Urgences, épisode 3

Publié le par Fred

Tout d’abord, avant de continuer à raconter mes petites histoires, permettez-moi de vous souhaiter à tous une excellente année 2014. Que tout ce que vous désirez puisse se réaliser !...

Dans l’article précédent, je vous parlais des effets secondaires de ma chimio et je vous disais que, en comparaison de tout ce qui aurait pu arriver, je ne pouvais pas me plaindre. C’est vrai. Cependant, on ne peut pas dire que tout s’est passé comme sur des roulettes quand même. J’ai une anecdote croustillante à vous raconter et ceci va mettre un terme à cet insupportable suspens que j’ai créé ici. Oui, j’ai dû retourner aux urgences une troisième fois et ce, à la suite d’un débranchement de chimio plus rock & roll que d’habitude. C’était le neuf février 2013 et je venais de terminer ma troisième séance de chimio. Mon infirmière S. de Montrouge était venue comme d’habitude à la maison pour me retirer l’aiguille branchée à mon pack et s’occuper également de ma poche de stomie. Déjà, quand elle a retiré tout le film adhésif collé autour de l’aiguille, elle avait remarqué des traces de sang séché autour de la tubulure. J’avais déjà dû saigner un peu au moment du branchement. Mais quand elle a retiré l’aiguille, ça a aussitôt coulé plus que d’habitude. Enfin, à cette époque, on ne pouvait pas vraiment parler d’habitude car je n’avais été débranché que deux fois. Lors de ces deux fois précédentes, du sang avait un peu perlé du trou fait par l’aiguille mais vraiment pas beaucoup. Cette fois, il coulait anormalement. S. a aussitôt fait un pansement plus compressif mais rien n’y faisait, on voyait la tache de sang s’agrandir petit à petit à travers le pansement. S. a donc appelé le service oncologie où je suis traité. Seulement, ayant commencé cette chimio le jeudi, le débranchement était fait le samedi et donc, il n’y avait qu’une infirmière de garde dans le service. Et celle-ci nous a conseillé d’aller aux urgences. Donc voilà, j’étais bon pour cette fameuse troisième visite dans le service des urgences de l’hôpital St Joseph. S. m’a refait un pansement propre, a entouré la marque du sang et noté l’heure précise de cette marque. Elle a ensuite appelé une ambulance et hop, direction l'hôpital.

Je ne vais pas vous refaire toute la description du service des urgences. Rien n’avait vraiment changé depuis ma visite précédente. Le seul changement notable fut notre attente modérée avant de voir un médecin. A peine une heure. Oui dans l’univers parallèle du monde des urgences, une heure c’est rien ! On m’a aussi installé tout de suite dans une salle d’examen individuelle. Fini le couloir, j’ai eu droit au traitement VIP. Ce fut comme de passer du Formule 1 au Pullman… Et le service de luxe a continué tout l’après-midi : un très grand nombre de médecins est venu me voir pour que je leur explique ce qui m’arrivait. J’étais comme une star, tout le monde se pressait à mon chevet… Bon en fait, la raison était toute simple : personne ne savait quoi faire avec moi et chacun refilait le bébé à son supérieur… J’ai d’abord eu droit à l’externe qui ne devait pas avoir plus de 14 ans. Oui, c’est possible. C’est obligé ! C’était un gamin ! On aurait dû prendre une photo. Vanessa me disait qu’il aurait dû avoir une casquette et un skateboard plutôt qu’une blouse et un stéthoscope !... Bon il a fait quelques examens, a arraché le pansement de l’infirmière pour regarder dessous, l’a recollé comme il a pu, et m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai donc expliqué que j’étais sous chimio, que je venais d’être débranché et que j’avais saigné beaucoup lors de ce débranchement. J’ai expliqué aussi que mon oncologue m’avait dit d’alerter tout de suite quelqu’un en cas de saignement dans la chambre implantable car celle-ci risquait de se boucher et il faudrait me réopérer pour m’en installer une nouvelle. Il m’a écouté attentivement jusqu’au bout, et même mieux que ça, il prenait des notes, comme si je lui donnais un cours magistral... quand il m’a demandé c’était quoi une chambre implantable, si je pouvais lui montrer et comment ça marchait, et qu’il continuait à tout noter ce que je lui disais, je me suis douté qu’il n’allait pas pouvoir nous aider beaucoup… Ben oui, mais à quoi je m’attendais aussi ? à 14 ans, on boit du lait fraise et on mange des chocos BN, on ne répare pas les packs de chimio…

Après une nouvelle petite attente, cette fois, c’est un jeune interne qui est venu. Il faisait un peu plus médecin que le premier mais ça devait être sa première année d’internat car il ne faisait pas très vieux non plus. Je lui ai ressorti ma petite histoire de chimio, de saignement, de pack, de risque de bouchon. Il m’a fait lui aussi quelques examens, lui aussi m’a re-arraché le pansement et l’a recollé lui aussi n’importe comment, puis il a essayé de me rassurer en me disant que ma tension était bonne, que le saignement s’était arrêté (ben oui tu parles au bout de deux heures…) donc que je n’étais plus en situation d’urgence. Oui mais à propos de mon pack, on fait quoi alors ? C’est surtout ça qui m’inquiète moi, je ne voudrais pas être obligé de me faire rouvrir pour le changer… Lui ne m’a pas demandé ce qu'était une chambre implantable. Mais à voir son regard, il ne devait pas en avoir vu beaucoup dans sa carrière… Il m’a alors dit qu’il allait se renseigner, mais que de toute façon, je ne devais pas m’inquiéter, tout était sous contrôle, j’allais bien. Ok, content de l’apprendre.

Nouvelle attente, puis, après un petit moment, nouvelle visite. Ah, cette fois, on dirait un vrai médecin ! Bon, son badge indique que c’est toujours un interne mais on sent qu’il a un peu plus de bouteille quand même. Pour la troisième fois, je répète mon petit discours, chimio, débranchement, saignement, bouchon tout ça, et après m’avoir examiné brièvement et avoir re-re-arraché mon pansement et l’avoir re-re-collé n’importe comment, il me dit que je ne constitue pas un cas d’urgence donc ils ne savent pas trop quoi faire car ils ont appelé le service d’oncologie et ils n’ont pu contacter aucun médecin là-bas. En fait, leur principale crainte est que j’attrape une saloperie dans le service car, selon ses propres mots, c’est un vrai nid à microbes ici et comme mes défenses sont faibles à cause de la chimio… Ben ça donne envie de revenir ça, tiens… Ils me gardent encore un peu pour le moment, au calme dans ma petite salle et continuent d’essayer d’obtenir plus de renseignements.

Il commence à se faire un peu tard quand survient ma quatrième visite : il s’agit cette fois de l’interne expérimenté et du petit gamin toujours déguisé en médecin qui viennent me voir ensemble. Et bonne nouvelle, ils ont enfin pu avoir plus de renseignements auprès d’une infirmière qui a autrefois travaillé dans un service d’oncologie. Moi, je comprends : « on a enfin mis la main sur quelqu’un dans ce foutu service qui savait ce qu’était une foutue chambre implantable ». Mais malheureusement, ils n’ont pas le matériel pour vérifier si la chambre est bouchée ou non. Mais à partir du moment où l’infirmière à domicile a fait le rinçage de la chambre correctement, il n’y a pas beaucoup de risques. Oui, elle l’a fait correctement, je confirme, elle est un peu plus au courant que vous on dirait… D’accord, donc pour plus de sécurité, rappelez votre service d’oncologie lundi quand il y aura du monde et maintenant, rentrez chez vous, c’est un vrai nid à microbes ici… Deuxième fois le coup du nid à microbes… C’est à peine s’il ne regarde pas craintivement par-dessus son épaule… Et au fait, sinon, vous avez tous tripoté à qui mieux mieux mon pansement et d’ailleurs je me demande comment il tient encore… Personne ne va passer pour m’en refaire un neuf qui tient bien ? Non, ça n’intéresse personne ? Bon, on ne va pas vous déranger ici plus longtemps alors, merci beaucoup de nous avoir reçus et au plaisir ! Finalement ils m’ont appelé une ambulance, ce qui est plutôt sympa, et on est rentré à la maison vers 18 heures.

Le lendemain, mon infirmière S. est revenue me voir pour savoir ce qui c’était passé à l’hôpital… Quand je lui ai tout raconté, elle était désolée que j’aie perdu mon temps là-bas mais bon, il n’y avait pas beaucoup d’autres choix. Par contre, elle n’a pas été franchement ravie de voir le fameux pansement tout pendouillant et ne collant plus que par un seul coin. C’est pas possible qu’ils n’aient pas pris dix secondes pour en remettre un nouveau. Et si, c’est possible ! Le lundi suivant, j’ai appelé le service oncologie pour leur raconter mes aventures du week-end et après avoir consulté un médecin, on m’a dit de ne pas m’inquiéter, ce n’était pas grand-chose, si le saignement s’est arrêté tout seul et qu’il n’a pas recommencé, je n’ai pas de soucis à me faire. Et effectivement, lors de ma séance de chimio suivante, ma chambre implantable était tout à fait opérationnelle.

Voilà comment se finit ma fabuleuse épopée aux urgences ! J’espère qu’il n’y aura pas de quatrième épisode, croisons les doigts, mais si jamais j’y retourne, je ne manquerai pas de tout vous raconter, ne vous inquiétez pas… En revanche, ce que je suis sûr de vous raconter et ce, pas plus tard que dans le prochain article, ce sont les autres ennuis que j’ai eu avec mon pack… A bientôt !

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