L'Avastin en question

Publié le par Fred

Ahh, on se sent mieux ici, non ? L’air est plus sain, plus respirable.

Bon comme je vous le disais dans le précédent article, je vais aborder un autre sujet. Je vais vous parler d’un médicament qu’on m’administre à chaque traitement : l’Avastin ou plutôt le Bevacizumab. Il s’agit d’un médicament produit par les laboratoires Roches qui est sur le marché depuis quelques années seulement, 2005 je crois. Comme il est encore relativement récent, des études cliniques sont encore faites sur ce médicament et on m’a demandé de participer à l’une d’elle. Ne reculant devant rien pour faire avancer la science et le progrès humain, j’ai tout de suite accepté. Bon, peut-être pas le progrès humain, ok, mais ça va bien faire avancer quelque chose quelque part je pense… j’espère… Bref, après les trois premières administrations de ce médicament, c’est-à-dire après chacune de mes trois premières séances de chimio, j’ai dû me rendre à l’hôpital Lariboisière, situé près de la gare du nord, donc à l’opposé de Paris par rapport où on habitait alors. Heureusement qu’on avait des bons de transport pour y aller en taxi car je ne sais pas si mon sens du sacrifice pour la science et le progrès aurait suffi à me faire perdre deux heures dans les transports en commun de Paris. Là-bas, un gentil professeur m’attendait et me posait quelques questions sur comment je me sentais, comment se passait la chimio. Ensuite, j’avais droit à un électrocardiogramme complet et on me prenait avec soin la tension. Le principe de ce médicament est de bloquer le développement des vaisseaux sanguins alimentant la tumeur. Si celle-ci n’est plus nourrie, elle va obligatoirement arrêter de se développer. Une infirmière faisait également un zoom au microscope sur un petit morceau de la peau de mon doigt pour compter le nombre de vaisseaux sanguins de surface. Et après les trois séances, ce nombre avait diminué d’environ 20%, ce qui était conforme aux attentes.

Après ces trois séances de tests à Lariboisière, je ne me suis plus trop inquiété de cet Avastin. Jusqu’au jour où, dans un magazine, Le Point (n°2148) pour ne pas le nommer, je suis tombé sur un article intitulé « Le médicament dangereux du mois : l’Avastin, inefficace contre le cancer » qui m’a quand même un peu remué. C’est vrai qu’après réflexion, un article d’une petite vingtaine de lignes, basé sur un ouvrage écrit par des personnes non-cancérologues, et rédigé sur le mode du spectaculaire n’aurait pas dû autant m’inquiéter mais bon, ça valait quand même le coup de se renseigner un minimum sur cette histoire… J’ai donc montré cet article à deux oncologues du service où je suis traité et j’ai pu obtenir quelques réponses intéressantes et rassurantes. Déjà, une certaine lassitude est apparue chez mes médecins : ce n’était apparemment pas la première fois qu’on leur faisait le coup. Un journaliste se fait monter le bourrichon par deux auteurs en manque de publicité pour leur bouquin et boum, ça donne ce genre d’article. Le journaliste est content d’avoir l’impression de faire une révélation spectaculaire sur ce qu’il pense être un potentiel désastre sanitaire, et les auteurs du bouquin sont contents de la pub gratuite qu’ils se font dans un hebdomadaire respectable et à grand tirage. Et malheureusement, de l’autre côté, il y a le pauvre oncologue qui voit s’abattre sur lui le milliard de questions que ses patients lui posent et le voilà en train de colmater les brèches et essayer de remettre le navire à flot. C’est peut-être un peu trop caricatural mais c’est comme ça que je vois les choses. Alors effectivement, l’Avastin a eu quelques contradicteurs et certaines agences de santé, l’administration américaine par exemple, lui ont retiré son autorisation dans certains traitements, ne trouvant pas de bénéfices significatifs à son utilisation. D’accord les laboratoire Roches ont peut-être été un tantinet trop agressifs dans leur stratégie de vente et ont essayé de fourguer leur médicament en complément à tous les traitements anti-cancer. N’empêche qu’en ce qui me concerne, pour mon traitement à moi de mon cancer du côlon, cela reste un avantage et de nombreuses études sur le cancer du côlon ont montré son bénéfice.

D’une manière générale, je donne toute ma confiance aux médecins qui s’occupent de moi. C’est vrai qu’avec internet, la tentation est grande de se faire un petit auto-diagnostic. Je le fais bien sûr de temps à autres. Mais malheureusement, on se retrouve vite à lire du grand n’importe quoi sur des sites où un simple rhume se transforme tout de suite en maladie rare incurable en phase terminale… Donc maintenant j'évite et je ne m'en porte pas plus mal...

Publié dans chimiothérapie

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Suzie 27/04/2017 09:38

Merci. Moi aussi je suis traitée avec de l'Avastin et comme vous je suis aussi allée sur internet.
Vous êtes un réconfort MERCI

Jerome 28/01/2014 19:28

Bonjour Fred,

Jerome 28/01/2014 19:35

Bonjour Frédéric

J' ai pris du temps pour lire une partie de ton blog ... pas tous je l'avoue. J'ai au travers des articles été impressionné par le recul avec lequel tu arrives a expliquer tes souffrances.
J'ai beaucoup aimé certains articles. Ton écriture est très plaisante a lire. ( toujours le même soucis du détail ). J'ai une petite remarque que tu me pardonneras ( enfin j'espere !!). pourrais tu simplement ajouter l'année aux dates des articles.
Je suis de tout cœur avec toi ... et avec Vanessa
Continue de te battre
Jérôme

Aurélie 27/01/2014 07:54

Ah ces journalistes, ils en écrivent bien des bêtises... le pire c'est qu'ils ne se rendent pas compte de l'impact qu'ils ont ! Et internet n'est pas non plus toujours une source très sûre d'informations... il n'y a pas si longtemps Norbert était ophtalmo au lieu de rhumato... (C'est quand même pas tout à fait pareil !) !! Très grosses bises à vous 2, on pense bien à vous !

Marie Jeanne 20/01/2014 09:28

Moi je pense aussi à tous les malades qui lisent ce genre d'articles, qui sont à l'affut de renseignements sur leur maladie, et qui perdent confiance ! Et s'ils n'osent pas poser des questions à leur médecin les dégats que ça peut provoquer ?
Heureusement tu as la tête sur les 2 épaules ! Mais quand même quand tu as lu l'article tu as dû subir un choc en plus bien inutile !