La chimio et moi, épisode 2

Publié le par Fred

Dans le service oncologie de l’hôpital St Joseph, il y a deux salles de traitement : une grande et une petite. La grande contient environ 12 places tandis que la petite en contient 8. Quand le médecin m’accompagne vers ces salles, il va voir les infirmières du service et leur demande où il peut me placer. La première fois que je suis entré dans une de ces salles, j’ai été un peu choqué, il faut le dire clairement. Des fauteuils sont placés le long des murs, l’un à côté de l’autre et les patients reçoivent leur chimio dans ces fauteuils. La majorité des malades sont des personnes plus ou moins âgées et la vue de certains de ces malades brise littéralement le cœur… Et encore, les plus gravement atteints et les plus faibles sont traités en chambre, à part… Mais la première fois que cette réalité m’a été jetée au visage, une grosse enclume de découragement s’est posée sur mes épaules et je suis allé m’installer dans mon fauteuil à moi, pas très fier, avec beaucoup d’idées noires jaillissant dans ma tête. Au fil des chimios, on s’y fait, enfin, on apprend surtout à rester concentré sur soi, en détournant le regard s’il faut… Ce n’est pas très glorieux de faire l’aveugle mais dans ces salles, on peut être vite submergé par les émotions si l’on n’y prend pas garde. Je salue le travail des infirmières qui travaillent dans ce genre de service… et j’admire encore plus ma Vanessa qui, elle, choisit d’être là alors que rien ne l’y oblige…

Le médecin me confie donc aux infirmières qui me disent où m’installer. Les fauteuils de traitement sont agréables mais un peu trop petits pour moi… mais bon, avec un coussin, ça va quand même. Je m’installe donc avec toutes mes petites affaires (iPad, téléphone, livre, magazine, bonbons, gâteaux, boisson, non j’ai pas l’impression de déménager à chaque fois pourquoi ?…) et vient le moment crucial du branchement. Vous ai-je déjà parlé de mon pack ? C’est comme ça que je l’appelle mais je ne connais pas le vrai nom scientifique… Peut-être porte-cathéter ? Ou Chambre implantable… enfin bref, c’est un petit système pour permettre aux médicaments de chimiothérapie d’être directement injectés dans une grosse veine cenntrale. Avant l’utilisation de ce système, les malades recevaient leur traitement avec une perf classique dans le bras et la toxicité des produits de chimio étant ce qu’elle est, les veines du bras, pas assez grosses, devenaient rapidement inutilisables… Mon pack est donc implanté sur le pectoral gauche, sous la peau. C’est C.V. elle-même qui me l’a posé l’avant-dernier jour de mon hospitalisation. C’est vrai que j’ai complétement oublié de vous le raconter… Comme quoi, il était vraiment nécessaire d’écrire tout ça quelque part sinon, j’aurais fini par tout oublier !... L’avant-dernier jour de mon hospitalisation, je me suis donc retrouvé au bloc opératoire une nouvelle fois pour la pose de ce fameux pack. C.V. est spécialisée en chirurgie digestive mais elle a quand même voulu opérer elle-même. Il n’y a pas eu anesthésie générale cette fois, juste locale. L’opération ne m’a pas du tout fait mal mais je sentais quand même des mains s’agiter sur moi et pousser et tirer des choses dedans moi… sensation tout à fait bizarre… Sur le coup, C.V. a opéré à l’ancienne, c’est-à-dire sans tout le monitoring moderne existant. Elle a fait ça à l’œil et au toucher et s’est très bien débrouillée car à la radio de contrôle, tout était parfaitement en place et prêt à servir.

Le branchement consiste à planter une aiguille à travers la peau directement dans la membrane souple du pack. Les médecins prescrivent toujours des patchs anesthésiques Emla pour que ça ne soit pas trop douloureux. Mais ces patchs sont censés être posés une heure avant le branchement pour être efficaces et donc, en ne sachant jamais combien de temps on va attendre l’oncologue, c’est peine perdue d’essayer d’utiliser ces machins-là. J’ai essayé une ou deux fois et j’ai laissé tomber. De toute façon, le branchement ne fait pas si mal que ça… Une fois que l’aiguille est plantée dans la chambre et que le retour est bon (c’est-à-dire que si on aspire avec une seringue, le sang remonte bien, ce qui signifie que le pack n’est pas bouché et qu’il est opérationnel), les infirmières recouvrent le tout avec un film adhésif pour que tout soit bien hermétique et qu’il n’y ait pas de risque d’infection microbienne dans la chambre. A ma première séance de chimio, ce film adhésif a été une bonne leçon d’humilité pour moi, en regard de tout ce que les femmes doivent endurer pour s’épiler… Eh oui, j’ai comme qui dirait un peu de poils sur la poitrine et évidement, personne ne m’a prévenu qu’il y aurait ce fameux film adhésif… Pour être franc, dire que j’ai un petit peu souffert quand on m’a retiré cet adhésif serait un bon gros mensonge… j’aurais mieux aimé qu’on me repose une sonde gastrique tiens… nan, peut-être pas quand même, mais pas loin… Bref, maintenant, la leçon a été bien apprise et je me rase consciencieusement le torse avant d’aller en chimio.

Donc maintenant, l’aiguille est branchée et le pack est opérationnel. La chimio proprement dite va enfin pouvoir commencer. On débute par de la prémédication classique : corticoïdes et anti-nauséeux. Ces deux poches passent environ en une petite heure. Vient ensuite les vrais médicaments : d’abord une poche d’Avastin qui dure une demi-heure. Il faudra que je vous reparle de cet Avastin d’ailleurs. J’ai fait partie d’une étude clinique pour ce médicament. Mais pas maintenant sinon je n’en finirai jamais avec cet article et j’entends déjà des grognons dire que je traine pour écrire… Donc Avastin puis ensuite perf d’oxaliplatine et d’acide folinique pendant environ deux heures. Et enfin, après tout ça, une seringue de fluorouracile en injection directe pendant 10 min. ça, c’est le premier jour du protocole FolFox. J’ai eu onze séances de ce protocole, jusqu’à août dernier. Maintenant, depuis fin octobre, j’ai basculé sur un autre protocole : le FolFiri… Il se déroule exactement de la même façon sauf qu’à la place de l’oxaliplatine et de l’acide folinique, j’ai droit à de l’irinotécan.

Avant de me libérer, les infirmières me branchent ce qu’on appelle un baxter. C’est un diffuseur d’une dose de médicament qui va m’être injectée pendant 48 heures. Je rentre donc à la maison avec ce diffuseur accroché à ma ceinture. Ce voyage retour n’est pas évident car les effets de tous ces médicaments commencent à se faire sentir. Je suis nauséeux et fatigué. Les médecins me prescrivent un bon de transport en taxi pour rentrer , donc il faut encore attendre que celui-ci arrive. Une fois à la maison, je n’ai pas envie de faire autre chose que me mettre au lit. Je prends des anti-nauséeux toute la soirée et je ne mange pas grand-chose, principalement des choses fraîches et légères. Les corticoïdes qu’on m’a donnés pendant la journée ont aussi un effet bizarre sur moi : je suis énervé. Mes jambes sautent toutes seules, je me tourne, me retourne et me re-retourne dans le lit presque toute la nuit. Au petit matin, les effets doivent s’estomper car je m’écroule de fatigue. Je dors toute la matinée mais je ne peux pas non plus passer la journée au lit : l’après-midi, nous devons retourner à l’hôpital pour le J2 de mon traitement. Heureusement, cette journée est beaucoup moins lourde que la première. On m’administre encore des corticoïdes et du calcium et la même seringue de fluorouracile que le premier jour. Tout ça dure un peu moins de deux heures et on peut retourner à la maison, toujours en taxi, avec mon précieux bon de transport qui nous facilite grandement la vie. Enfin quand on ne tombe pas sur un taxi complétement barré… Faudra que je vous parle des expériences avec les taxis parisiens que nous vivons à chaque séance de chimio… ça fera un très bon article ça !

La soirée du deuxième jour de chimio est beaucoup plus facile que la première. J’ai toujours des nausées mais je peux manger un peu plus. Je suis toujours assez fatigué mais je peux mieux dormir également car les corticoïdes se font moins sentir. A ce moment, la chimio est presque terminée. Il ne reste plus que le baxter à ma ceinture. Il va encore se diffuser pendant la nuit et va se terminer vers midi. A ce moment, une infirmière vient à la maison et me retire l’aiguille plantée dans mon pack. Pour ça, il faut acheter un kit spécial de débranchement en pharmacie pour que tout soit fait d’une façon stérile et éviter encore une fois une infection dans la chambre implantée sous ma peau. Une fois l’aiguille retirée, la chimio est officiellement terminée et je suis à nouveau libre ! Enfin quand je dis libre, c’est un peu exagéré. J’ai encore quelques journées difficiles à venir pendant lesquelles je serai très fatiguée et les nausées toujours très présentes. Donc je ne vais pas sortir beaucoup et pas pouvoir faire grand-chose de productif. Mais je suppose que je n’ai pas le droit de me plaindre. En fait, lors de notre rendez-vous avec l’infirmière d’annonce avant de sortir de l’hôpital, celle-ci nous avait fait toute la liste exhaustive des effets secondaires pouvant se produire. Moi j’ai juste des nausées, des picotements dans les doigts et quelques saignements de nez. J’évite les diarrhées, les aphtes, les vomissements, la fièvre, les crevasses dans la peau, la non tolérance au soleil, la chute des cheveux (bon ça, avec le nouveau protocole, c’est encore à voir… j’ai quand même tendance à me déplumer mais je n’en suis pas encore en mode Kojak…) Voilà en gros tout ce à quoi j’échappe donc non, je ne peux pas me plaindre !...

Au jour d’aujourd’hui, j’ai encore deux séances de chimio de programmées. La prochaine se passera lundi et mardi prochain (les 30 et 31 décembre). Après ces deux séances, j’aurai droit à un scanner pour savoir où j’en suis. Avec les résultats de ce scanner, les médecins vont pouvoir décider de la suite de mon traitement.

Publié dans chimiothérapie

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Céline 29/12/2013 14:10

Tu tiens le bon bout , j'avais sans doute mal compris mais je croyais que tu avais des séances jusqu'à fin janvier! En tout cas quel courage de supporter tout ça ! On croise les doigts pour que le scanner soit bon. De toute façon t'es le plus fort un vrai champion. On est tous derrière toi! Bisous aussi à Vanessa. merci de prendre soin aussi bien de mon petit frère. Vous faites une belle équipe!

Marie-Jeanne 28/12/2013 22:07

Faudrait leur suggérer de faire des boxs dans cette grande salle ! Tu connais par coeur tous les noms de tes médicaments de chimio ! C'est bien ! Comme ça tu sais exactement ce qui ce passe et tu peux accompagner cette prise de médicaments et faire en sorte que ce soit plus bénéfique pour toi ! Enfin je pense !!!! Tu vas terminer l'année en beauté ! Enfin si on peut dire ! Bon courage à tous les deux ! Bizzzzz