2e hospitalisation, suite et fin...

Publié le par Fred

Après mon passage aux soins intensifs, ma convalescence dans le service de chirurgie digestive s’est déroulée sans trop de problème. Les principaux points d’attention de mes médecins étaient la poche de mon redon et mes bilans hépatiques. Pour la poche, je voyais bien que ça les énervait qu’elle recueille toujours un peu de liquide. Ils auraient bien voulu que tout s’assèche et que la plaie se cicatrise. Ils levaient les yeux au ciel tous les matins lors de la visite quand l’infirmière leur annonçait qu’il y avait eu encore 20 cc de liquide recueillis dans la nuit. Puis ils me regardaient en fronçant les yeux : « Il y a eu encore 20 cc de liquide dans la nuit Mr Multon… ». Alors 1) oui j’avais entendu la première fois, l’infirmière ne parle pas en langage codé… 2) C’est pas la peine de me regarder en me faisant les gros yeux : je n’y peux pas grand-chose vous savez… Au bout de quelques jours comme ça, C.V. a décidé de prendre les choses en mains : régime sans sel et juste une petite carafe d’eau d’un litre pour toute la journée. On va assécher tout ça, Mr. Multon, vous allez voir !... D’accord, c’est vous le doc, doc.

En ce qui concerne mon bilan hépatique, il n’était pas très bon. Ils ne m’ont jamais communiqué les chiffres mais ça se voyait tout de suite : j’étais tout jaune… Mais bon, ils ne s’alarmaient pas plus que ça. Mon niveau de plaquettes n’était pas non plus très bon. Pour l’opération, ils avaient prévu des poches de sang et de plaquettes pour me transfuser pendant l’intervention au cas où. Et le cas s’était tout de suite présenté. Donc mes plaquettes étaient basses. Les séances de chimio les ont toujours beaucoup fait baisser mais je revenais toujours presque dans la norme au bout d’une ou deux semaines. Là, c’était plus difficile, je ne remontais que très lentement. Mais là encore, ils ne s’alarmaient pas trop.

En revanche, une chose chez moi qui faisait l’unanimité et dont tout le monde se félicitait, était ma cicatrice. Depuis le tout début en fait, même pendant mon passage en soins intensifs. C’est pendant ce séjour qu’ils ont commencé à me retirer les agrafes. D’abord une sur deux. Puis, le jour suivant, celles qui restaient. Et à chaque fois, l’infirmière en charge de l’opération me disait que j’avais vraiment de la chance, que c’était du très beau travail, que ma cicatrice était très belle. Moi je ne voyais qu’une immense balafre de 20 centimètres de long, toute sanguinolente et boursouflée. Qu’est-ce que c’est une cicatrice moche alors ? Je n’ose même pas imaginer. Comme quoi, les goûts et les couleurs… (Enfin, elles sont quand même bizarres ces infirmières…)

Au fil des jours, tout s’est petit à petit amélioré. J’ai eu le droit à nouveau de boire tout ce que je voulais et un matin, C.V. est entrée triomphalement dans ma chambre en me disant qu’enfin, les résultats étaient meilleurs. Il y avait encore un bout de chemin à faire mais néanmoins, dans mon dernier bilan sanguin, tout ce qui devait monter montait et tout ce qui devait baisser baissait. Et cerise sur le gâteau, mes plaquettes étaient passées au-dessus de 100 000 /mm3 de sang. La fin de l’hospitalisation se rapprochait à grands pas.

Vous ai-je déjà parlé du BYC ? Non, je ne le crois pas. Il s’agit d’un régime alimentaire, je ne sais pas si la même terminologie est utilisée dans des autres hôpitaux… Au début, moi je comprenais régime BIC. C’est le régime que les médecins décident de donner au tout début de la reprise de l’alimentation. Je me suis longtemps demandé ce que ça voulait dire : Bouillie Infâme et Catastrophique ? Bien Immonde et Croupi ? Blafard, Inodore et Crasseux ? Mais comme à chaque fois, j’ai eu mon moment de révélation et j’ai compris que ce n’était pas un I mais un Y et que ça voulait dire Bouillon, Yaourt, Compote. En gros, les choses les plus faciles à manger pour un malade avec des problèmes digestifs. Comme je vous l’avais déjà raconté ici, au début, quand on n’a rien mangé depuis longtemps, c’est un véritable bonheur. Mais très vite, on a envie de passer à autre chose d’un peu plus consistant… Et le régime BYC finit vite par saouler. Cette fois, je ne suis pas resté longtemps sous ce régime. Je suis vite passé au cran supérieur. Pas encore le repas complet entrée, plat, dessert, pain, mais quand même un plat et un dessert. Malheureusement, quand j’ai eu droit à ce régime, le médecin avait décrété l’embargo sur le sel, alors ce n’était pas la joie non plus. Mais bon, c’est de la nourriture d’hôpital hein, le but n’est pas de plaire au client pour qu’il revienne…

A propos d’alimentation, il faut que je vous parle d’un épisode scandaleux qui m’est arrivé pendant ce séjour hospitalier. Je ne sais pas si cette affaire a fuité dans la presse. Ça m’étonnerait, leur réseau est beaucoup trop bien organisé et réussit toujours à museler les voix qui s’élèvent un peu trop fort contre leurs procédés toujours plus ignobles et liberticides. Enfin bref, moi, je lâche le morceau, advienne que pourra. Pendant mon séjour aux soins intensifs, j’avais demandé à avoir du chocolat au petit déjeuner et donc, tous les matins, j’avais droit à mon grand bol de lait avec un sachet exquis de poudre de cacao. Malheureusement, quand je suis revenu en chir dige’ (chirurgie digestive en langage de médecins qui sont trop faignants pour prononcer une syllabe de trop… d’ailleurs à ce propos, le service que moi je connaissais sous le nom de soins intensifs était couramment appelé unité de surveillance continue et tout le monde disait u.c. Alors moi, quand j’étais trimballé en examen, je voulais absolument retourner aux soins intensifs mais tout le monde me disait que je retournais à l’u.c., j’étais complétement paumé quoi…) quand je suis revenu en chir dige donc, le premier matin, on m’a presque rigolé au nez quand j’ai demandé mon chocolat. Vous rêvez mon pauvre monsieur, on n’a pas ça ici et de toute façon, vous n’y avez pas droit ! Vous ne voulez pas un bon petit bouillon pas salé à la place ? Oui, exactement, pour votre petit déj… Croyez bien que j’ai crié au scandale mais ça n’a pas été suffisant …

Finalement, le 25 juin, après 16 jours d’hospitalisation, les médecins ont décidé de me renvoyer chez moi. Comme à chaque sortie d’hôpital, j’ai eu droit à un milliard de papiers en tout genre : ordonnances, bon de sortie, compte-rendu d’opération, arrêt de travail, convocation à une consultation de contrôle. Ils voulaient me faire sortir le matin mais j’ai encore demandé de sortir plutôt l’après-midi. Une ambulance est donc arrivée vers 14h et nous a emmenés, Vanessa et moi, vers Clamart, vers notre nouvel appart que je ne connaissais pas encore très bien.

Voilà, oui, je sais, ce post est un peu plus court que les autres fois... Mais pour me rattraper, je vous prépare un petit truc pour la semaine prochaine... Restez connectés...

Publié dans A l'hôpital

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Stéphanie 01/03/2014 19:45

Salut Fred,

Ahhhh les régimes post opératoires!!! Quel bonheur!!!! J'ai aussi connu ça durant quelques temps après mon opération... Et tu as raison, c'est purement intolérable de ne pas pouvoir déguster son traditionnel et incontournable chocolat au lait au petit déjeuner sous le couvert d'obscures excuses d'" épargne digestive"!!!
Bon et à part ça, j'ai cru comprendre que tu cicatrisais plutôt bien? Cela peut paraître insignifiant et même superficiel vu tout ce que tu endures mais c'est une chance!!!! Je suis de celles qui cicatrisent super mal!!!! Même ma cicatrice du portacath est vilaine, c'est dire!!! Et oui, une fille qui a un cancer reste une fille malgré tout, avec les soucis d'esthétique que cela comporte!!!!

Vivement la semaine prochaine pour lire la suite de ton année 2013....

Christine 01/03/2014 11:22

Coucou mon neveau préféré,
Ta Mamie va être contente d'avoir un nouvel article, elle est déçue quand je débarque les mains vides ! Elle les lit et les relit, tu peux être sûr qu'elle est tout le temps auprès de vous deux... Et puis elle est si émue que vous pensiez quand même à elle malgré tout çà !
Tu sais que tu es notre auteur préféré et on attend toujours tes nouvelles sorties avec impatience, elles sont tellement criantes de vérité, vivantes et pleines d'humour qu'on a l'impression que tu es là en train de nous raconter tes "aventures" ! Un jour, il faudra qu'on échange nos expériences du "terrain", hein !...
Bon après tes débalages culinaires, le mot de Dom c'est : "bon et nous on mange quoi ?"...
A très bientôt pour le "petit truc" que tu nous promets... ah, on peut dire que tu sais tenir tes lecteurs en haleine, toi !
Bizzzzz à vous deux.
Christine, Dom et les poissons rouges.

Le Bof de Grosblie 01/03/2014 08:39

Salut Fred,
Cela fait un petit moment que je n'avais pas fait un tour sur ton blog et je dois dire que tu n'as pas chaumé entre temps.
Tes récits sont toujours aussi poignant avec cette petite touche de suspens et d'humour qui fait que nous aussi on est un peu accro...
On pense bien a vous,
Bises,
Christophe, Antoine et Silvia

PS: J'ai fait une super affaire niveau lego! 12kg pour 50€. Et ce matin a 7h, à peine levé, tout le monde était déja a joué au lego (J'ai bien dit tout le monde! Silvia aussi devient fan!!!

Marie Jeanne 28/02/2014 23:09

Bien trouvé "c'est vous le doc, doc" ! Moi aussi je me souviens de ce passage de "retour vers le futur" !
Oui, j'étais là à ta sortie d'hôpital ! J'étais venue à Paris sitôt mon retour de Conques ! Vous êtes partis avec l'ambulance et moi j'ai pris le métro pour la gare de l'est et le train pour rentrer à Vecoux !
Ca va être quoi le petit truc de la semaine prochaine ? Tu n'as pas beaucoup de temps ! A bientôt !