Urgences, épisode 2

Publié le par Fred

Après ma première visite aux urgences, j'ai eu le temps de consulter mon médecin généraliste. Je lui explique ce qui m’est arrivé et j’ai droit de nouveau à une séance de palpation du ventre. Mais cette fois, elle m’explique ce qu’elle fait et ce qu’elle constate (oui, notre médecin est une femme). En fait, elle tâte les intestins et le colon pour voir s’ils sont durs mais chez moi, elle ne voit pas de problème, tout est assez souple. Pourtant il y a un paquet de choses qui doivent commencer à s’accumuler là-dedans… Le docteur me conseille de manger très sucré si je ne veux pas vomir tout ce que j’avale. Je suis certainement en hypoglycémie et il faut à tout prix que quelque chose passe pour que je reprenne des forces. Elle me conseille aussi de ne pas hésiter à retourner aux urgences si rien ne s’améliore, et surtout aux mêmes urgences que samedi. Même si je ne suis pas trop content de ce qui s’est passé là-bas, je ne dois pas commettre l’erreur d’aller ailleurs car ils reprendraient mon cas depuis le début et ça me ferait perdre beaucoup de temps. On rentre à la maison et je commence ma cure de bonbons. J’essaye aussi de boire quelque chose car je suis assez déshydraté. Le docteur nous a conseillé le coca, « déboucheur naturel » selon ses termes… Quelques heures passent mais rien ne change… Aucune amélioration et surtout les douleurs reviennent, et le hoquet est de plus en plus pénible. Vers 15h, c’est intenable. Surprise le docteur m’appelle au téléphone. En apprenant l’évolution de la situation, elle nous dit de rappeler le 15, pas la peine d’attendre plus, ce n’est que du temps perdu. Ok, on rappelle le 15, mais re-surprise, en cet après-midi de 24 décembre, aucune ambulance ne peut venir me prendre avant 1h dans le meilleur des cas. Bon ben alors, ça sera taxi hein… je ne peux pas attendre 1h comme ça maintenant pour attendre encore 4h aux urgences ensuite.

Le taxi, lui, arrive très vite et on est rapidement de nouveau dans cette maudite salle d’attente. Mais cette fois, comme on est venu tout seul, on doit tout faire nous-mêmes pour l’admission. Bonjour, je suis venu il y a 2 jours pour… Oui j’ai ma carte vitale… je suis venu il y a 2 jours pour une… oui j’ai ma carte de mutuelle, en fait vous devez déjà avoir un dossier qui… oui je peux remplir ce formulaire mais… ok je reviens vous voir quand ça sera rempli… Bon l’admission se fait tant bien que mal et après avoir réussi à expliquer mon cas à l’infirmière de triage (qui arbore un magnifique bonnet de Père Noël, youhou quelle bonne ambiance de fête, si je me tordais pas de douleur, je chanterais presque vive le vent d’hivers tiens…) je suis de retour dans la salle d’attente, à attendre…il est 15h30. Au début, on trouve simplement un fauteuil roulant mais au moins je ne suis pas sur les chaises métalliques. Puis quand un brancard se libère, Vanessa saute dessus pour me le réserver. Vers 20h, on vient enfin me chercher. On me remet dans un petit coin de couloir et le médecin de garde me dit que je vais passer un scanner. Ah, le fameux scanner que j’aurais dû passer il y a 2 jours ? Votre chef qui m’a éjecté l’autre fois, il ne serait pas là par hasard ? J’aurais deux mots à lui dire… Il y a quelques patients attendant aussi un scanner donc on attend encore un petit peu, toujours accompagnés de mon hoquet, de mes douleurs au ventre et de mes envies de vomir. Le réveillon s’annonce bien… et vous allez voir qu’il va aller bien au-delà de mes espérances !...

Mon tour vient enfin. On m’amène dans les locaux du scanner. Je n’ai jamais fait ce type d’examen donc je n’ai aucune idée de ce qui m’attend. Je ne vais vraiment pas être déçu… Je ne vais pas rentrer dans les détails mais ce fut un peu la boucherie. Ils m’avaient pourtant prévenu dès le départ. On va d’abord faire une prise classique mais si ça ne suffit pas, si l’image n’est pas bonne, on devra utiliser une sonde… Je n’avais aucun doute de l’endroit où ils me mettraient la sonde… pourvu que la première prise soit bonne ! Evidemment, elle ne l’a pas été et bien sûr j’ai eu droit à la sonde… ouch… Après le scanner, on me ramène dans le couloir des urgences et c’est reparti pour un petit moment d’attente. Mais cette fois, on va savoir ce qu’il en est vraiment, encore un peu de patience et je saurai ce qui se passe dans mon ventre, pour le pire ou le meilleur…

Vers 22h une nouvelle tête arrive. Il m’amène dans une vraie salle d’examen qui ferme. C’est la première fois que j’ai droit à ce genre de salle. En y repensant, j’aurais bien dû me douter que les nouvelles n’étaient pas bonnes. J’ai un peu de mal à me concentrer sur ce que ce jeune chirurgien interne me raconte. Déjà, j’ai très mal et mon hoquet est insupportable. Ensuite, ce gars est super agité, comme s’il en était à son 15è café de la soirée. Il ne tient pas en place, ses yeux sautent partout sans parvenir à se fixer quelque part, mais surtout, il mastique avec rage un chewing-gum anti-tabac et son haleine empeste le menthol… Il ne prend aucun gant, m’annonce directement la couleur : je suis en occlusion, quelque chose me bouche le colon et il faut opérer d’urgence pour me faire un anus artificiel. C’est le seul médecin qui emploiera ce terme. Tous les autres parleront de colostomie ou plus simplement de stomie. Il est jeune, il a encore le temps d’apprendre à parler aux patients de façon à ne pas les effrayer inutilement. Il est clair qu’il n’a pas envie de s’attarder avec moi. Peut-être sait-il autre chose dont il n’a pas du tout envie de parler. Il me dit qu’une infirmière va venir pour me préparer et qu’ensuite, je serai hospitalisé dans le service de chirurgie digestive et que je serai opéré le lendemain matin. Puis il s’en va et je ne le reverrai plus jamais.

Je reste dans ma petite salle et Vanessa me rejoint. Je la mets au courant des dernières nouvelles puis l’infirmière arrive. Me préparer consiste en fait à me poser une sonde gastrique. Connaissez-vous cette fabuleuse invention médicale ? Moi non plus je ne connaissais pas. Je n’ai pas vraiment été heureux de faire sa connaissance. Pourtant son fonctionnement est très simple et s’avère extrêmement utile pour les graves pathologies digestives. N’empêche que de mon point de vue, ça reste une saloperie d’instrument de torture !... Pour dire les choses simplement, il s’agit d’un tube avec une aspiration que l’on pose à un patient pour aspirer le contenu de son estomac. Ça évite les vomissements et aussi le hoquet pour moi… Seulement, le principal inconvénient, c’est qu’il faut l’introduire par le nez. Eh oui… on enfonce ça dans une narine et on le fait descendre par l’œsophage jusqu’à l’estomac. La plupart du temps, ce genre de sonde est posée au début d’une opération sous anesthésie. Moi j’ai eu droit à ça sans être endormi, en direct live ! Bon il faut dire que l’infirmière qui me l'a posée s’est très bien débrouillée. Elle m’a bien expliqué ce qu’elle allait faire et ça, ça change pas mal de choses… Moi je suis partisan de savoir ce qu’on me fait. Je pense qu’il y a des gens qui ne le veulent pas mais ce n’est pas mon cas.

Après m’avoir donc tout expliqué, c’était parti pour la pose de la sonde gastrique. Je vois l’infirmière bien enduire le tube avec du lubrifiant puis elle s’approche de moi et me demande : « prêt ? » Ben bien sûr que non jeune fille, personne ne sera jamais prêt pour ce genre de chose. Mais on sait tous les deux qu’il faut le faire et je ne vais certes pas me rouler par terre et piquer ma crise. Elle me dit de bien respirer et c’est parti. Le tube s’enfonce dans mon nez. La tonne de lubrifiant aide beaucoup. Je ne pensais pas qu’un tube de cette taille pouvait rentrer par là en fait. Finalement, la première étape est franchie. La sonde arrive au fond de ma gorge. L’infirmière me dit qu’on va faire une petite pause, pour que je reprenne un peu mes esprits et retrouve un peu mon souffle. Quelques instants plus tard, elle me tend un verre d’eau et l’étape suivante peut commencer. Maintenant, il faut que j’avale mon eau au fur et à mesure qu’elle enfonce le tube dans l’œsophage. Je prends donc une première gorgée et quand je déglutis, je sens qu’elle pousse le tube un peu plus loin. Ce petit manège se répète encore quelques fois puis l’infirmière me dit que le tube est en place. Ouf c’est fini. Elle scotche le tube sur mon nez, ce qui n’est pas du tout agréable, puis elle le raccorde à une pompe à vide et stupeur, je vois le contenu de mon estomac être évacué… C’est une sorte de bouillie vert sombre et finalement, je suis content que cette mixture soit évacuée de moi. Il ne faut pas attendre longtemps pour que je sente un léger soulagement et enfin, mon hoquet disparaît peu à peu. Rien que pour ça, ce tube vaut le coup. Bon je ne serai pas toujours du même avis, hein… Je vous raconterai bientôt la pose en urgence d’une autre sonde gastrique par une infirmière de garde de nuit. Ça ne s’était pas du tout bien passé et cette infirmière est rentrée direct dans mon top 3 des gros connards rencontrés à l’hôpital, délogeant presque de la première place le chef des urgences qui m’avait renvoyé chez moi avec une occlusion intestinale…

Après m’avoir posé ma sonde et s’être assurée que tout fonctionnait bien l’infirmière m’annonça que j’allais rester un petit moment dans cette salle, le temps de préparer mon admission dans le service de chirurgie digestive de l’hôpital. Il était quasiment minuit quand je fus emmené dans ma chambre, Vanessa me suivant toujours de près. Et c’est ainsi que se termine mes aventures aux urgences en ce réveillon de Noël 2012. Je n’en aurai pas tout à fait fini avec ces urgences, j’y retournerai une troisième fois mais ça, c’est une autre histoire que je vous raconterai très prochainement…

Publié dans Aux urgences

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cricri du sud 21/11/2013 12:48

courage nous pensons fort a toi

Samy 20/11/2013 21:20

Courage!!!

Isabelle 19/11/2013 13:34

Je n'en reviens pas ! Mais pourquoi l'infirmière ne vous a pas endormi ? Avec tous les moyens dont nous disposons actuellement, c'est quand même aberrant de laisser souffrir les patients ! Tout cela me révolte.

Nadege 18/11/2013 02:21

On est bien consciente, en tant qu'infirmière, de ce que l'on fait subir à nos patients, "pour leur bien", mais le fait de le lire de la plume de son cousin, ça leur fait prendre une toute autre dimension! Merci cousin..... En passant, tu as un réel talent d'écriture!

bernal 13/11/2013 09:47

Leer tu blog nos ha producido un torbellino de emociones. Admiramos tu gran valor por compartir lo que estan viviendo en este ultimo año y creemos que tu valentía es vital para poder vencer cualquier dificultad. No hay éxito sin valentía! Pedimos a Dios y tenemos mucha fé que saldran victoriosos!