Cochin : débriefing, partie 2

Publié le par Fred

Le reste de la soirée s’est passé tranquillement avec Vanessa, fidèle au poste. On est venu me servir mon repas du soir vers 19h. A ce propos, j’ai remarqué que les horaires étaient un peu plus souples à Cochin qu’à St Joseph. Et quand je dis souples, je veux en fait dire anarchiques. Ce premier repas m’a surpris car c’était vraiment très bon. Enfin, tout est relatif, hein… Mais je n’ai rien laissé sur le plateau et j’ai tout englouti avec plaisir, sans rechigner. Ah, je vais en profiter, si vous n’avez jamais vu ce qu’était un plateau repas d’un hôpital, voici pour vous :

Cochin : débriefing, partie 2

Donc il y avait une salade d’haricots, une part de lasagne et de la salade verte, un yaourt et du pain. Pas mal, ça ne sera pas toujours le cas mais d’une façon globale, j’ai assez bien mangé pendant tout mon séjour.

Ensuite est venu le temps de commencer à me préparer pour l’opération du lendemain. Je devais repasser par la case « rasage intégral du torse » puis par une première douche complète à la Bétadine. Ensuite, il y eu un petit temps de suspens pour savoir à quelle heure je serais opéré. Il y avait trois créneaux possibles et le premier signifiait une opération à 8h30 et donc un réveil avant 6 heures. Heureusement pour moi, quand le programme est tombé, j’étais positionné en 3è. Donc, comme me l’a dit l’aide-soignant, pas besoin de se lever aux aurores, on vous réveillera normalement à 8h. Ben voyons, comme si 8h ce n’étaient pas les aurores… Bon Fred, demain, il faut que tu sois fort, il y a un gros morceau à encaisser… Oui oui, je sais, je vais rester environ 4h en chirurgie pour une opération du poumon, ça va, je gère… Non, mais en fait, ce que je voulais dire, c’était que tu allais devoir te lever à 8h du mat… Quoi ? Arrrrggggghhhhhhhhhhh noooooonnnnnn…

Passer en troisième position signifiait être opéré à peu près vers 14h. Mais ils m’ont quand même bien prévenu que souvent le planning changeait. Et vous allez voir, ça n’a pas loupé. Le lendemain matin, après un réveil à 8h donc, et pas de petit déjeuner (je devais être à jeun pour l’opération…), on faisait tranquillement passer le temps avec Vanessa. En fait, on n’a pas arrêté de rigoler tout le matin car en face de ma chambre, il y avait un petit pépère qui ne devait pu avoir toute sa tête et qui ressentait le besoin de s’exprimer très fort. On l’entendait crier très fort des « aie aie aie, je souffre, au secours, ah la vache » Et forcément, une infirmière finissait toujours par venir voir ce qui se passait. Sauf qu’il ne se passait absolument rien évidement et quand l’infirmière était dans la chambre, on l’entendait faire des plaisanteries assez graveleuses aux infirmières… On entendait celles-ci pouffer en sortant de la chambre et le petit cinéma recommençait quelques instants après. Ce petit pépé a réussi à nous faire complétement sortir l’opération de la tête mais brusquement, vers 10h, on est venu me voir pour m’annoncer que finalement, je serais opéré à 11h et donc tout devenait urgent. Il fallait que je me dépêche de prendre ma deuxième douche à la Bétadine et que j’enfile mes vêtements spéciaux en papier pour l’opération. Ensuite, comme mes plaquettes n’étaient pas en nombre suffisant, on a dû m’en transfuser une poche avant de partir me faire opérer. Et c’est à cet instant précis que je crois avoir posé la question la plus bête de ma carrière… Quand l’infirmière m’a posé la perf, j’ai regardé cette poche de plaquettes et je lui dis : « Euh, c’est normal que ça soit tout blanc comme ça ? Ça ne devrait pas être rouge ? » C’te honte… Eh non Fred, ce ne sont pas les plaquettes qui donnent sa couleur rouge au sang, c’est l’hémoglobine qui elle-même contient de l’oxyde de fer qui donne donc sa couleur rouge au sang. (oui je sais c’est facile de faire le malin maintenant avec internet, mais je fais ça pour votre culture à tous, bande de petits fripons…) Enfin, quand la poche a été finie, l’infirmière m’a donné quelque chose qu’elle a présenté comme un relaxant, qui était censé me préparer à l’anesthésie. C’est dommage que je n’ai pas retenu le nom de ce machin car la vache, c’était puissant ce truc ! Rapidement, je me suis mis à planer et j’ai grand peine à me souvenir de ce qui s’est passé juste avant l’opération. J’ai juste quelques flashes qui me reviennent comme ça mais pour moi, l’anesthésie a commencé dans ma chambre, avant même qu’on ne vienne me chercher.

Quand j’ai ouvert les yeux par la suite, j’étais en salle de réveil mais ce séjour a été réduit à sa plus simple expression. A peine le temps de dire que j’étais à plus de 10 de douleur alors donnez-moi ma dose de morphine, et tous les antidouleurs que vous avez, c’est quoi de ce truc que vous m’avez planté dans le dos ? Je ne suis pas resté réveillé bien longtemps et ensuite, on m’a ramené dans ma chambre. La nuit qui a suivi a été un peu difficile car la douleur était plutôt forte et j’avais beau appuyer comme un fou sur ma pompe à morphine, j’ai jamais réussi à être tranquille. Peut-être leur dealer n’était pas aussi bon que celui de Saint-Joseph, je ne sais pas… Elle devait être coupée avec une bonne dose de sucre car elle ne me faisait pas grand-chose. Et maintenant que j’y pense, quand on me l’a enlevée, je n’ai absolument pas ressenti le moindre manque… Y’a de l’arnaque là-dessous, je vous le dis, moi…

Lors de cette première nuit, je n’ai pas pu dormir beaucoup. J’avais plein de fils partout : une perf, une sonde urinaire, une péridurale et deux drains pulmonaires. Sur mon échelle de branchement post-opératoire, j’étais au top !... Le pire là-dedans, c’était cette impression de me balader avec un poignard planté dans le dos en permanence. Pourtant, avec péridurale, antidouleurs et morphine, j’aurais dû être tranquille… et ben non, ça ne suffisait pas. Toute la nuit, l’infirmière de garde a fait des allers retours dans ma chambre pour prendre mes constantes. Et ce qui m’a étonné le plus, c’est qu’au matin, on m’a fait lever pour me mettre dans le fauteuil. Ça, c’est une manie, voire une obsession, qu’ont toutes les infirmières et aides-soignantes : mettre le patient dans le fauteuil. Déjà à Saint-Joseph c’était comme ça, encore que là-bas, ils avaient été moins acharnés. Cette fois, le matin du lendemain de l’opération, il fallait que j’aille dans ce maudit fauteuil. Ben je veux bien moi, mais il va falloir bouger vos miches car moi, je ne peux pas bouger d’un poil, désolé. Et c’est vrai qu’à ce moment, j’étais complétement coincé, tout le côté gauche paralysé et très douloureux. Tant bien que mal, elles ont réussi leur coup et je me suis retrouvé dans le fauteuil. J’ai été d’ailleurs agréablement surpris car la position assise était presque plus confortable que la position couchée. J’ai pu prendre un petit déjeuner léger et aussi faire un brin de toilette. Bon ce n’était pas très pratique avec toute la cohorte de matos que je me trimballais derrière moi mais on a réussi à s’en sortir.

Dès que j’ai eu un peu retrouvé mes esprits ce matin-là, j’avais également tout de suite demandé si l’opération s’était bien passée et si le docteur viendrait me voir. On m’avait dit alors que oui, apparemment il n’y a pas eu de problème mais par contre, comme on était samedi, le médecin était en week-end et je ne le verrais probablement que le lundi suivant. Ça, c’était pure médisance car dans la matinée, le docteur M. est entré dans ma chambre avec toute son équipe, et avec un grand sourire, il m’a annoncé que tout s’était déroulée au mieux, c’est-à-dire qu’ils avaient pu enlever tous les nodules qui avaient été détectés au scanner et qu’ils n’avaient pas eu de mauvaises surprises pendant l’opération. L’entretien a duré moins de cinq minutes et ensuite il est parti en levant le pouce pour me dire au-revoir. C’est peut-être un fan de facebook et il voulait liker mon poumon, je ne sais pas….

Je ne vais pas faire un compte rendu heure par heure de mon hospitalisation car déjà, je ne me souviens plus de tout et ensuite, il n’y a pas eu grand-chose d’exceptionnel dans cette convalescence. D’ailleurs, tout a été assez rapide et comme je vous le disais dans mon article en live, il a même fallu que j’insiste lourdement pour rester un jour de plus et faire durer mon hospitalisation tout juste une semaine. Au fil des jours, la douleur a diminué et on m’a retiré progressivement tous mes dispositifs antidouleur. Le dimanche a même été une journée record en la matière. D’un seul coup d’un seul, ma sonde urinaire, ma perf de poignet et ma péridurale dans le dos m’ont été retirées. On me donnait mes antalgiques par comprimés et je n’avais plus que la machine des drains pulmonaires à me trimballer quand je devais bouger. D’ailleurs, cette machine était une très bonne surprise pour moi car elle était mille fois plus sophistiquée que les espèces de flacons sous vide qui m’avaient fait un mal de chien après mon opération au foie. Les drains aussi ont petit à petit commencé à moins donner et le lundi, on m’a enlevé celui qui ne donnait presque plus rien. Cette opération a été un petit peu douloureuse car dès que le drain est retiré, il faut vite fermer la plaie pour empêcher l’air d’entrer. Donc pour effectuer la manœuvre, une personne tire sur le tuyau le plus vite possible et une autre est prête à tirer sur des fils pour coudre l’ouverture. Et quand elle tire, elle ne fait pas semblant, elle y va quand si je n’étais qu’un vulgaire rôti de bœuf qu’il faut ficeler… Le lendemain, le mardi donc, ils ont répété l’opération avec le deuxième drain et cette fois, j’ai vraiment été libre complétement de mes mouvements. Ce n’est pas que je pouvais aller très loin de toute façon, mais c’était quand même bien agréable cette sensation de liberté…

Le mardi matin, au passage du médecin, avant même de m’enlever le dernier drain, l’équipe avait décidé que tout allait bien et que je pouvais sortir le lendemain. C’est là que je leur ai dit que je ne me sentais pas vraiment prêt à déjà sortir et ils m’ont tous regardé bizarrement. Je pense que la tendance générale chez les patients est de vouloir sortir le plus rapidement possible. Donc effectivement, quand ils rencontrent un tordu qui veut rester, ça les étonne un peu. Le docteur M. m’a dit qu’il n’y avait pas de problème, que je sortirais donc le jeudi, qu’ils n’allaient quand même pas me jeter dehors ah ah ah. Oui on rigole mais c’est quand même l’impression que je vais avoir pendant 2 jours docteurs ! Le mardi après-midi, une secrétaire est venue pour me dire qu’elle était en train de préparer ma sortie pour le lendemain. Je lui ai alors dit que non, en fait, j’avais demandé à ne sortir que le jeudi… Elle m’a jeté un regard vide, incrédule et bien sûr elle ne m’a pas cru et m’a dit qu’elle confirmerait ça avec les médecins. Merci de votre confiance madame… Finalement, ce n’est que le soir que ma sortie le jeudi a été confirmée… ouf… Je pensais être tranquille mais maintenant, un nouveau bras de fer commençait : mon moyen de transport pour rentrer chez moi. La première chose qu’ils m’ont demandé, c’est si quelqu’un pouvait venir me chercher. Non, désolé, ce n’est pas possible. A ce moment précis, elle m’a jeté un regard en coin et a quand même tenté un « et vous pensez que vous pouvez rentrer en transport en commun ? » Non, désolé, t’es lourde à la fin, tu vas me le faire mon bon de transport ou quoi ? bon ok, je vais vous commander un taxi alors… Euh, ça serait quand même mieux une ambulance, non ? en fait, je peux à peine marcher et j’ai plein d’affaires avec moi que je ne pourrai pas porter tout et Vanessa ne va pas pouvoir porter tout ça toute seule... Ah mais ça, je ne peux pas, c’est le médecin qui décide, il va venir vous voir mais normalement c’est un taxi, c’est déjà bien suffisant. D’accord madame, alors je vous propose qu’à votre prochaine opération du poumon, vous preniez un taxi pour rentrer chez vous et vous verrez si c’est bien suffisant… Le lendemain, j’ai eu droit au même petit numéro de l’interne qui me rédigeait mes ordonnances. Ah mais vous savez, médicalement, je ne sais pas si vous nécessitez un transport en ambulance. Ah bon, mais c’est toi qui m’a retiré mon dernier drain hier idiote! Tu penses que je peux prendre mon sac sur l’épaule comme ça maintenant ? Bon va voir ton chef et demande…

Au final, le jeudi matin arrive et je ne sais toujours pas comment on va rentrer. Personne ne semble avoir pris de décision et une deuxième secrétaire vient me demander si je suis sûr de vouloir une ambulance. Je lui demande ce que le médecin lui a dit car, normalement, c’est lui qui décide. Prescrire un bon de transport est un acte médical et c’est le médecin qui doit décider. Bon, ça c’est la théorie car d’après mon expérience, aucun médecin ne fait ce genre de chose. C’est toujours la secrétaire qui le fait. Celle que j’ai en face de moi a le bon de transport avec elle et elle tient à m’avertir que je vais surement payer les yeux de la tête, que ça ne sera pas la peine de venir se plaindre après. Je lui dis alors que je suis à 100% et elle ricane en disant que tout le monde lui dit qu’il est à 100% mais au final, tout le monde fait toujours la tête quand ils ont la facture à payer et c’est sur elle qu’ils viennent râler. Et là je comprends. Personne n’a lu mon dossier alors ? Ou peut-être que les secrétaires n’ont pas accès aux dossiers médicaux des patients… Je lui dis que je suis en Ald 30 et donc je suis vraiment à 100% pour le transport. Alors elle comprend finalement et elle coche ambulance sur le bon de transport. Ouf finalement tout s’arrange. Je lui donne même le numéro de la société qui m’a transporté plusieurs fois et elle les appelle pour 14h. Ils ne viendront qu’à 15h30 mais l’essentiel est là, on est enfin de retour à la maison !

Publié dans A l'hôpital

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jean-louis 12/01/2015 18:45

et ben c'est des sauvages dans le Nord,chez nous,tout le monde est très gentil, pas de problème pour le bon de transport et très bon repas cuisiné sur place à l’Hôpital St Joseph de Marseille

Marie Jeanne 26/03/2014 00:17

Je confirme, il a fallu beaucoup négocier pour l'ambulance ! J'étais là !
Pour la journée supplémentaire aussi d'ailleurs ! Ils ont pas trop l'habitude ! Ils ont sûrement plus à gérer des gens qui veulent sortir plus tôt !
Enfin tu as eu ce que tu voulais ! Ils ont eu à se plier à tes volontés bien légitimes après tout !
Tu commences à connaître tous les rouages de l'hopital ! On ne te la fait plus !
Céline m'a dit que tu toussais encore ! Il faut bien que tout se remette en place ! J'espère que tu es en forme pour la chimio de jeudi vendredi ? C'est réglé comme un métronome tous ces traitements ! Aucune perte de temps ! C'est bien mais surement pas facile d'enchaîner comme cà ! Très fatiguant !
En tous cas çà ne t'empêche pas d'écrire ! On attend toujours la suite...

Stéphanie 25/03/2014 21:52

Un peu bizarre cet hôpital Cochin en fait non? Entre les rendez vous avec ton chirurgien avec attente intolérable dans les couloirs, le brancardier un brin "chelou" ( et oui ça y est, je me mets à parler comme les "djeuns"!!!), un voisin de chambre en mode pervers pépère, et le fait qu'il faille quémander une ambulance après une lourde opération des poumons??? .... ---Tu remarqueras tout de même que j'ai tout bien suivi de tes aventures cochinienne(???)--- Mais le plus important dans tout ça, c'est que le chirurgien, lui, tenait la route et que ton opération se soit passée au mieux....
J'espère que tu récupères tous les jours un peu plus...
Merci de nous régaler de tes récits... A très vite j'espère!!!