Comment s'occuper avant une opération...

Publié le par Fred

Je voudrais commencer par revenir brièvement sur mon dernier article sur l’Avastin et l’article du Point. Un collège d’oncologues a publié une réponse que vous pouvez lire ici.

Maintenant, passons au sujet d’aujourd’hui. Comme vous l’avez surement remarqué, jusqu’à présent, je vous ai principalement parlé de tout ce qui m’est arrivé en rapport à ma santé. Mais il ne faut pas croire, la vie à côté ne s’arrête pas sous prétexte qu’on tombe malade. Des quantités de gens parviennent très bien à continuer de vous casser les pieds quoiqu’il arrive.

Bon gré, mal gré, nous avons avancés dans mon traitement tout l’hiver et au début du printemps. Pendant cette période, un problème s’est petit à petit imposé à nous : notre appartement. Nous habitions jusqu’alors un T2 que j’adorais, à Montrouge, sous les toits, avec charpente apparente, lambris et velux, double séjour et une surface au sol plus grande que la surface officielle de l’appartement. Seulement, qui dit sous les toits dit problèmes d’isolation et pour nous, cela signifiait également 5è étage sans ascenseur. En plus, ça faisait 6 ans que j’y avais emménagé et ça commençait à devenir vieux. Les cinq étages posaient gros problème quand je revenais de chimio sans beaucoup de force et les problèmes d’isolation n’aidaient vraiment pas quand il faisait froid : on était toujours frigorifié et les petits radiateurs électriques de l’appart ne nous aidaient pas beaucoup à réchauffer l’ambiance. Par contre, Mr Edf se frottait bien les mains. De plus, à la fin de l’hiver, on a eu une sorte de dégât des eaux dû au syndic de l’immeuble qui s’est mis dans l’idée qu’il fallait absolument repeindre les murs de la cour intérieure. Je ne sais pas comment ils s’y sont pris ni avec quoi ils ont badigeonné ces murs mais le résultat a été qu’on a eu une grosse infiltration d’eau et que tout a commencé à moisir. Voilà donc où on en était : on devait monter 5 étages à pieds pour vivre dans un appart froid et moisi… On a connu mieux comme situation… On s’est donc mis à chercher un nouvel appartement. Au début, on n’avait pas trop de pression, on ne voulait pas se précipiter pour prendre n’importe quoi, n’importe où. Notre recherche n’était pas super active, surtout que moi, après les chimios, je ne pouvais pas trop me déplacer à perpet’ pour visiter un appart. Donc on y allait à la cool. Mais, début mai, tout s’est un peu précipité pour nous et on a dû se bouger un peu plus, voire se mettre un bon coup de pied au c….

Déjà, de bonnes nouvelles sont tombées. Mon traitement de chimiothérapie devait compter à la base douze séances mais il était prévu que je fasse un bilan au bout de six, pour savoir si on allait dans le bon sens. Et c’est ainsi que mi-avril, on m’a reprogrammé un scanner, une IRM et Tep Scan. Pour le scanner, je ne m’en faisais pas trop, ce machin-là, je savais comment le gérer. Par contre, au vu de ce qui s’était passé à ma précédente IRM (souvenez-vous…), j’angoissais un peu plus. Et pour le Tep Scan, c’était carrément l’inconnu. Bon au final, concernant l’IRM, ça s’est beaucoup mieux passé que la première fois. Déjà j’avais beaucoup plus de forces et ensuite, le gars qui s’occupait de moi m’a bien tout expliqué le comment et le pourquoi et m’a donné quelques trucs pour bien rester immobile pendant les longues secondes de la prise du cliché. Cette fois l’examen a duré simplement une grosse demi-heure et je n’ai eu aucun problème particulier.

En ce qui concerne le Tep Scan, ça s’est également plutôt bien passé même si on a eu quelques difficultés de transport. En fait, cet examen se passait à l’hôpital Foch de Suresnes, donc assez loin de Montrouge. Est-ce que vous savez ce qu’est un Tep Scan au fait ? Bon, ok, je vous explique. Enfin, comme toujours, j’explique ce que j’ai compris. Surtout, si vous voulez préciser quelques points ou carrément me dire que je raconte n’importe quoi, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires… Déjà, au préalable, il faut savoir que les tumeurs cancéreuses sont de grosses consommatrices de glucose. Le principe du tep scan est d’injecter dans le corps humain un marqueur qui va justement se fixer aux endroits où il y a la plus grosse consommation de ce glucose. C’est pour ça que pour faire cet examen, on reste pendant une heure le plus immobile possible pour éviter toute activité musculaire car, quand les muscles travaillent, eux aussi sont consommateurs de glucose. Ainsi, à la fin de l’examen, on obtient une image en trois dimensions de tout le corps humain et les zones où il y a la plus grosse activité de consommation de glucose correspondent à d’éventuelles tumeurs.

Au début de l’examen, on est installé sur un lit et on est invité à rester tranquille et se reposer. Ensuite, un infirmier spécialisé arrive avec le marqueur. Et là, ça commence à devenir impressionnant. En effet, il faut savoir que le marqueur utilisé pour le tep scan est un produit radioactif. Donc l’infirmier rentre dans la chambre en poussant un espèce de chariot blindé devant lui. Sur le devant du chariot, il y a la seringue avec le produit radioactif et derrière un grand bouclier, il y a l’infirmier qui manipule la seringue avec des bras articulés. Et pour bien finir de rassurer le patient il porte un badge détecteur de radiations. Donc au final, lui il est super bien protégé, et moi je suis juste à côté de la seringue radioactive… euh… ah ah ah, je suppose qu’il n’y a aucun risque hein ? Les doses sont tellement faibles, je risque rien… hein ? Pardon ? Je vous entends très mal à travers votre combinaison antiradiation et derrière le mur de 10cm de plomb… Non mais rassurez-vous, effectivement je ne risquais rien. Le personnel se protège, lui, car c’est la répétition des contacts jours après jours qui est dangereux. Et puis, une troisième oreille au milieu du front n’a jamais fait de mal à personne…

Une fois que le produit est injecté, il faut rester le plus immobile possible pendant une heure pour éviter de faire travailler ses muscles. Lire n’est surtout pas recommandé car le cerveau travaille énormément pendant cette activité. Il faut juste ne rien faire. C’est l’examen-légume en fait. On doit imiter un poireau pendant une heure. Et en plus, les chambres où les patients sont installés sont sous surveillance vidéo et quelqu’un vérifie que tu es bien en train de ne rien faire. Ah s’il y avait eu une matière comme ça à la fac, j’aurais validé mes U.V. les doigts dans le nez… Moi en fait, pendant cette heure, j’ai dormi. Une petite sieste d’une heure, ça fait toujours du bien… après cet examen, tout le monde m’a demandé comment ça s’était passé, en me disant que j’étais vraiment très courageux et très fort pour subir tous ces examens… ah lalala oui, je vous le fais pas dire ! Qu’est-ce que je suis courageux moi ! Etre obligé de faire la sieste comme ça en pleine journée… ces médecins sont vraiment odieux.

Bon bref, au bout d’une heure, le produit est normalement bien fixé aux endroits qui posent problème et c’est le moment de cartographier ces endroits dans une grosse machine qui ressemble beaucoup à une machine à IRM mais qui, elle, ne fait pas le moindre bruit. Cette étape est relativement rapide et encore mieux, il n’y a nul besoin de retenir sa respiration et suffoquer comme un débile en comptant les secondes qui passent. Mieux encore, on est ensuite invité à attendre un tout petit moment, un quart d’heure maximum, et les premiers résultats de l’examen tombent très rapidement. Un médecin prend alors le patient en privé dans une petite salle et lui dit ce que l’examen a révélé. Dans mon cas, la médecin était plutôt positive car le produit ne s’était pas beaucoup fixé ni sur la tumeur originelle dans mon côlon, ni sur mon foie et encore moins sur mes poumons. Ce qui révélait que la première partie de la chimio avait été plutôt efficace, que mon corps avait plutôt bien répondu au traitement et que les tumeurs n’étaient presque plus actives. Le scanner et l’IRM ont montré par la suite que non seulement elles n’étaient presque plus actives mais qu’en plus elles avaient diminué de taille. Une très bonne nouvelle donc et quelques jours plus tard, en consultation avec mon oncologue B.H., j’apprenais que j’étais bon pour une intervention chirurgicale : ils allaient m’opérer en priorité du foie et si tout se passait bien, ils enchaineraient par le côlon. Rendez-vous était donc pris avec mon médecin préféré, le docteur C.V. pour discuter de tout ça avec elle et mettre en place le calendrier de l’opération. C.V. était ravie de nous revoir et surtout ravie que la chimio se passe bien. Elle a regardé son agenda et on a fixé une date pour l’opération. Il fallait attendre au minimum un mois après la dernière chimio et donc C.V. a réservé la journée entière du 10 juin rien que pour moi. Ok, le 10 juin, je passe sur le billard. Elle aussi m’a dit qu’elle allait essayer de faire et le foie et le colon ensemble mais que ça allait être quand même difficile, qu’il était possible que je me réveille toujours avec ma stomie.

Ainsi, sur le plan médical, tout se passait bien. Mais une fois que la date de l’opération a été fixée, qu’on ne pouvait plus la changer et plus reculer, on a reçu une petite visite surprise et complétement inattendue : un huissier de justice. Et exactement comme dans les séries télé, il nous a demandé notre nom et sans ajouter un mot, il nous a remis une enveloppe chacun. Puis il nous a salué et est parti. L’angoisse… qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Bon au final rien de bien méchant, hein, on arrivait simplement au bout de notre bail de location et le propriétaire de notre appartement ne voulait pas renouveler ce bail pour pouvoir vendre l’appartement. Et donc, douche froide : on était début mai et fin octobre, on devait dégager. Bon apparemment on pouvait se dire, en six mois, quand même, on devrait pouvoir s’en sortir et trouver un truc pas trop mal. Sauf qu’en y réfléchissant bien, on n’avait pas vraiment six mois devant nous. Comme l’opération était fixée en juin, c’était impossible qu’on entreprenne un déménagement pendant ma convalescence. Donc tout le mois de juin était grillé. Ensuite, arrivaient juillet et aout, et pendant ces mois de vacances, il n’y allait avoir quasiment aucune annonce, le marché allait fortement se ralentir. Après, en septembre, on s’est dit que les étudiants allaient arriver sur le marché et que ça serait peut-être difficile de trouver quelque chose. Et ensuite, c’était octobre. Résultat, si on ne déménageait pas avant l’opération de début juin, il y avait de fortes chances qu’on se retrouve hyper stressés en octobre à courir partout et finalement obligés d’accepter un appart complétement nul. Donc au lieu de six mois, on en avait un et demi à peine pour trouver quelque chose. D’où le coup de pied au c.. dont je parlais en début d’article.

Ainsi, tout le mois de mai, on a couru partout faire des visites dans tous les sens pour trouver notre prochain petit nid douillet. Le bon point était que je ne referais pas de séance de chimio avant l’opération. En effet, une opération du foie de ce genre ne devait pas être parasitée par les effets des produits de chimio et il fallait respecter au minimum un mois d’intervalle. Ceux qui ont déjà cherché un appartement à louer en région parisienne vont certainement être familiers avec ça : on a vraiment tout vu au cours de ces visites. Du top et du grand n’importe quoi… Bon, un peu de top et beaucoup de grand n’importe quoi quand même ! Notre principal problème était de trouver quelque chose d’assez grand car à Montrouge, on avait entassé pas mal de bazar. Ensuite, il nous fallait trouver quelque chose en petite couronne, pas trop loin de Paris et avec pas mal de transports. L’idéal pour nous était les Hauts de seine, n’importe quelle ville touchant Paris. Bon on a eu beau chercher, le temps pressant, on a élargi un peu notre recherche et il se trouve qu’on a visité un appartement très spacieux à Clamart qui nous a tout de suite plu. Même un peu trop plu car on n’a pas été assez regardant sur l’environnement de l’appartement et notamment les moyens de transport à disposition. Mais encore une fois, le temps pressait, l’appartement était beaucoup plus grand qu’à Montrouge, au 2è étage avec ascenseur, une grande cuisine toute équipée, un grand séjour, un grand balcon donc, bref, on a déposé un dossier de candidature et ils nous ont acceptés.

A partir de cet instant, tout allait se précipiter car je devais entrer à l’hôpital le 9 juin. On a visité l’appartement le 18 mai, on a reçu la réponse positive le 22 mai. On a ensuite signé le bail le 25 mai. Ensuite, plusieurs entreprises de déménagement sont passées à Montrouge nous faire un devis. On a sélectionné la moins chère, ce qui n’a pas forcément été une bonne idée, mais ils semblaient tous un peu filous alors on ne saura jamais. On a programmé le déménagement pour le 6 juin. Le 1er juin, on a récupéré les clés de Clamart pour faire l’état des lieux d’entrée. Le 4 juin, je devais aller à l’hôpital pour un rendez-vous avec l’anesthésiste de mon opération. Entre temps, on avait la tête dans les cartons, c’est fou le nombre de trucs qu’on peut accumuler au fil du temps. On pensait s’en sortir avec une vingtaine de cartons mais il nous en a fallu presque 50. Le 6 juin, les déménageurs sont arrivés dans un camion trop petit et sans le bon nombre de déménageurs prévus. Je ne vais pas m’étendre sur cette entreprise mais elle vaudrait un article à elle toute seule. Au final, ils ont tout transporté et on n’a eu à déplorer que la casse d’un bout de porte-manteau et d’une lampe. En y réfléchissant après coup, on s’en est bien sorti… Le 7 juin, on a fait le grand ménage dans l’appart de Montrouge et le 8 juin, on faisait l’état des lieux de sortie… ouffffff… tout s’est fait ric-rac mais on s’en est finalement sorti à temps. Je ne sais pas ce qui se serait passé si on n’avait pas trouvé cet appartement à la dernière limite. Peut-être on en aurait trouvé un autre beaucoup mieux pendant l’été ? Ou peut-être on serait rentré dans un 25 m² fin octobre juste avant d’être expulsés ? On ne le saura jamais non plus. En tous les cas, tout ça était maintenant derrière nous et je suis rentré à l’hôpital comme prévu le 9 juin, pour être opéré le lendemain. Et je vous raconterai cette hospitalisation en détail dans les prochains articles !...

Publié dans Vie quotidienne

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Aurélie 05/02/2014 14:06

Coucou vous deux !
Décidément quand les galères débarquent... ! C'est bien la preuve que vous vous en sortez comme des chefs ! Merci encore de nous faire partager toutes vos aventures !
Au fait, tes explications du Tep scan sont exactes et d'ailleurs toutes les explications des différents examens depuis le début sont tout à fait justes... Je vais finir par communiquer l'adresse de ton blog à mes étudiants infirmiers... !!!
À très vite !

Céline 03/02/2014 08:55

Coucou Fred
J'attendais avec impatience ce nouvel article ! J'ai trouvé la réponse des oncologues au sujet de l'avastin très intéressante. merci de nous avoir partagé cet article. Je suis vraiment contente que tu nous partages ce que tu as vécu. On a hâte de savoir aussi ce que tu vis en ce moment, car finalement on a un temps de retard dans la compréhension de ce qui se passe pour toi.On est un peu loin pour s'en rendre compte vraiment et on ne va pas téléphoner toutes les 5 minutes...
Bon courage pour les jours qui viennent qui sont décisifs pour la suite de ton traitement
Bisous à tous les deux
Céline

Marie-Jeanne 02/02/2014 18:12

Hello Fred et Vanessa !
Vous avez eu de la chance ? Peut-être ! Moi je pense plutôt que vos anges gardiens veillaient et ils ont eu du boulot sur ce coup là !
Et moi pendant ce temps là je me prélassais à Conques ! Qu'est-ce que j'ai pu me sentir coupable de ne pas être là pour vous aider ! En plus être loin quand tu t'es fait opérer ! Heureusement je n'étais pas toute seule, j'étais entourée d'amis ! Et beaucoup d'occupations ! Ca empêche de trop penser ! Mais quand même ! Vive les SMS ! Je vous embrasse très fort tous les deux ! A bientôt !