Urgences, épisode 1

Publié le par Fred

Toute mon histoire commence dans un endroit très très classe : les chiottes. Oui, je sais, cet article commence super bien mais que voulez-vous que je vous dise, c'est comme ça. Oh et puis, ne faites pas vos vierges effarouchées hein, vous verrez que plus tard, ça sera pire... eh oui, bienvenus dans le monde de la chirurgie digestive...

Donc, en ce jour de décembre 2012, le 19 au soir après avoir mangé pour être précis, je suis allé faire ma petite affaire aux toilettes. Rien de bien exceptionnel me direz-vous. Eh bien si : je n'allais pouvoir refaire ce geste anodin que 9 mois plus tard.

Au début, avec ma femme, on pensait à une banale constipation. Une petite boite de dulcolax et hop, tout rentrerait dans l'ordre. Il le fallait bien, c'était bientôt Noël, la visite dans la famille vosgienne était planifiée entièrement et les cadeaux tous achetés avant la dernière minute pour une fois. Sauf que rien n'est rentré dans l'ordre du tout. Tout est même allé de mal en pis. Les douleurs au ventre sont apparues le 21 et les vomissements le 22. J'étais complètement bloqué et je ne pouvais plus rien avaler sans tout rendre aussitôt. Je n'étais pas très fier. C'était un samedi soir. On a bien essayé d'appeler SOS médecin et SOS 92, personne ne pouvait venir me voir avant le lendemain matin. Sauf que je ne pouvais pas attendre le lendemain matin. Une seule solution, les urgences et en ambulance s'il vous plaît.

Nous voilà donc, ma femme et moi dans la salle d'attente des urgences de l’hôpital Saint-Joseph. C'est dans ce genre de cas que l'expression "prendre son mal en patience" prend tout son sens. Partout dans la salle, des affiches indiquent aux patients que l'ordre de passage auprès d'un médecin ne dépend pas de l'heure d'arrivée mais de l'état de santé des patients présents. Nous voilà donc tous en train de nous épier du coin de l’œil. Eh la petite mamie là, elle exagère pas un peu avec ses petits gémissements de souffrance ? Encore une qui veut griller tout le monde... Il est presque 23h, la nuit va être longue. Les pompiers amènent régulièrement un poivrot complètement imbibé qui se retrouve en train de ronfler dans un coin sur un brancard.

A 3h du matin, un brancardier vient me chercher. Je suis amené un peu plus loin et entreposé dans un petit coin de couloir, avec les mêmes personnes qui étaient avec moi dans la salle d'attente un peu plus tôt... Ah, on va encore attendre un peu alors ? Oui, on va encore attendre un peu. Au bout de quelques instants, une petite interne vient me voir. Je raconte pour la n-ième fois ma petite histoire et elle me palpe doucement le ventre. ça sera la première palpation du ventre d'une longue série. Elle me dit alors qu'ils vont me donner un suppositoire relaxant. Je reste un peu interdit. Si tout s'arrange grâce à un seul suppo, j'aurai un peu l'air bête. D'un autre coté, j'aimerais bien avoir l'air bête et pouvoir rentrer chez moi guéri...

Malheureusement pour moi, le suppo est inefficace. La petite interne fronce les sourcils et me dit que je vais passer une radio. J'espère pour elle qu'elle ne s'attendait pas à un cas facile de constipation et qu'elle se retrouve maintenant coincée avec un cas compliqué... Je passe donc ma radio de l'abdomen et quand elle revient me voir, elle me dit qu'elle croit voir un "petit niveau". J'opine du chef comme si j'y comprenais quelque chose. Mais pour confirmer, il faut que je passe un scanner. Nouvel opinage du chef... Et sinon, qu'est-ce que j'ai dans le ventre alors ? Soupir de l'interne : un petit quelque chose qu'il faut confirmer au scanner. Ah d'accord. On sait pas, alors ? Non, on ne sait pas.

Il est donc 4h du matin, et je dois passer un scanner abdominal. Mais ironie de l'histoire, le scanner n'est pas disponible avant 8h du matin. Enfin, si, il est tout à fait disponible, lui. C'est plutôt toute l'équipe de médecins qui le fait marcher qui ne vient qu'à 8h. D'accord, on attend encore 4h alors ? Oui, on attend encore 4h...

Je vois ma pauvre petite Vanessa se tortiller sur les bancs en métal du couloir pour pouvoir trouver une position pas trop inconfortable et pouvoir somnoler un peu. ça me fend le cœur, il faut que je trouve un argument pour la convaincre de rentrer se reposer à la maison. Mais en bon petit soldat, elle ne veut rien entendre, elle reste avec moi. Et jusqu'à aujourd'hui, elle ne m'a jamais laissé tout seul. Que je sois opéré, que je sois en chimio, ou que j'ai un simple rendez-vous de consultation, elle était là. Quand je serai guéri un jour, ça sera à 90% grâce à elle.

A 8h du matin, les scanners ouvrent. Mais à 8h du matin, l'équipe de nuit des urgences laisse la place à l'équipe de jour. Et ce jour là, le grand chef est de service. Il veut voir tous les cas de la nuit et se faire lui-même son idée. Quand il arrive près de moi, lui ne veut pas entendre mon histoire, il se contente d'une petite palpation du ventre. Puis vient le moment fatidique. Il me pose un simple petite question : "Vous avez eu des gaz cette nuit ?" Je réfléchis et je crois me souvenir d'un petit pet lâché pendant la nuit. Comme un imbécile, je lui réponds donc que oui. Erreur fatale. Maintenant, quand je regarde le Docteur House à la télé qui dit que les patients racontent n’importe quoi, qu’il ne faut pas les écouter, je ne peux qu’applaudir des deux mains. Pourquoi il m’a demandé ça ? Et pourquoi je lui ai parlé de ce petit gaz ? En deux secondes pour lui, c’était réglé. Simple constipation. Une ordonnance de movicol et hop j’étais sortant. Mais et le machin sur la radio que l’interne avait vu ? Et le scanner pour vérifier ? Non, vous êtes constipé, vous rentrez chez vous, vous prenez votre médicament et tout ira bien. Merci, au revoir, allez hop ça dégage, je vais te le vider moi ce couloir...

Me voilà donc dehors, après une première nuit aux urgences, avec mon petit papier dans la main, un peu perdu, n'ayant pas trop compris ce qui venait de m'arriver et surtout, ayant la terrible intuition que rien n'était réglé et que je reviendrais ici très bientôt.

Publié dans Aux urgences

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Bilou 26/06/2016 13:27

Bonjour, dsl de poluer ton blog mais serait il possible que tu me dise a combien été ton marqueur ace lors de ta première analyse, j ai vraiment besoin de me comparer a quelqu'un.

Bon courage

Eva 20/11/2013 21:36

Vanessa est un femme extraordinaire. Vous êtes tous les deux très courageux!!; et je suis sure que tu seras rapidement rétabli!

Jaya 20/11/2013 19:13

Vanessa, elle est toute géniale! Oh,vous me manquez beaucoup!

Isabelle 19/11/2013 13:17

Incroyable ! Comment certains médecins peuvent manquer autant de discernement et de "présence humaine".

Marie-Jeanne 10/11/2013 23:07

Waouh Fred, tu écris bien ! Je connais par coeur cette histoire ! J'ai failli me mettre à pleurer en la relisant ! Vanessa on sait que que tu es un super petit soldat auprès de Fred ! Pour le meilleur et pour le pire y z'ont à la mairie ! Le meilleur reste à venir ! Je prie Dieu tous les jours pour ça ! Je vous aime ! Maman !

Raph 10/11/2013 20:32

Nous aussi on l'aime Vanessa.

oh mais 06/08/2015 16:18

c est émouvant