux petits pschitt que ça va aller ! On y va quand même ? Bon ok… Elle m’a enfoncé son maudit tube quasi sec dans le nez. Forcément, ça ne glissait pas très bien et forcément, elle poussait comme une tarée pour le faire descendre. Ok, il est arrivé au niveau de la gorge, on fait une pause comme la dernière fois ? Non ? Bon tu me donnes quand même un verre d’eau pour le faire descendre plus facilement alors ? Ah, non plus ? On continue juste comme ça en m’arrachant la moitié de mon œsophage ? Bon ok… Finalement, le tube est arrivé au bon endroit. Ouf, elle va enfin me laisser tranquille… Bon, pas tout à fait : avant de partir, elle devait quand même faire une petite opération de branchement du tube à une pompe à vide. Opération très simple que même une moitié de demeurée aurait réussie. Mais pas elle ! Elle a mal clipsé un couvercle sur la pompe à vide de telle sorte qu’il y avait une fuite et que la pompe aspirait beaucoup moins bien qu’elle aurait dû. Elle s’est quand même rendu compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, mais, ce brillant cerveau, au lieu de revoir ses branchements, décida qu’il était plus facile de mettre la pompe à fond. Ça faisait un boucan d’enfer et évidemment il était impossible de dormir avec cet avion qui décollait au-dessus de ma tête. Je lui ai demandé si elle était sûre que c’était normal que ça fasse ce bruit-là. Elle a regardé le liquide vert qui sortait de mon estomac et m’a dit que oui, c’est bon, regardez, ça marche. Allez, bonne nuit ! poum poum poum poum poum poum poum… En fait, maintenant que j’y repense, je la mettrais bien première exæquo de mon classement.

Il y a eu ainsi beaucoup de rencontres étonnantes pendant cette première hospitalisation. La liste des tops connards va encore s’allonger, ne vous en faites pas trop pour ça. Mais ce qui sera aussi très nouveaux pour moi pendant cette période particulière, ce sont tous les actes, les examens, les analyses que j’ai dû faire. Tout ceci fera l’objet du prochain post, dans un avenir plus ou moins bref…

Publié dans A l'hôpital

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Christophe 20/11/2013 07:52

Salut Fred,
C'est très émouvant ton récit. Cela fait chaud au coeur de te savoir en de bonnes mains. Ton docteur C.V. m'a tout de suite fait penser à mon Prof. E., qui s'est occupé de moi.
Je me souviens de ces mots qu'il avait prononcé après être passé dans les mains de trois autres médecins: "vous avez peut-être de la chance". Aujourd'hui quand je vois ton courage, ou devrais-je dire: votre courage, j'ai vraiment confiance en cette flamme qui vous anime et vous guide vers des jours meilleurs,
affectueusement,
Christophe

PS: je vous laisse pour aller aider Antoine avec ces voitures de police qu'il vient de recevoir pour son anniversaire. Un grand Merci!

Raph 19/11/2013 16:52

La je dois vraiment allez vomir mais je reviendrai pour le prochain chapitre (que je lirai peut être pas au réveil cette fois)

Christine 19/11/2013 16:36

Oups, je suis encore toute retournée par tes desciptions si réalistes qui me rappelle quelques souvenirs que je n'aurais pas narré avec tant d'humour, ma foi !... En fait, il y a tant de belles rencontres qui marquent, que c'est celles-ci qui compensent, hein... Tu sais que ton courage me fascine ainsi que celui de ton "petit rayon de soleil" toujours à tes côtés.
Merci à toi de partager tout cela avec nous et à bientôt pour la suite de tes "aventures" !!

Isabelle 19/11/2013 13:59

Je suis bien d'accord avec Marie-Jeanne & Aurélie. Quelle riche idée ce blog ! Merci pour ton courage et ton humour, et j'attends la suite avec impatience.

Aurélie 18/11/2013 17:28

C'est vraiment une super idée d'avoir créé ce blog ! Ta façon de raconter est super (même si je sais que tu minimise beaucoup !). Moi qui suis à côté des patients, c'est sûr que ça donne à réfléchir !! " Est ce que je suis aussi une tête de nœuds aux yeux des patients dont je m'occupe ? "
En tout cas, MERCI de partager ton vécu avec nous !!! Et il et certain qu'on attend la suite avec grande impatience !!!

Marie Jeanne 18/11/2013 11:16

Mouais, Fred tu racontes ça d'une façon humoristique et légère mais je t'ai vu avec ta pompe dans le nez et je ne pense pas que c'était si facile que ça !!! Avec le recul, tu peux en parler avec dérision !!!!
Il faut rendre grâce pour tout le personnel super que tu as rencontré ! C'est ça qui est important !!!
On attend la suite avec impatience !