Première opération

Publié le par Fred

Oui effectivement, ce titre signifie qu'il y aura d'autres opérations à venir. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Pour le moment, en ce 25 décembre 2012 peu après minuit, me voilà dans la chambre 2252 du service de chirurgie digestive de l’hôpital St Joseph. Je suis complètement crevé et Vanessa aussi. Elle s’endort sur le fauteuil de la chambre et moi j’essaye de faire abstraction du tube qui me sort du nez et de la machine qui aspire mon estomac derrière moi. J’arrive plus ou moins à somnoler mais la nuit est quand même bien courte. Ça tombe bien, je n’ai pas trop envie de faire la grasse matinée en fait. Comme un petit enfant le jour de Noël qui ne peut pas rester dans son lit en sachant que ses cadeaux attendent surement au pied du sapin… Sauf que moi, mon cadeau, c’est un appareillage de stomie qui va me pourrir la vie pendant 9 mois ! Eh Père Noël, c’est quoi de ce bordel, y’a embrouille là, je n’avais pas du tout commandé ça !

A 6h du matin, une tornade blonde rentre dans la chambre. C’est mon aide-soignante, J., qui me réveille et a pour mission de me préparer à mon opération. Il faut que je me rase le ventre, que je prenne deux douches complètes à la Bétadine, que je passe des vêtements spéciaux stériles en espèce de papier bleu et mon lit doit aussi être complètement changé avec des draps propres. Comme je peux à peine tenir debout, l’aide-soignante, en bonne tornade bourrée d’énergie qu’elle est, prend tout en main. Je me fais trimbaler, porter, tourner, raser, nettoyer, brosser, laver, sécher, habiller, retourner, re-trimbaler et recoucher dans un lit changé dans l’intervalle en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Après le départ de cette tornade, des gens un peu plus calmes vont se succéder dans ma chambre. Il y aura d’abord une interne qui va m’expliquer un peu mieux ce qu’on va me faire. Je suis très fatigué, j’ai beaucoup de mal à me concentrer. De toute façon, j’avais compris l’essentiel la veille au soir. Ensuite, le médecin-anesthésiste qui va s’occuper de moi au bloc vient me poser les quelques questions d’usage avant une anesthésie. Oui j’ai déjà eu une anesthésie générale. Ah bon ? Oui quand j’étais petit, on m’a retiré l’appendicite. Ah d’accord… Ça compte pas ? Non ça compte pas… Et vous êtes allergique à quelque chose ? euh j’ai le rhume des foins… d’accord… ah, ça compte pas non plus apparemment… bon ben sinon, non, rien de spécial alors. D’accord. Merci, à toute à l’heure.

A 8h un brancardier vient me chercher. C’est le moment de la séparation d’avec Vanessa. Elle me racontera après qu’elle est restée un peu perdue dans le couloir, pendant quelques minutes, ne sachant quoi faire. Ensuite, une infirmière du service lui a expliqué comment ça allait se passer. Elle pouvait rentrer à la maison et pourrait rappeler l’hôpital vers 18h pour savoir ce qu’il en était. De mon côté, j’ai droit à un voyage dans les couloirs du sous-sol pour arriver jusqu’au bloc opératoire. Le brancardier me laisse dans une salle d’attente où plusieurs autres patients attendent comme moi dans leur lit. Je revois l’anesthésiste qui vient me refaire un petit coucou puis des infirmières de bloc qui elles aussi viennent me voir et prendre de mes nouvelles. Puis vient le moment pour moi d’être amené dans le bloc opératoire. Pour cela, je dois quitter mon lit et m’allonger sur un brancard beaucoup moins confortable, plus étroit et surtout sans couverture, simplement avec un petit drap sous lequel je meure tout de suite de froid. On m’amène ensuite dans un des blocs opératoires et aussitôt on commence à s’afférer autour de moi. Les infirmières préparent tout un tas de choses mais surtout, l’une d’elle a la bonne idée de glisser sous mon drap un espèce de sèche-cheveux qui souffle un air bien chaud sur moi qui me fait beaucoup de bien. On rebranche ma sonde gastrique, on me pose une perf sur le bras et bientôt, l’anesthésiste m’annonce que ça va un peu chauffer sur cette perf car elle va commencer à m’endormir. Je sens effectivement un produit passer dans mon bras mais ce n’est pas douloureux du tout. J’essaye de rester le plus longtemps possible éveillé pour bien me rendre compte de comment fonctionne une anesthésie mais je ne vais pas tenir bien longtemps. Je sombre très vite dans l’inconscience.

De cette journée, je n’aurai que des récits indirects. Les médecins m’ont raconté comment l’opération s’était passée, Vanessa m’a dit ce qu’elle avait fait de son côté, mais pour moi, la journée s’est arrêtée vers 9h du matin et a recommencé vers 16h. Au départ, c’est un épais nuage de brume. Je me rends compte que des gens me posent des questions et je réalise également que je leur réponds. Mais c’est comme si quelqu’un d’autre parlait à travers moi. Moi je suis en retrait et j’observe simplement ce qui se passe. Après plusieurs de ces moments entrecoupés de phases de sommeil (ou d’inconscience, je ne sais pas trop…) c’est enfin moi qui me réveille vraiment dans mon corps. Et la première chose dont je prends conscience est la douleur. Atroce. Mon côté gauche me fait horriblement mal. C’est comme si ma côte avait transpercé ma peau et était à l’air libre. Une infirmière vient relever mes constantes (j’ai tout un tas de capteurs branchés partout qui prennent mon pouls, ma respiration, ma saturation, ma fréquence cardiaque et tout ce genre de choses) et s’aperçoit que je suis réveillé. Elle me demande si ça va. Euh nan, pas vraiment. J’essaye de toucher mon côté avec ma main et je sens un truc bizarre en plastique collé sur ma peau à l’endroit de la douleur. L’infirmière me dit alors de ne pas trop toucher ma poche (ma poche ? qu’est-ce que c’est que cette histoire ?) puis me demande si je suis encore à 8 pour ma douleur. A 8 ? Comment ça à 8 ? Ben, sur une échelle allant de 1 à 10 comment vous évaluez votre douleur ? Toute à l’heure, vous m’avez dit que vous étiez à 8. Ah, j’ai vraiment dit ça ? Je suis vraiment un gros menteur alors… J’ai envie de lui crier que je pense être proche du 15 et qu’elle a intérêt à trouver un calmant efficace à me donner. Mais non, pas le moment de passer pour une fillette… Je lui dis quand même que je pense être entre 9 et 10. Elle me dit ok, elle va essayer de faire quelque chose alors. Oui merci, ça serait fort aimable mademoiselle.

Je regarde l’endroit où je suis. En fait, déjà, j’ai retrouvé mon lit à moi. Ensuite, je suis juste dans la salle à côté de celle où j’attendais toute à l’heure avant d’être amené au bloc. Il s’agit de la salle de réveil. C’est une grande salle avec des sortes de petits box indépendants. Je vois plusieurs autres patients, tous branchés à des machines comme moi, certains dans un profonds sommeil d’autres discutant avec des infirmières ou mêmes des membres de leur famille. Un jeune médecin entre dans mon box et me demande si j’ai vraiment mal car je suis sous morphine depuis quelques temps et je ne devrais pas avoir aussi mal. Euh, oui, je confirme, j’ai vraiment très mal. Alors je suis peut-être pas très résistant à la douleur mais vous pourriez pas faire un petit truc quand même ? D’accord, je vais essayer de vous faire un bloc. Ok, faisons donc ça, quoi que cela puisse être…

D’après ce que je comprends, un bloc consiste à une série de petites injections de calmants autour d’un centre de douleur pour l’isoler et soulager le patient. Il pratique donc cela sur moi, et il faut dire que ça ne marche pas vraiment bien. Disons que la douleur tombe à 7-8. Bon, merci d’avoir essayé quand même, hein… Ensuite, entre deux visites d’infirmières pour mes constantes, je me suis penché un peu plus sérieusement sur ce morceau de plastique que j’avais senti toute à l’heure, ma poche comme on l’avait appelé… Je soulève ma chemise et je constate qu’effectivement une poche en plastique est collée sur ma gauche, juste à côté du bas de mes côtes. Cette poche est complétement transparente et je peux voir qu’elle est posée au-dessus d’un petit amas de matière d’une couleur bizarre, entre le rose et le kaki. Bien évidement je comprends tout de suite que c’est un bout de mon colon qui sort de mon ventre à cet endroit. Il est enroulé sur lui-même pour former un petit escargot. Ce n’est pas super joli à voir et ça le deviendra encore moins quand mon transit intestinal se remettra en route normalement, croyez-moi sur parole…

Au fil des heures, la douleur diminue. J’arrive maintenant à l’accepter et faire avec. Je dois quand même être bien bourré de médicaments. On m’annonce que tout se passe bien, que je vais pouvoir retourner dans ma chambre ce soir, qu’il ne sera pas nécessaire que je passe la nuit ici. Et ce qui est dit, est fait : vers 19h30, un brancardier vient me chercher et me voilà de nouveau en train de traverser tout l’hôpital par des couloirs où je n’arrive pas du tout à m’orienter. J’arrive enfin dans la chambre et Vanessa est déjà là à m’attendre. Une infirmière, je ne me souviens plus qui c’était car j’étais un peu dans les vapes, rebranche tout mon bazar. Vanessa me raconte tout ce qu’elle a fait pendant la journée mais je suis très fatigué, je commence à m’endormir doucement. Elle me laisse donc tranquille et s’installe dans le fauteuil de la chambre où elle passera à mes côtés une deuxième nuit de suite.

Publié dans A l'hôpital

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Isabelle 19/11/2013 13:47

Que d'émotions ! Je suis passée du rire aux larmes ! Merci pour ce partage ! Et je confirme : quel talent d'écriture !

céline 16/11/2013 19:50

Coucou Fred.
C'est super d'avoir entrepris d'écrire tout ça! C'est vrai que tu avais eu l'occasion de me parler déjà de certains épisodes. mais là on voit vraiment comment tu as vécu les choses de l'intérieur et ça, c'est vraiment un super cadeau que tu nous fais en nous permettant de mieux comprendre tout ce que tu as vécu. Un grand merci à toi pour ton courage et les efforts que ça doit te demander! Je suis impatiente de te lire à nouveau et de connaître la suite de ton récit.
Un grand merci
Céline