Cochin : débriefing, partie 1

Publié le par Fred

Voilà maintenant trois jours que je suis sorti de l’hôpital et un petit débriefing s’impose. Pour commencer, je voudrais vous faire part de ma déception par rapport au live from Cochin que je vous ai fait. Je voyais les choses différemment dans ma tête mais, entre les soins, la douleur, la fatigue et la technologie à ma disposition, je n’ai pas pu faire beaucoup plus. Je me voyais réaliser des vidéos de l’hôpital, des interviews de l’équipe soignante, des reportages d’investigation sans concession pour révéler au grand jour l’identité du personnage tordu qui, un soir, a pensé que me servir du céleri en branche à la vapeur était une bonne idée… A la limite, je serais même bien allé en salle d’opération avec une GoPro sur la tête, ça aurait eu de la gueule ça !... Bon, entre ce qui se passe dans ma tête et ce que je peux faire vraiment, il y a parfois un gouffre, malheureusement… De toute façon, le jour de mon entrée à l’hôpital, je sentais que ça allait être mal barré. Aucun réseau wifi disponible, tout allait devoir être fait depuis un téléphone. Avec mon magnifique Blackberry Curve 9300, d’entrée, j’étais foutu… Il fallait que je squatte l’iPhone de Vanessa et je devais me contenter de petits messages texte, et de quelques photos. Il va falloir que je réfléchisse à une autre solution pour la prochaine fois !...

Comme je vous l’ai déjà un peu raconté, ma journée d’entrée à l’hôpital, le 6 mars dernier donc, n’a pas été de tout repos. J’étais convoqué assez tôt, 10h30 (oui, pour moi c’est tôt…) et je n’ai pu véritablement m’installer dans ma chambre que vers 15h. On m’avait préparé un petit programme bien sympatoche d’examens encore inconnus au bataillon pour moi : EFR, fibro et radio. Dis comme ça, ça a l’air facile, ça va passer comme une lettre à la poste alors allons-y !

Les EFR pour commencer. Ça veut dire Explorations Fonctionnelles Respiratoires. Un petit gros et gras brancardier vient nous chercher pour nous accompagner à l’endroit du test, qui évidement se trouve être de l’autre côté de l’hôpital. Non seulement, il avance à la vitesse que son physique laissait présager, c’est-à-dire pas vite, mais en plus, il se mêle de vouloir faire la conversation. Ça donnait à peu près ça :

« V’ arrrailler enquoi ?

  • Pardon ?
  • Vot mtier, c’quoi ?
  • Ah, euh, je travaille dans l’informatique.
  • Oh s’bien
  • Oui d’ailleurs on n’a pas vu s’il y avait un réseau wifi dans l’hôpital, vous savez ?
  • Oh bennnon, s’tousa spa tro mtuc…
  • V’t’ame, un pticent non?
  • Pardon?
  • Ellevent dou vtf emme?
  • Ah, oui, elle est péruvienne… du Pérou… euh voilà… On est bientôt arrivé ?
  • Ui sla
  • … »

Vous pensez que j’exagère ? Et ben ok, mon défi la prochaine fois, ça sera de le retrouver et de l'enregistrer ! Vous verrez si j’exagère !

Donc une fois arrivé à bon port, on m’a fait entrer dans une première salle d’examen. La docteur me demande combien je pèse et combien je mesure. Cette fois encore se tient mon fameux petit débat interne « je ne peux pas dire que je fais 1m79 et demi, mais 1m79 c’est la loose et 1m80 c’est trop vantard… » Mais ce débat ne va pas durer longtemps : devant ma petite hésitation, elle décide de me mesurer. Debout, bien droit, les talons et les épaules contre le mur… et donc vous faites… 1m77… Quoi, quoi ? Vous rigolez j’espère ! On recommence ! Cette fois, je raidis tout mon corps et essaye de l’orienter vers le haut mais rien à faire, 1m77. Je suis consterné. Je pense que ça doit être son mur qui n’est pas bon. Comme pour les balances quand on se pèse. Dès fois, il faut enlever ou rajouter quelques kilos pour avoir le bon poids. Là, ça doit être un mur où il faut rajouter quelques centimètres pour avoir la bonne taille. Bon je verrai ça plus tard car le vrai test pour mes poumons m’attend. Je dois entrer dans une petite cabine et dois souffler dans un embout de tuba pour mesurer ma capacité pulmonaire. Après quelques minutes, les résultats tombent et tout est normal pour moi. Je passe ensuite dans une autre petite salle où on me prend les gaz du sang et le premier examen est terminé. On doit attendre un autre brancardier pour qu’il nous amène à la deuxième étape de la matinée : la fibroscopie.

Cette fibroscopie, inconsciemment, je savais ce que c’était. On m’en avait parlé depuis ma toute première consultation à Cochin. Mais j’étais complétement dans le déni. La la la la, non, non, non, tout va bien, les oiseaux chantent dans le ciel, les petits lapins courent dans la forêt et personne ne va rien mettre dans le nez de personne, la la la la la la… Evidemment, il a bien fallu revenir sur terre à un moment où un autre. Mais au fait, vous savez ce que c’est, vous, une fibroscopie ? C’est un examen pour aller regarder les bronches au moyen d’une petite caméra fixée au bout d’une tige flexible. Et pour faire cet examen, ils passent d’abord par le nez, pour ensuite descendre dans la trachée. Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Et oui, exactement le même mode opératoire que la pose d’une sonde gastrique… Le médecin voulait faire cet examen car il voulait s’assurer de visu l’état du poumon de l’intérieur. Avec l’opération, il allait pouvoir le voir de l’extérieur mais une fibroscopie était obligatoire pour l’intérieur. Les scanners que j’avais effectués auparavant montraient que mes nodules étaient tous positionnés à la périphérie du poumon et c’était aussi une façon de regarder qu’il n’y en avait pas cachés à l’intérieur. La fibro commence par l’anesthésie de la gorge et du nez donc on m’a vaporisé du produit et au bout de quelques secondes, je ne sentais plus grand-chose et j’avais même dû mal à avaler. Ensuite, ils introduisent la caméra dans la narine et là, même si l’anesthésie est bien faite, on sent toujours un petit quelque chose. Et je l’ai bien senti moi, mais effectivement, rien comparé à mes souvenirs de sonde gastrique. Ils ont ensuite descendu la caméra dans mes bronches et ont commencé à explorer celles-ci. Là-dedans, ça doit être un beau labyrinthe et rien ne doit être indiqué. J’essayais de noter dans ma tête le nom des branches que le médecin nommait au fur et à mesure de sa progression. Mais ma tête n’était pas trop partante pour cet effort de mémoire en fait. Ils ont fait leur petite exploration pendant quelques minutes et ce qui est dommage, c’est qu’ils avaient mis l’écran de contrôle juste au-dessus de moi. Donc je ne pouvais rien voir et je ne voyais que des personnes regarder par-dessus ma tête. Assez frustrant ça. Finalement, tout s’est terminé et la caméra a été retirée et j’ai pu me nettoyer le nez. Pendant quelques minutes, je n’ai pas pu parler, ou seulement avec une voix à la Dark Vador. J’ai ensuite retrouvé Vanessa dans la salle d’attente et on a attendu qu’on vienne nous chercher pour le dernier examen, la radio du poumon.

Cet examen était le plus tranquille des trois et donc, il n’y a pas grand-chose à dire là-dessus. Mettez-vous là, écartez les bras, collez-vous bien contre la plaque, attention… voilà c’est bon, vous pouvez vous rhabiller. La seule chose intéressante fut le chemin de retour que le brancardier nous a fait prendre pour retourner au service de chirurgie thoracique. L’hôpital Cochin est en fait un site constitué de plusieurs bâtiments ayant chacun leurs spécialités. Jusqu’à maintenant, on avait circulé entre ces bâtiments à pieds, à la surface, sur les différentes routes parcourant le site. Mais en fait, il existe des passages sous-terrain que tout le monde prend quand il pleut ou qu’il fait froid. Ces couloirs parcourent tout l’hôpital en sous-sol et ce qui est marrant, le brancardier nous a expliqué quand on a posé la question, c’est que ces souterrains ne sont pas fermés complétement. Il existe plusieurs accès par les rues alentour et certains sdf ne se privent pas pour venir et tagger les murs de tous ces couloirs ! Ça fait un peu catacombes… Très dépaysant en tout cas !

Cochin : débriefing, partie 1

Vers 15h, j’étais de retour en chirurgie thoracique et l’infirmière d’accueil m’a emmené à ma chambre. J’étais à jeun depuis 8h du matin et j’avais vraiment très faim. Elle m’a proposé de voir ce qui avait été servi à midi et si j’en voulais. Quand elle m’a dit que c’était une sorte de viande avec de la semoule, j’ai préféré passer mon tour. Ne vous inquiétez pas, je vais aller à la cafète me prendre un sandwich…. A peine posé mon sac, je suis donc ressorti pour aller manger et j’ai cru bon dire au poste d’infirmier du couloir que je m’absentais quelques instants pour me chercher quelque chose à manger… Qu’est-ce que j’avais pas dit là… Ah non monsieur, vous ne pouvez pas partir tout de suite, il faut qu’on vous fasse quelques bilans et tests pour votre entrée. Ne vous inquiétez pas, retournez dans votre chambre, nous arrivons tout de suite et ça ira très vite. Evidemment, ils ne sont venus que trois quart d’heure plus tard et ce n’est que vers 16h que j’ai pu enfin me chercher un sandwich !...

A suivre

Publié dans A l'hôpital

Commenter cet article

Christine et Dom 23/03/2014 10:26

Coucou Fred,
Tu as le chic pour les rencontres de personnages hauts en couleur, il était zoulou ou quoi ! Mais le plus bluffant, c'est ta façon de raconter avec autant d'humour le plus drôle comme le moins drôle !
Tu devrais songer à faire des formations en auto dérision, çà pourrait nous servir un jour...
Nous pensons beaucoup à vous deux qui nous donnez de telles leçons de courage et d'amour !
Nous sommes à Gréoux, en Haute Provence, pour ma cure annuelle de 3 semaines, mais pas de problème, la wifi est au top et le soleil de la partie.
On attend avec impatience la suite de ton récit.
Prends bien de soin de toi. Gros bisous à vous deux.

Aurélie 19/03/2014 17:38

Coucou Fredo ! Je profite d'un moment de 3G pour te dire que je pense très fort à toi ! Tu raconte toujours avec autant d'humour tes aventures ce qui me procure un réel plaisir de te lire, même si je sais que ce n'est pas facile à vivre... c'est bien la preuve que tu as un vrai talent d'auteur ! Je t'embrasse très fort et Vanessa aussi ! Prends bien soin de toi !

Stéphanie 17/03/2014 21:55

Salut Fred,

Quel plaisir de découvrir un nouveau billet sur ton blog!!!! Parce que, bien entendu, si tu trouves l'énergie d'écrire, c'est que tu vas plutôt bien, et ça, c'est est une excellente nouvelle!!!
Mais aussi, parce que je me dis que les prochaines minutes pendant lesquelles je vais lire ton récit vont être un réel bon moment.... Et je ne me suis pas trompée!!!! Quel talent de conteur tu as!!!!! Bref, tu l'auras compris, j'ai adoré !!!! Mais j'aurais une petite question : tu ne te reposes donc jamais ??? Toujours à mettre la barre encore plus haute en terme de dérision, de second degré et d'humour!!! Encore bravo !!! A très vite pour la suite de tes aventures... En attendant, prends bien soin de toi...

Steph

Marie-Jeanne 16/03/2014 22:56

C'est incroyable cette façon que tu as de raconter en prenant tout légèrement ! En trouvant toujours des anecdotes qui vont faire rire ! Tu trouves toujours des personnages dont tu te moques gentiment et que nous on ne remarquerait même pas ! Même les examens difficiles sont sujet à plaisanteries !
Même pris le temps de photographier les graffitis ! Vraiment t'es fou !
Mais continue comme ça c'est super ! Et ça te fait du bien ce blog ! Et nous on en redemande !
Gros bisous à tous les deux mes enfants !