Séjour aux soins intensifs

Publié le par Fred

Le scanner ne prit pas beaucoup de temps et je devenais parfaitement rompu à cet exercice maintenant. Allongez-vous ici monsieur et étendez vos bras au-dessus de la tête. D’accord mademoiselle mais vous avez vu que les boutons de ma chemise sont en métal ? Il ne faudrait pas enlever tout ça avant le scanner ? Ah oui, oups, je n’avais pas fait attention, hihihi, oui vous avez raison, enlevez-tout ça… Ok… maintenant, vous suivez attentivement les instructions de la machine…

L’examen est assez rapide et pas trop pénible. Le moment le plus délicat est quand un produit de contraste est injecté. C’est un produit contenant de l’iode et moi, ça me monte au nez et aux yeux et j’ai une bonne crise d’éternuements à chaque fois. Mais mis à part ça, c’est relativement inoffensif. On m’a donc ramené assez rapidement dans ma chambre où m’attendaient Vanessa et ma sœur. On m’a encore pris mes constantes mais il n’y avait pas de changement : toujours un pouls qui s’affole au-dessus de 150 pulsations par minute. A partir de cet instant, on a attendu un petit moment. Les médecins venaient me voir, me demandaient comment ça allait, me disaient qu’ils ne comprenaient pas, qu’il fallait vérifier tout un tas de trucs, en particulier le risque d’embolie pulmonaire. Mes frères sont arrivés et après avoir été mis au courant des événements de l’après-midi, ils ont patienté avec nous. J’imagine que ça devait être assez angoissant cette attente. Moi, de mon côté, je ne réalisais pas bien ce qui m’arrivait. Je ne me sentais pas mal, je n’avais pas de douleur particulière et je ne sentais absolument aucune agitation de mon cœur dans ma poitrine. C’est tout juste si je ne pensais pas que l’infirmière avait dérèglé la machine au moment de prendre mon pouls. On a attendu comme ça jusqu’à presque 19h. Et finalement, le cortège de médecins et d’internes a une nouvelle fois fait son apparition et m’a communiqué la décision prise. Ils ne voyaient toujours pas ce qui provoquait ma tachycardie et par précaution, ils allaient me renvoyer dans le service des soins intensifs et de surveillance continue, d’où j’étais sorti à peine un jour plus tôt… Ben je n’aurai pas profité de ma chambre bien longtemps moi… et pas non plus profité de l’abonnement au wifi qu’on venait juste de souscrire (une honte absolue soit-dit en passant : 20 euros pour 5 jours de wifi. Et allez présenter une facture de wifi à la sécu ou à votre mutuelle pour voir… ça les fera bien rigoler…)

Je me retrouve donc finalement aux soins intensifs. Je suis immédiatement rebranché de partout : capteurs sur la poitrine pour le rythme cardiaque (ah oui, au fait, merci de ne pas avoir pris le temps de me raser avant de me coller vos machins, ce fut un vrai plaisir d’enlever tout ça…), brassard automatique pour la tension au bras (au début, ils le règlent sur 30 min, donc toutes les demi-heures, le brassard se gonfle pour prendre ma tension. Très sympa, surtout la nuit… Toute façon je m’en fiche, ils auront beau tout essayer, j’ai avec moi ma gentille, ma belle, ma douce pompe à morphine…), et enfin, un capteur en caoutchouc sur le doigt pour ma saturation. Celui-là, je le déteste… au début, on n’y fait pas attention, il n’a l’air de rien comme ça… Mais au fil des heures, sa présence se fait de plus en plus lourde mais dès qu’on essaye de le bouger un peu pour soulager le doigt, la machine se met à biper comme une folle… Après plusieurs jours dans le service, un infirmier me dira une chose toute bête : « ben, vous avez qu’à le changer de doigt !... » Quel gros malin celui-là… il ne pouvait pas me dire ça plus tôt ! Avec Vanessa, on a une bonne surprise dans la soirée : notre abonnement wifi n’est pas perdu ! On a toujours accès au réseau ! Ma tablette avec un fruit dessus (mon blog commence à être mondialement connu alors j’évite de citer des marques mais n’empêche mon iPad est super !) m’aidera beaucoup à passer le temps et faire abstraction de tous ces bips de machine qui s’entendent continuellement. Malheureusement, Vanessa ne pourra pas rester dormir avec moi, on ne peut pas mettre de lits supplémentaires dans les chambres de soins intensifs. Elle devra donc faire les allers retours tous les jours entre notre nouvel appart et l’hôpital. Et c’est à ce moment qu’on réalisera quelle chance on avait à Montrouge avant, avec pleins de transport à disposition juste en bas de chez nous… Maintenant, à Clamart, c’est moins facile, on est un peu plus perdu…

Mon passage dans le service de soins intensifs dura 5 jours, jusqu’au mercredi 19 juin. Que dire de ce petit séjour ? Ça a été quand même bien ennuyant… assommant même, voir frustrant : j’étais pris en charge à 100%, je ne faisais rien tout seul si ce n’est rester dans mon lit et jouer avec la tablette. Toutes les heures, une infirmière venait relever mes constantes, notait tout sur une grande feuille accrochée au mur et dessinait de jolies courbes. Enfin, jolies, pas exactement : mes constantes étaient très… constantes justement, alors ça faisait juste des lignes droites, pas de jolies courbes. J’avais aussi quelques soins pour ma cicatrice, ma poche et mon Redon. Ah mon Redon… il faut que je vous en reparle de celui-là… Je ne pense pas exagérer en vous disant qu’il m’a causé une des plus grandes douleurs de toute ma vie… C’est vrai que la pose sans anesthésie de ma sonde gastrique n’a pas été une partie de plaisir mais là, ce fut surtout la violence, la soudaineté de la douleur qui a été un choc. Ça s’est passé le dimanche matin. Jusque-là, au moment de changer le récipient sous vide, j’avais eu affaire à des infirmières assez délicates. Mais ce dimanche matin-là, l’infirmière n’a vraiment pas fait dans la dentelle : au moment de brancher le bocal sous vide, elle a forcé comme une malade car elle n’arrivait pas à enclencher le dispositif et pouf, brusquement, ça s’est mis en place et le vide s’est aussitôt fait dans le circuit et a aspiré d’un seul coup le liquide près de mon foie. Le récipient s’est rempli à moitié en une seconde et je l’ai senti passer. L’infirmière a tout de suite vu que ça n’allait pas car en me regardant, elle a fait une tête horrifiée. A ce moment-là il y avait aussi un aide-soignant dans la chambre et en fait, c’est lui qui a réagi le plus rapidement. Il a dit que j’allais faire un malaise alors il a mis le lit en position horizontale et l’a fait basculer en arrière pour que ma tête soit en bien en bas. De son côté, l’infirmière a commencé à m’asperger avec un brumisateur. Ça a duré comme ça quelques minutes puis la douleur s’est calmée petit à petit. L’infirmière était vraiment désolée et quand un médecin est venu me voir, elle a raconté tout ce qui s’était passé. Il y a eu ensuite une petite réflexion chez les médecins et ils ont pris la décision de casser le vide de mon redon. A partir de maintenant, le liquide ne serait plus aspiré par un récipient sous vide mais coulerait normalement, juste avec la gravité.

A part cet épisode plutôt douloureux, la vie dans le service des soins intensifs a été un peu monotone. D’autant plus monotone que les médecins me disaient toujours qu’ils ne savaient pas ce que j’avais. Mon pouls était un peu descendu mais il restait dans les 120 pulsations par minute. Ma cicatrice me faisait de moins en moins mal et je n’avais presque plus besoin de ma pompe à morphine. Ils ont décidé donc de me l’enlever et j’ai vécu une nuit assez horrible quand ils l’ont fait, n’arrivant pas du tout à dormir et me tournant et me retournant dans le lit, très énervé et agité, sous l’effet du petit manque créé. Mais cela a disparu très rapidement. La seule chose d’un peu inhabituelle, qui a rompu la monotonie et m’a beaucoup amusé, fut l’arrivée d’un élève aide-soignant dans le service, quasiment le même jour que moi. Les aides-soignants s’occupaient de m’amener à manger, de changer mon lit, de faire ma toilette, de m’aider à me lever et m’installer dans un fauteuil et plein de petites choses comme ça. Les aides-soignants du service avaient donc la charge de former l’élève et ils prenaient tous ce rôle très à cœur. Il s’est trouvé qu’à ce moment-là dans le service, il n’y avait pas trop de monde et les occupants des autres chambres étaient toutes des personnes âgées, avec des pathologies très lourdes. Il n’était donc pas évident de former l’élève avec ces personnes. Par contre, le jeune là, pas trop chiant, que personne ne savait trop pourquoi il était là, qui pouvait bouger et qui était bien conscient, il représentait un cas d’étude parfait pour commencer. Et donc, tous les matins, j’étais utilisé comme cobaye pour former le ptit nouveau… Oupsss attention de bien vérifier la température de l’eau pour la toilette. C’est un peu froid là je pense, hein monsieur ? Oui je confirme, il me lave à l’eau glacée là… Ce qui était drôle, c’était que les formateurs ne lui disaient pas tout le temps la même chose, ou en tout cas, ils n’avaient pas les mêmes priorités. Le premier jour, une petite dame toute ronde lui avait expliqué pendant une demi-heure qu’il était très important de bien s’organiser, de placer tout à portée de main et que tout ce qui était usagé devait aussitôt être bien rangé dans chaque panier prévu à cet effet. Et le lendemain, avec un autre aide-soignant, l’élève avait commencé à tout bien organiser les serviettes propres, ses draps propres, ses paniers à linges sales comme on lui avait dit la veille, jusqu’à ce que son formateur lui demande ce qu’il était en train de faire… Celui-ci avait alors passé une demi-heure à expliquer qu’il fallait être beaucoup plus rapide, qu’il ne pouvait pas perdre du temps comme ça, que quand le service serait plein, il n’aurait qu’un temps limité à consacrer à chaque patient et donc tant pis si c’était fait un peu à l’arrache. Evidemment, moi je ricanais bien sous cape mais le pauvre élève avait l’air bien perplexe.

Ce qui a été intéressant dans cette histoire de formation, c’est que le premier jour, le formateur a expliqué le fonctionnement et l’utilité de chaque machine qui était dans la chambre. Et j’ai appris plein de choses. Et forcément, comme lors de toute démonstration, il y a beaucoup de choses qui n’ont pas marché et qui m’ont bien fait rigoler. Notamment quand il s’est mis en tête d’expliquer le fonctionnement des différents masques à oxygène à disposition dans la salle. Il y en a un qui fait passer l’oxygène par un réservoir d’eau pour l’humidifier avant de l’envoyer au patient, pour ne pas dessécher trop les voies respiratoires du malade. Et évidemment, le formateur a dit qu’il n’allait pas le mettre en route car il y aurait de l’eau partout et évidemment, il s’est emmêlé les pinceaux pendant sa démo des autres masques et évidemment, il l’a mis le mauvais masque en route et il y a eu de l’eau partout dans la chambre. Ce qui est le plus drôle aussi dans ce genre de formation, c’est quand le formateur annonce à l’avance ce qui va se passer quand il va faire telle opération, d’un bon ton bien péremptoire du genre attend petit, je suis dans le métier depuis 20 ans, on me le fait pas à moi, si je dis que tel bidule fonctionne comme ça, c’est que ça fonctionne comme ça. Point barre. Et bien sûr une fois sur deux, il se plante en toute beauté. Là, tu vois cette machine, petit ? C’est une pompe à morphine. Elle est prescrite par un médecin. C’est un opiacé donc c’est super sécurisé. C’est entreposé dans un coffre spécial et une fois que la machine est paramétrée comme il faut, le capot est scellé et personne ne peut avoir accès à la morphine. Tu vois, si je tire, là, ça ne s’ouvre… Et évidement pour ma pompe à moi, rien n’était scellé, tout s’est ouvert tout facilement et le formateur a vécu un nouveau petit moment de solitude. Bon, pour sa défense, il n’y était pour rien sur ce coup-là. Quelqu’un d’autre n’avait pas fait correctement le boulot qu’il devait faire…

Voilà, c’est ainsi que s’est passé mon séjour aux soins intensifs. Personne ne trouva jamais ce qui m’était arrivé et finalement, le chef de service avait donné son accord pour que je retourne en chambre classique, dans le service de chirurgie digestive, où ma convalescence se passerait beaucoup plus tranquillement, sans machine autour de moi m’empêchant de bien me reposer. Ce qui fut dit, fut fait et le mercredi 19, j’étais transféré.

Publié dans A l'hôpital

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Gisèle 26/02/2014 20:27

Bonjour Fred,
Je lis régulièrement ton blog et je vais me répéter tu as beaucoup d'humour, une force pour te battre extraordinaire, certaines de tes mésaventures me rappellent les miennes en 2002. Au plaisir de te lire.

Stéphanie Fraysse 24/02/2014 16:40

bonjour Fred,

Je suis tombée aujourd'hui, totalement par hasard sur ton ton blog (je dis "ton" car j'ai le tutoiement plus que facile et que d'après ton profil, nous avons le même âge... ) et je t'avoue que je l'ai lu d'une traite... J'ai été totalement absorbée par tous tes articles et pour cause, j'ai eu l'impression que tu racontais certains épisodes de mon année 2013 à moi!!! Et oui, je suis tout comme toi atteinte d'un cancer: pour ma part, il s'agit d'une rareté, un sarcome à cellules claires de l'intestin grêle... Une dizaine de cas à peine diagnostiqués dans le monde... C'est dire à quel point j'ai grillé toutes mes chances de gagner au loto!!!!!!
Bref, certaines de tes péripéties ( les urgences et le détenteur de la première place de ton top of connards, la sonde gastrique, les nausées, le portacath qui se fait la malle...Pour ne citer qu'elles!) m'ont particulièrement parlées et m'ont même fait rire à certains moments... Cela peut paraître égoïste, mais ça fait du bien de ne pas se savoir seule à vivre ce genre de galères!!!
Enfin, je voudrais te féliciter pour ton style, ton soucis du détail dans ton écriture et ton indéniable humour qui font que ton blog est très plaisant à lire... Je suis admirative de ta décision de mettre par écrit et de partager ton histoire.... Je n'ai jamais été littéraire et je serais incapable de relater avec autant d'aisance et avec style mes aventures de cancereuse, aussi cocasses soient elles...
Se battre comme un cancer, c'est un peu comme rentrer en guerre... C'est toi le général.... Mais un général seul, ça ne sert à rien... Il lui faut une armée pour se battre à ses côtes... Tes amis, ta famille, ton amoureuse, et les anonymes, comme moi, qui lisent ton blog, font office d'armée... J'espère que par mon modeste commentaire, j'ai réussi à t'apporter, ne serait ce qu'un gramme, un peu de soutien...
Je ne sais pas où tu te situes dans ton traitement puisque ton récit n'est pas encore terminé (hâte de lire le prochain billet!!!!), mais sache que je te souhaite le meilleur pour l'avenir...

Stephanie.

Marie Jeanne 20/02/2014 23:57

Je rentre de la chorale, et je clique machinalement sur le blog ! Bonne surprise un nouvel article que je dévore tout de suite naturellement ! Tu ne parle pas du moment où on te retire le redon ? Par rapport au moment que tu décris, ça n'a sûrement pas été plus douloureux ? Quand on m'a opéré des pieds, j'en avais 2 dans chaque ! C'est une élève infirmière qui me les a retiré ! Elle a essayé de faire doucement, mais dans ces cas là je crois qu'il vaut mieux faire vite ! Elle me disait de souffler très fort au moment où elle le retirait ! Mais l'un d'eux m'a fait très mal quand même ! Bon je me rends compte que ma petite expérience est vraiment ridicule !!!!! Je vous embrasse très fort mes enfants ! A bientôt !

Fred 21/02/2014 10:28

Ah c'est vrai que j'en ai pas du tout parlé de ça... En fait, il n'y a rien eu de spectaculaire : l'infirmière a tiré dessus et hop, c'est sorti tout seul sans faire mal du tout !... La seule chose, c'est qu'ils l'ont retiré un peu trop tôt et il y avait encore pas mal de liquide qui sortait... Donc ils ont décidé de me mettre une petite poche pour capter ce liquide... Du coup, après avoir espérer ne plus avoir de poche du tout après l'opération, je me retrouvais avec deux !...