La vie à l'hôpital, épisode 2

Publié le par Fred

Qui aurait pu croire qu’écrire de simples mails et sms serait la chose la plus difficile de ce séjour à l’hôpital ? Car j’en ai connu des moments délicats et si je vous ai déjà raconté le pire, l’infirmière de nuit nulle avec sa maudite sonde gastrique, il y en a eu quelques autres pas piqués des hannetons… Là aussi, ça vaudrait le coup de faire un top 5 je pense. Allez, on va faire ça !... Voici mon top 5 des moments délicats de mon premier séjour à l’hôpital, du moins pire au pire…

trrrrrrrrrrrrrrrrrrrr (roulement de tambour…)

Numéro 5 : Le 27 décembre, pendant la matinée, alors que Vanessa s’était encore faite jeter dehors la pauvre, une aide-soignante est rentrée dans la chambre pour ma toilette. Elle m’a regardé quelques instants puis est ressortie. Je l’ai entendue discuter avec mon infirmière M. derrière la porte. Encore cette manie de penser que les portes de chambre d’hôpital sont faites en plomb de 10 cm d’épaisseur. J’ai bien évidement entendu tout ce qu’elle disait et apparemment elle refusait l’obstacle. Pourtant elle n’était pas toute jeune, elle devait avoir de l’expérience. Faut dire aussi à sa décharge qu’à ce moment, j’étais branché de partout et je ne devais pas être beau à voir. Ça c’est une autre chose dont je ne vous ai pas encore parlé. Après trois hospitalisations, j’ai compris qu’on pouvait aisément estimer son état de santé au nombre de perf, de sondes et autres tubes auxquels on est branché. Ce matin-là, j’avais une perf dans le bras pour les médicaments, une autre pour ma pompe à morphine (on va y revenir à celle-là, ne vous inquiétez pas…) un cathéter dans le cou pour me nourrir avec un espèce de liquide blanc, ma stomie qui évacuait alors ce que j’avais dans le ventre dans une grosse poche en plastique et pour finir, la fameuse sonde gastrique dans le nez. 5 éléments différents donc. Il s’agit là de mon record toute opération confondue. Du moins pour l’instant, croisons les doigts… Bref, apparemment, j’ai fait un peu peur à cette pauvre aide-soignante qui ne devait pas trop savoir quoi faire avec moi et tous ces tubes. Derrière la porte, je l’ai entendue se faire un peu engueuler par M., qui lui a demandé de respecter les procédures prévues pour ce genre de cas, tout simplement, merci. Elle est revenue me voir un peu déconfite et a commencé à organiser tous mes fils pour m’amener à la salle de bain de la chambre. Moi je ne pouvais pas l’aider, je n’avais aucune force, je tenais à peine debout. Elle m’a amené sur une chaise devant le lavabo et m’a demandé avec un air implorant dans les yeux si je pouvais me débrouiller un peu tout seul pour me débarbouiller. Je lui ai dit que oui mais je savais pertinemment que je pourrais juste me passer un peu d’eau sur le visage, rien d’autre. Appelez quand vous aurez fini… D’accord, je vous appelle. Comme prévu, je suis resté 5 minutes à faire couler de l’eau pour rien et comme je n’en pouvais plus, je l’ai appelée. Elle avait fait le lit et c’est avec grand soulagement que je suis retourné sous mes couvertures. Elle a réinstallé tous mes tubes du mieux qu’elle a pu puis elle est sortie, presque autant soulagée que moi. Je ne l’ai plus jamais revue dans le service par la suite. J’espère que ce n’est pas ma faute !...

Numéro 4 : Cela s’est passé la dernière nuit de mon hospitalisation, du 8 au 9 janvier. C’était l’infirmier G. de garde et je ne peux qu’être reconnaissant de cela. A cette époque, j’allais beaucoup mieux. En fait, il était même prévu que je sorte le 8 mais j’avais préféré repousser ma sortie au 9. Pour la première fois de mon hospitalisation, j’avais eu le repas normal le soir, c’est-à-dire, complet avec entrée, plat, fromage, dessert et pain. Et pour une fois, ce n’était plutôt pas mauvais et j’avais mangé de bon appétit. Erreur fatale… Mon système digestif n’était apparemment pas encore prêt pour un tel repas. Quand l’appétit va, tout va, dit le dicton… tu parles d’un dicton débile… J’ai passé la nuit à me tortiller de douleur. La nourriture ne passait pas, ou très difficilement et très lentement. Mon colon était encore trop sensible et ce que je lui avais infligé ce soir-là se révélait trop pour lui. Au début de la nuit, tout se passait bien, la digestion se passait correctement mais on n’était encore pas au bout de la chaîne. Vers minuit, les premières douleurs sont apparues et j’ai demandé à G. des calmants. Il m’a alors donné le maximum qui m’était prescrit à ce moment, c’est-à-dire pas grand-chose. Principalement du doliprane et du spasfon. Ça ne m’a pas fait grand-chose et je n’en pouvais plus de douleur. Vanessa essayait de me calmer, de me faire respirer mais rien n’y faisait. G. venait toutes les 10 min pour voir où j’en étais et à chaque fois, je le voyais complétement désolé de ne pouvoir rien faire. Ses prescriptions étaient précises et il ne pouvait pas me donner n’importe quoi n’importe comment sans avis d’un médecin. Je devais attendre 3 heures avant de reprendre une dose de médicament. Ce fut 3 très longues heures. Trop longues pour tout le monde d’ailleurs car, 20 minutes avant l’heure, G. est revenu me voir pour me dire que cette fois c’est bon, pour 20 minutes c’est ok. Il m’a donc redonné mon doliprane et mon spasfon et cette fois, ça a fait son effet, je me suis écroulé de sommeil sur mon lit. Autant vous dire que depuis cette nuit, je fais très attention à ne pas me gaver comme une baleine le soir…

Numéro 3 : Je vous disais toute à l’heure qu’un des tubes qui était branché à moi était une pompe à morphine. Quelle superbe idée que cette pompe à morphine ! Une douleur un peu trop forte, clic clic et hop, le doux ronronnement de la pompe se déclenche et la morphine coule dans les veines… Finie la douleur ! Oui, bien évidemment, sur une période donnée, la pompe ne délivrera qu’une certaine dose de morphine, décidée par le médecin. Quand on prend une dose, ils appellent ça un prendre un bolus… un quoi ? un bonus ? non non, un bolus… d’accord, comme vous voudrez, tant que c’est ma morphine adorée… Dans les premiers jours suivant mon opération, j’en avais bien besoin de ces bolus… et j’aurais même pris des bonus si j’avais pu… C’était terriblement efficace. Seulement, on ne me l’avait pas dit, mais il y avait un prix à payer… Alors soyons clair, on ne peut pas sérieusement comparer ça à un sevrage pour un drogué mais clairement, j’ai senti un manque quand ils m’ont enlevé ma machine… Mr Multon ça va ? oh, vous n’avez presque pas pris de morphine aujourd’hui, on va pouvoir vous l’enlever si ça va mieux… Quoi ? M’enlever ma super machine, mon précieux ? Si si, regardez, j’en ai besoin, donnez-moi mon bolus ! et mon bonus aussi ! Alors bien sûr, ça c’est dans ma tête. En vrai, je fais le brave… Oui, enlevez-là, je n’en ai jamais vraiment eu besoin de toute façon… Allez donner des bonus à quelqu’un d’autre. Oui des bolus, vous m’avez compris quoi…

La première nuit sans morphine a été dure. Je n’ai pas fermé l’œil. Mais j’avais quand même quelques autres calmants qui m’aidaient. La deuxième nuit a été pire car je pense qu’ils avaient diminué aussi ma dose de calmants. J’avais envie de me gratter partout, de bouger, de taper, mes jambes sautaient toutes seules dans le lit, un simple drap sur moi me faisait mourir de chaud et quand j’enlevais tout, je me mettais à trembler de froid et 2 couvertures ne suffisaient pas à me réchauffer. Le lendemain, j’ai demandé un somnifère pour enfin dormir un peu… Je n’ai pas été déçu du voyage. Je me suis endormi mais on ne peut pas vraiment dire que ça m’a reposé… J’ai eu des visions toute la nuit. Je ne dormais pas vraiment mais je n’étais pas non plus réveillé. Je voyais des choses étranges, des objets curieux défiler sous mes yeux et à chaque fois, je comprenais que ces machins expliquaient tout l’univers à eux seuls. Mon cerveau s’est ensuite attaqué à résoudre le principal problème que j’avais à ce moment précis : ma sonde gastrique. On m’avait expliqué que ce qui rendait cette chose si désagréable était sa composition en plastic qui irritait peu à peu les muqueuses du nez et de la gorge. Qu’à cela ne tienne, il fallait donc utiliser une nouvelle matière qui ne serait pas irritante. Et quelle autre matière que l’eau pouvait répondre à ce cahier des charges ? C’était évident, il fallait utiliser de l’eau. Et bien sûr il fallait inventer l’eau solide (pas la glace hein, je vous vois venir avec vos gros sabots… je parle de l’eau solide à température ambiante…) Je ne comprenais pas que les ingénieurs en matériel médical n’y aient pas pensé avant. Faut vraiment s’occuper de tout ici. Un simple tube d’eau solide et hop, plus de problème avec les sondes gastriques. Ça semblait tellement évident. Evident et un peu dangereux quand même car dans mon délire, je me suis mis à tirer réellement sur ma sonde pour l’enlever et en réclamer une autre en eau solide… Je me suis heureusement réveillé au bon moment car je n’avais pas eu le temps de faire de gros dégâts. Après cet épisode, je n’ai évidemment plus voulu entendre parler de somnifères et petit à petit, je n’ai plus ressenti le manque de morphine et j’ai pu redormir plus tranquillement... Je pense quand même de temps en temps à déposer un brevet pour l'eau solide, ça ne mangerait pas de pain après tout...

à suivre...

Publié dans A l'hôpital

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Nathalie 01/12/2013 18:51

Ouille, en effet c'est le top du top!
En ce qui concerne le brevet, si tu veux déposer au niveau européen et bien tu sais au moins à qui t'adresser;)
Bises

Marie-Jeanne 27/11/2013 14:12

Tu m'a raconté tout çà Fred ! Mais c'est incroyable de le lire raconté par toi !!! Quel talent de conteur tu as ! Evidemment ça n'enlève rien à tout ce dont tu as du subir, la douleur, le stress, le coup de matraque de l'annonce de la maladie ! Mais bon sang t'arrives presque à nous le faire oublier !
Je me dis que tu as le recul de presque un an ! Mais tu racontais déjà tout comme ça sur le moment !
Quand même pour l'eau solide, t'as raison, il faut faire quelque chose !!!!