La vie à l'hôpital, épisode 3

Publié le par Fred

Suite et fin de mon top 5 des mauvais moments passés pendant ma première hospitalisation...

Numéro 2 : Même si tout le monde est au courant, qu’il n’y a pas de doute possible, qu’un cancer est 100% avéré, il se trouve que la sécurité sociale, comme un Saint Thomas puissance 10, ne croit non pas que ce qu’elle voit mais que ce qu’elle biopsie. Pour mettre officiellement le nom de cancer (ou plutôt, dans le jargon médical, adénocarcinome lieberkuhnien) sur ma maladie, il fallait donc que j’en passe par une coloscopie. Eh oui, pour être numéro 2 de mon top il faut que ça soit du lourd quand même. Cette coloscopie allait forcément n'être que partielle et son principal objectif était de prélever un bout de la tumeur et de l’analyser en laboratoire. Le docteur C.V. m’a bien expliqué ce qu’ils allaient faire et m’a bien rassuré en me disant qu’elle serait là (je vous ai déjà dit qu’elle était géniale ma chirurgienne non ?). On allait donc passer par la sortie naturelle de mon colon et remonter jusqu’à la tumeur pour en faire la biopsie. Ça représentait apparemment grosso modo, 20 cm d’exploration car la tumeur était quand même assez basse. Elle m’a expliqué également que pour une si petite exploration, il n’y avait normalement pas besoin de m’endormir complétement. Pour ça, je n’étais pas partant partant et elle a dû lire le message sur ma tête car elle a tout de suite ajouté que de toute façon, ils verraient bien en salle d’opération, que rien n’était décidé et que ça dépendrait beaucoup de comment je réagirais. Moi je savais déjà comment j’allais réagir : mal… Le grand avantage dans mon cas était que, pour cette coloscopie, je n’avais pas besoin d’avaler les 4 litres de potion infâme qui prépare et nettoie le colon. Bien sûr, par la suite, je n’y couperai pas, et plutôt deux fois qu’une (que de nouvelles notes de blog en perspective !...) mais pour cette fois, j’étais tranquille de ce côté.

Un brancardier est donc venu me chercher le matin du 3 janvier et m’a emmené dans la salle d’attente des blocs opératoires où je commençais à avoir mes habitudes. Notez ce détail car ça aura son importance… Comme pour ma première opération, j’ai attendu un petit moment mais cette fois, personne n’est venu me voir pour prendre de mes nouvelles. En revanche, j’ai vu mon brancardier passer et repasser plusieurs fois dans la salle et à chaque fois il me disait qu’on allait venir me chercher et il repartait. Au bout de presque une heure, il est revenu et m’a dit qu’il allait m’emmener lui-même au bloc car personne n’était disponible. Je me retrouve donc bientôt devant un bloc dont je ne me souviens plus le numéro mais qui était complètement vide. Le brancardier devenait de plus en plus perplexe car il ne trouvait apparemment personne au courant de ma présence ici et donc personne pour s’occuper de moi. Et finalement, ô miracle, il a eu une idée géniale qui a réglé tout son problème… IL M’A DEMANDE !! Eh oui, tout bêtement… Mais au fait monsieur, vous êtes là pour quelle opération ? Ben, une coloscopie pourquoi ?… Ah mais ce n’est pas du tout ici alors ! Et aussitôt, on est reparti pour rejoindre le bon service.

Finalement, nous sommes arrivés au bon endroit avec plus d’une heure et demie de retard et avec des médecins complètement paniqués qui me cherchaient partout depuis une heure. Bon, ils sont quand même restés très professionnels et n’ont pas tout de suite gueulé sur le pauvre brancardier. Ils ont fait quelques blagues du genre ah lala Mr Multon, on était parti en balade ? hihihihi… mais je pense que le service des brancards en a pris plein la figure par la suite… On m’a alors tout de suite préparé et installé sur la table d’opération. Ils tournaient tous autour de moi pour installer tous les instruments et m’ont dit de me tourner sur le côté gauche. Evidemment, c’est à gauche qu’ils me demandent… pile du coté de ma stomie et de ma poche… enfin, je me cale du mieux que je peux et finalement, ils me disent qu’on va commencer et que j’ai de la chance, je peux tout regarder sur leur écran de contrôle… oui super, j’ai trop de chance dis donc… Ensuite, je ne me souviens plus de rien. Je n’ai rien senti, je n’ai rien observé, je me suis juste réveillé quelques temps après dans une salle spécifique de réveil. C.V. m’a alors expliqué qu’ils avaient préféré m’endormir avant de commencer car ils me sentaient plutôt nerveux et très fatigué. Alléluia, enfin une bonne décision de prise en cette journée !... Quelques instants plus tard, on me ramenait dans ma chambre où je retrouvais ma petite et relative tranquillité.

Numéro 1 : La journée du 31 janvier avait pourtant bien commencé. Déjà j’étais plus en forme, j’avais plus de force et C.V. avait décidé de m’enlever ma sonde gastrique. Je vous passe les détails de cet acte d’enlèvement, ce n’est pas ça qui mérite la place de numéro 1. Mais imaginez-vous bien que ça ne sort pas comme ça, tout facilement, sans qu’on ne sente rien… ça serait trop beau. Mais le soulagement ressenti quand on n’a plus ce maudit tube dans la gorge et le nez vaut vraiment le coup de souffrir un petit peu ! Donc je n’avais plus de sonde et les médecins m’ont également annoncé que j’allais passer une IRM thoraco-abdominale ou abdomino-thoracique, je ne sais plus le sens mais en gros, ils voulaient voir mon ventre et mes poumons. Je leur ai demandé un petit peu plus de détails sur cet examen et ils m’ont dit que grosso-modo ça ressemblait beaucoup à un scanner. Mais bien sûr… et la marmotte elle met le chocolat dans le papier allu… Pour moi, ça n’a rien eu à voir ! Des scanners, j’en ai fait quelques-uns depuis le début et mis à part le tout premier qui ne s’était pas super bien passé (souvenez-vous…), les autres ont tous été super rapides, assez faciles car le seul effort à faire est de retenir ma respiration maximum 5 secondes. Bon il faut aussi supporter le produit de contraste qu’ils t’injectent pendant la séance… Moi ça me monte au nez, mes yeux pleurent et j’éternue comme un fou… mais bon, tout ça, c’est rien à côté de ce qu’ils m’ont fait subir pour leur maudit IRM…

Déjà, quand je suis arrivé dans leur salle d’attente, ils m’ont dit que je devais m’installer sur un brancard spécial, un peu comme pour une opération. Ils m’ont donc apporté ce brancard et me l’ont mis tout à côté de mon lit en me disant : voilà, passez ici. Euh les gars, vous avez bien lu mon dossier ? Vous êtes au courant que je viens d’être opéré et que j’ai une stomie sur le ventre ? Je ne peux même pas me dresser tout seul assis dans mon lit alors je ne vois pas comment je vais m’installer là-dedans… peut-être que vous avez une machine à téléporter les malades ici ? Non ? Bon on va le faire à l’ancienne alors et vous allez devoir m’aider sinon, on n’est pas près de le faire cet IRM… J’ai alors eu droit à deux infirmières un peu pataudes qui ont regardé tous mes branchements pendant quelques minutes et au final, elles ont tout décroché et m’ont tout mis sur le ventre. Ensuite, elles m’ont aidé à m’installer sur leur brancard et zou, direction la machine à IRM. Elles m’ont ensuite aidé à nouveau pour m’installer sur le tapis de la machine (tu parles que c’est pratique tous ces changements…) et finalement, elles ont tout accroché mon matériel sur le même porte-perf… Je voyais tous les fils s’emmêler allègrement et je pressentais déjà un petit problème à la sortie… Mais bon, pour le moment, je devais me concentrer. Un médecin ou alors un technicien est venu me voir et m’a préparé pour l’examen. Alors, Monsieur Multon, combien vous pesez ? Je ne sais pas, je dirais 75 kg… Combien vous mesurez ?… d’habitude, je dis 1m80 pour flatter un peu mon ego, même si je me suis arrêté à 1m79,5… pfffff foutu demi centimètre… bon comme il s’agit d’un examen médical sérieux, je dis que je fais 1m79 et demi et il écrit 1m80 sur la machine. Ça valait bien le coup d’être honnête, tiens… Ensuite, il me dit d’allonger les bras le long du corps et il commence à installer une grosse planche sur mon ventre, comme ça… Ok, donc personne n’a lu mon dossier alors… J’ai une stomie sur le ventre, vous me faites super mal avec votre machin ! Oupsss pardon monsieur, on va la caler mieux… Il installe alors des petits machins en mousse à côté de moi pour que la planche n’appuie pas trop sur ma poche. Ensuite, il me dit qu’il va me mettre un casque pour ne pas être gêné par le bruit de la machine et que pendant l’examen, ils passeront un peu de musique pour me relaxer et me diront ce que je dois faire. Il ajoute que si j’ai besoin de quelque chose, ça ne sert à rien de parler ou de crier, ils ne m’entendront pas. Il me place alors une petite poire dans la main avec un bouton dessus pour les appeler. Il me dit enfin que tout est prêt, on peut y aller. Il appuie sur un bouton et je m’enfonce doucement dans la machine… Mais tout de suite, quelque chose ne va pas. J’appuie comme un damné sur la foutue poire et il me fait revenir. Quoi déjà ? Qu’est-ce qu’il y a Monsieur ? Euh d’abord, il y a que tu vas changer de ton mon petit… Ensuite, tes collègues ont été tellement débiles qu’elles ont mis mes perfs n’importe comment et quand tu m’as fait rentrer dans ta machine, elles se sont toutes prises dans mon cou et m’étranglaient de plus en plus à mesure que j’avançais !... Oups, pardon, je vais arranger ça… Ensuite on pourra vraiment commencer. Il a donc arrangé mes tubes un peu mieux pour qu’ils ne me gênent plus et il a remis en route le tapis pour me positionner dans la machine. La musique s’est mise en route dans le casque, du jazz, et l’examen a démarré. Au début, ils ont dû faire des réglages, des calibrages ou des tests. J’entendais la machine accélérer et bouger mais moi, je n’avais rien de spécial à faire. Ensuite, on m’a dit dans le casque qu’au signal, je devrais vider complétement mes poumons puis retenir ma respiration jusqu’à ce qu’ils me disent de respirer à nouveau. Jusque-là, ça allait, ça ressemblait effectivement à ce que je devais faire pour le scanner. Au signal, j’ai donc évacué l’air de mes poumons et j’ai bloqué ma respiration. 1… 2… 3… je compte les secondes dans ma tête. Pour le scanner, j’ai jamais dû attendre plus de cinq secondes… 4… 5… 6… voilà, ça devrait se finir bientôt…. 7… 8… 9… 10… tiens, c’est bizarre que ça dure si longtemps, bon ça doit être la différence entre scanner et IRM… 11… 12… 13… 14… 15… purée mais qu’est-ce qu’ils foutent ! Je ne vais pas tenir longtemps comme ça !... 16… 17… 18… m’en fous, je respire ! Je ne tiens plus ! pfffffffffff…. J’entends alors la voix d’une fille dans le casque : Non monsieur ! Attendez bien notre signal avant de respirer sinon on ne peut pas prendre correctement la photo. On recommence. Respirez à fond… soufflez… bloquez… 1… 2… 3… 4… 5… 6… 7… 8… 9… 10… 11… 12… 13… 14… 15… 16… 17… 18… 19… 20… j’en peux plus, je respire… De nouveau la voix de la fille… Bon, ça va, mais attendez bien qu’on vous dise de respirer avant de le faire. Je dois avouer que c’est à ce moment précis que j’ai haï cette fille. En moins de 3 minutes, elle a réussi une entrée triomphante dans mon top des connards…

Dans la machine, je n’avais aucun moyen de regarder l’heure mais je suis sûr que ce petit manège a duré une bonne vingtaine de minutes. Je n’ai jamais pu tenir plus de 22 secondes et plus ça durait, moins j’avais de force et plus j’avais chaud dans leur maudite machine. Mais tout ça, c’est uniquement de la faute de cette fille ! Quand j’ai passé une deuxième IRM quelques mois plus tard, je suis tombé sur quelqu’un qui m’a tout bien expliqué quand je lui ai raconté la torture de mon premier examen. En fait, ils se concentraient sur une image de mon foie et il se trouve que cet organe se trouve tout près des poumons. Donc si on respire pendant la prise, le foie bouge un peu avec les poumons. C’est pourquoi il faut bloquer la respiration. Mais il m’a dit de ne surtout pas vider tout mon air, de garder une petite réserve pour pouvoir tenir! Ah ben oui, comme ça, c’est tout de suite plus facile ! Mais avec cette maudite fille, je vidais bien consciencieusement tous mes poumons et la torture commençait. Et en plus elle s’énervait après moi cette idiote ! Et allez, on recommence, vous avez encore bougé avant la fin !... Bon finalement, elle a dû avoir ce qu’elle voulait et l’examen a pu se poursuivre… eh oui, je n’en avais pas encore fini malheureusement… la torture suivante consistait à trouver un rythme de respiration ni trop lent, ni trop rapide et de le maintenir le plus longtemps possible pendant que la machine faisait je ne sais quoi… Ce qui était rigolo c’est que si il manquait juste quelques secondes pour finir l’examen et que la respiration changeait, il fallait tout recommencer depuis le début … c’est bien évidement ce qui m’est arrivé plusieurs fois… qu’est-ce qu’on s’amuse dis donc ! Une petite chatouille dans le nez qui devient de plus en plus insistante pour terminer en énorme éternuement et pouf, tout est à refaire, avec en prime la petite remarque de la pétasse aussi énervante qu’inutile…

Je suis resté dans la machine pratiquement une heure. A la fin, je me sentais très mal, sans force. Je n’avais qu’une envie : remonter dans mon lit, retourner dans ma chambre et dormir. Je n’avais déjà plus ma machine à morphine mais au besoin, je demanderais quelques autres calmants. Les deux gourdes d’infirmières sont revenues m’aider à m’installer dans mon lit. Et c’est alors qu’est arrivé le moment que j’avais pressenti dès le départ : le démêlage de tous mes tubes qui formaient maintenant un gros tas de spaghettis. Elles ont essayé, hein, au moins elles ont tenté quelque chose. Mais plus elles n’y arrivaient pas, plus les perfs s’inversaient petit à petit et je voyais mon sang remonter lentement dans les tubes. Au bout de 15 très longues minutes, elles ont laissé tomber, elles m’ont tout mis sur le ventre et ont appelé le brancardier. Pour une fois, celui-ci a été rapide et je suis arrivé très rapidement dans ma chambre. Là-bas, mon infirmière M. m’attendait et a levé les bras au ciel en voyant ma tête et l’état dans lequel j’étais. Et en voyant mes perfs, elle s’est carrément mise en colère. Elle est allée chercher l’infirmière en chef du service pour lui montrer et toutes les deux ont passé de très longues minutes à tout remettre en ordre, à couper, à débrancher, à rebrancher, à dériver et à s’auto-invectiver sur le rapport qu’elles allaient faire et sur le coup de fil qu’elles allaient passer au service d’imagerie quand elles m’auraient remis d’aplomb … Vu leur état d’énervement, ils ont dû entendre parler du pays là-bas !...

Publié dans A l'hôpital

Commenter cet article

Céline 03/12/2013 19:57

On peut dire que tu en as vraiment bavé quand même.Sans tout ce que tu racontes, je n'aurais pas imaginé à quel point même des examens qui semblent anodins ( comme un IRM) ont pu être un tel calvaire. Si seulement le personnel médical qui est en première ligne pour changer ce genre de chose, prenait la mesure de ce qu'ils font subir aux personnes qu'ils examinent, ça éviterait des conneries qui paraissent tellement aberrantes! Quand on sait tout ça, on admire d'autant plus ton courage et ton sens de l'humour! Bravo