Le verdict tombe...

Publié le par Fred

Au cours de ma première hospitalisation, pour être sûrs de leur diagnostic, les médecins qui s’occupaient de moi m’ont fait passer toute une batterie d’examens. Je pense que tout le monde savait ce que j’avais à la lecture de mon premier scanner mais il existe des règlements et des procédures très précis à respecter et pour annoncer à quelqu’un qu’il a un cancer, être sûr à 90% ne suffit évidemment pas. Dans un premier temps, on m’a expliqué que mon occlusion était due à une masse. Puis la masse s’est transformée en tumeur mais cancéreuse ou pas, bénigne ou maligne, c’était encore trop tôt pour le dire, gardons espoir et ne voyons pas tout de suite tout en noir. Et enfin le 2 janvier, le docteur C.V. est rentrée dans ma chambre et m’a annoncé tout de suite qu’elle avait de mauvaises nouvelles. A ce moment précis, Vanessa n’était pas avec moi dans la chambre. Normal, c’était le matin et elle se faisait toujours chasser par une femme de ménage qui disait toujours que désolée, mais c’est le règlement, pas de visiteur dans les chambres le matin madame, veuillez m’escuzer, c’est le règlement de l’hôpital, désolée. Ça ne plaisait pas trop à C.V. que je sois seul. Pour encaisser une nouvelle comme ça, d’après son expérience, il valait mieux être deux. Mais bon, j’étais tout seul donc allons-y quand même. Elle s’est assise sur le bord du lit et n’a pas tourné autour du pot une seule seconde. C’est un cancer du côlon. C’est grave. C’est même très grave. On a retrouvé également des lésions dans votre foie et dans vos poumons. Il va falloir se battre, Monsieur.

Comment réagit-on à ce genre de nouvelle ? Larmes ? Crise d’hystérie ? Fou rire ? Déni ? Moi, ça a été plutôt une non réaction. Un cancer métastasé vous dites ? D’accord et sinon, vous, ça va ? Je pense que je le savais, tout simplement. Les médecins ne sont pas très finaux dès fois. Il fallait vraiment avoir des œillères pour ne pas comprendre. Une masse ? Tu parles… C’est peut-être bénin ? Tu parles… Pourquoi vous me regardez avec une tête de trois mètres de long alors ? Et s’il vous plait, messieurs les médecins, pendant votre tournée du matin, arrêtez de discuter du cas du patient juste devant sa porte avec vos grosses voix… Je vous ai entendu plusieurs fois et derrière ma porte, vous n’avez jamais parlé de masse bénigne… Mais je comprends tout à fait qu’il faut avoir tous les résultats définitifs avant d’annoncer ça au patient.

Maintenant que c’est dit, je fais quoi moi ? Déjà prévenir Vanessa. Le docteur C.V. m’a dit de l’appeler car elle voulait parler de tout ça aussi avec elle. C’est pour ce genre d’attention que je respecte infiniment ce docteur. D’autres seraient peut-être simplement sortis de ma chambre et m’auraient laissé gérer ça tout seul. Je ne sais pas, je n’ai pas beaucoup d’expérience en la matière, c’est mon premier cancer après tout… C.V. me répète pendant quelques instants que ma maladie est grave, qu’il faut que j’en prenne bien conscience. Mais elle insiste aussi sur le fait que mon cas est quand même bien à part. Déjà, je suis très jeune pour ce genre de cancer. Statistiquement, il apparait plutôt vers la soixantaine. Donc je serai beaucoup plus endurant et résistant aux opérations et aux séances de chimio que je vais avoir. Euh, pardon, vous avez dit aux opérations ? Il y en aura plusieurs ? Evidemment qu’il y en aura plusieurs. A ce moment, il était prévu que je repasse incessamment sous peu au bloc pour retirer la tumeur originelle au côlon. Ensuite je ferais de la chimio pendant six mois et ils envisageaient alors de m’opérer du foie. Ensuite, re-chimio six mois et après on regarde les poumons. Quand elle m’a annoncé ça, je récapitulais dans ma tête : opération, six mois de chimio, re-opération et re six mois de chimio. Vous dites donc que j’en ai pour plus d’un an et ça ne sera même pas fini ? Je commence à vraiment comprendre maladie grave…

Quand Vanessa est revenue à l’hôpital, C.V. revient nous voir dans la chambre pour parler encore avec nous. Entre temps, j’ai eu droit à une autre visite : la médecin anesthésiste de mon opération. Elle venait voir si on m’avait bien mis mes bas de contention et si je ne risquais pas une petite phlébite. Elle devait suivre aussi mon dossier de près car elle s’est elle aussi assise au bord de mon lit, m’a pris la main, m’a caressé le front et m’a dit exactement la même chose de C.V. : il va falloir se battre. J’ai été très touché par son geste. Donc nous voilà avec Vanessa en train de parler avec C.V. Elle redit à Vanessa la même chose qu’à moi. Peut-être croyait-elle que je n’avais pas compris ? Si si, ne vous inquiétez pas, le cancer, c’est intégré, pas de risque que j’oublie ou que je passe à côté d’une chose comme ça… Mais peut-être que d’autres patients sont complétement dans le déni après une telle nouvelle et ne jugent pas utile d’en parler à leurs proches ? Après tout, c’est possible. Une fois qu’elle a répété qu’on allait se battre (j’ai beaucoup aimé ce « on », eh oui, je le répète encore mais elle est géniale C.V.), la conversation s’est faite un peu plus légère. On a discuté du Pérou. C.V. nous raconte que quand elle était plus jeune, elle a fait un voyage là-bas et qu’elle a visité le Machu Picchu. C’est même là-bas qu’elle a rencontré son futur mari, un touriste français en vadrouille comme elle. Elle nous laisse finalement tous les deux dans la chambre et là s’est posé un de mes plus gros problème : comment annoncer ça ?

Publié dans A l'hôpital

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monique 02/03/2016 18:51

on va faire un dossier en beton...faut qu il soit bien complet...discussion dans le couloir idem... mon mari a vecu ça aussi et moi a travers lui.. sauf que nous on avait pas de Dr CV.. c t bien dommage....je continu ma lecture..... courage

Marie-Jeanne 25/11/2013 10:01

Il y a une petite phrase que j'ai retenue et affichée devant mon ordinateur ! Tirée du poême préféré de Nelson Mandela et récitée par l'acteur dans le film "Invictus" :
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme !
Ca te correspond bien je pense !!!

Céline 24/11/2013 20:58

Quand la nouvelle de ton cancer est tombée, j'ai été pétrifiée. Cela faisait quelques mois que j''avais envie de relire tous les livres sur le cancer que j'avais lus pendant la maladie de papa sans trop savoir comment m'expliquer ce désir de relire tout ça...Comme si quelque chose en moi avait pu anticiper la nouvelle...mais je m'étais simplement dit que je voulais me réapproprier les événements de la mort de papa pour mieux les digérer. Alors quand j'ai su que tu étais malade, je me suis dit c'est pas possible, est-ce que j'ai un 6ème sens ou est-ce que je porte la poisse?... Du coup j'aurais eu envie de partager avec toi sur ce que j'avais lu sur les éléments qui auraient pu t'aider en plus de la médecine traditionnelle. Mais finalement tu m'as fait comprendre que c'était ton combat et celui de Vanessa et que tu n'avais pas forcément envie de nous y impliquer. Maintenant je suis sûre que tu as su trouver ce dont tu as vraiment besoin pour guérir ( car il n'y a que toi qui peut le découvrir) et ce blog en est pour moi une preuve évidente. N'oublie jamais que c'est toi le maître d'œuvre de ta guérison et pas les médecins (même s'ils sont des alliés précieux) et ne néglige pas les soutiens proposés d'où qu'ils viennent. On est tous là à vos côtés.
Céline

Gisèle 23/11/2013 17:21

Le message est parti trop vite je n
'ai pas termine continués à te battre comme tu le fais. Cela me renvoie 13 ans en arrière.
Tu es vraiment génial.
Merci pour ta fraîcheur.

Gisèle 23/11/2013 17:00

Bonjour Fred

Tu es vraiment génial tu as beaucoup d'humour, ton blog devrait servir au niveau pédagogique dans certains services.

Marie Jeanne 23/11/2013 08:34

C'est vrai Fred, quand tu m'as appelée, j'ai vraiment eu le sentiment que tu étais plus préoccupé de la façon dont j'allais réagir à la mauvaise nouvelle que tu m'annonçais, que de la maladie qui s'abattais sur toi ! Je me suis dit "mais enfin c'est lui l'important pas moi !" Tu as dit "on va prendre les choses l'une après l'autre et ça va aller !" Mais vous étiez tous les 2 ! Trés unis ! Vanessa trés attentive ! Je vous admire infiniment tous les 2 ! Mais j'aimerais quand même pouvoir vous soutenir dans les moments de moins bien ! Pour vous "ça va" toujours ! Je vous aime mes enfants !

Anne Marie 21/11/2013 14:02

Ta façon de nous raconter ce qui t'est arrivé nous fait sans cesse basculer entre la larme à l'oeil
et le sourire. Merci de nous faire partager tout ça et félicitations pour votre courage à tout les deux