Été 2013

Publié le par Fred

Après mon opération au foie, avec Vanessa, nous avons dû nous réorganiser, retrouver des repères dans notre nouveau chez-nous. D’abord, l’appartement était en chantier complet, plein de cartons partout. Seule la chambre était rangée, pacifiée et sans danger… Ailleurs, c’était la jungle et diverses grandes missions d’exploration ont dû être planifiées pour récupérer certaines affaires nécessaires à notre survie. Mais petit à petit, l’ordre et la civilisation ont repris leurs droits et avec l’aide des personnes qui nous rendaient visite, on a réussi à tout bien ranger. (Si vous êtes venus chez nous l’été 2013 et que vous avez bougé, déplacé, transporté, monté, démonté quelque chose, un grand merci à vous !...) Il fallait également que je retrouve des infirmières libérales pour venir me faire mes soins à domicile. Mes petites infirmières de Montrouge allaient beaucoup me manquer ! (Sophie et Iris, merci pour tout !)

Je n’ai pas trop eu le temps de rester tranquille à la maison. Le 8 juillet 2013, soit 2 semaines après ma sortie de l’hôpital et un petit mois après l’opération du foie, je recommençais mon traitement de chimio. Normalement, mon protocole FolFox de chimio, pour être complet, devait compter 12 séances. J’en avais fait 8 et je devais donc faire les 4 restantes pendant l’été. Le 26 juillet, j’ai revu ma chirurgienne, le docteur C.V. pour un contrôle et comme tout se passait bien, on a décidé d’une date pour une nouvelle opération : le 24 septembre, je serais opéré du colon. C.V. retirerait la tumeur originelle et rétablirait la continuité, ce qui signifiait pour moi plus de poche de stomie ! La liberté quoi !...

Pendant tout l’été, j’ai correctement enchaîné trois séances de chimio mais j’ai eu un peu de mal pour la dernière. Il n’y avait pas trop de marge de manœuvre car il fallait que la chimio soit arrêtée au moins 3 semaines avant de refaire une intervention chirurgicale. En raison de plaquettes trop basses, ma douzième chimio a été repoussée une première fois d’une semaine mais cela n’a pas encore été suffisant. Les médecins ont donc décidé de me laisser tranquille pour que je sois en pleine forme pour l’opération. Je ne ferais donc jamais la douzième et dernière séance de Folfox. Par contre, vous verrez que je n’en avais pas du tout fini avec le traitement chimiothérapique.

Début septembre, avec Vanessa, on s’est autorisé une petite escapade en dehors de Paris. Jusque-là, je n’avais jamais voulu partir trop loin car ma poche ne m’inspirait pas grande confiance. C’est tellement tout un bazar à changer, avec plein de matériels différents à la noix… Mais à force, je maitrisais de plus en plus le changement de poche et donc le faire ailleurs qu’à la maison ne posait plus tant de problème. On a donc décidé de partir en Haute-Savoie, à Morillon. Notre premier voyage depuis… 10 mois ! On a également profité de ce déplacement pour rendre visite à ma sœur, près de Lyon où j’ai pu revoir mes nièces et mon neveu que je n’avais pas vus depuis des siècles… On n’est parti que 5 jours mais ce fut vraiment très reposant, idéal pour se changer les idées et ne pas trop penser à la nouvelle opération qui s’annonçait.

Ah, il y a une chose dont j’ai encore oublié de vous parler. Décidément va falloir que je mange plus de poisson… J’y repense car c’est avec cette chose précise que commence ma troisième hospitalisation. Avez-vous déjà entendu parler de préparation colique ? Si ce n’est pas le cas, vous ne connaissez pas votre bonheur. Mais dites-vous bien qu’un jour ou l’autre, il faudra bien en passer par là… Une préparation colique est l’expression élégante et médicale qui en fait désigne une horrible potion des enfers. Maintenant que j’y pense, on peut assimiler ça à la torture qu’infligeaient les inquisiteurs du Moyen-âge quand ils soumettaient quelqu’un à la question en le forçant à boire des litres et des litres d’eau avec un entonnoir. Oui voilà, c’est tout à fait ça. Sauf que de nos jours, on ne doit pas forcément renoncer au Malin et aucun bourreau ne nous fait boire de force : on fait ça tout seul comme des grands. Bon, évidement j’exagère mais vous verrez si vous n'allez pas penser à cette comparaison quand vous en serez à votre 3è litre de préparation à ingurgiter le plus rapidement possible…

Une préparation colique est donc un breuvage au goût affreux destiné à nettoyer complètement le système digestif d’une personne en vue d’un examen médical ou d’une opération. Donc si on vous prescrit un jour une coloscopie, vous y passez. Si on veut vous opérer du colon, vous y passez aussi. Moi, dans ma folle quête de la découverte de mon système digestif, j’ai eu droit aux deux. La première fois, c’était pendant notre fameuse folle semaine de juin 2013, le 4 juin pour être précis. Je me demande comment j’ai fait pour oublier ça. On était en plein dans les cartons et j’avais quasiment passé une nuit blanche pour boire ma potion. Ma stomathérapeute m’avait préparé une grande poche spéciale pour ne pas avoir à en changer toutes les 30 secondes. Maintenant que c’est passé, je peux l’avouer : je n’ai jamais réussi à finir les quatre litres de potion prévus. Je me suis arrêté à un peu plus de trois. Je m’attendais à me faire engueuler par le médecin au moment de la coloscopie mais en fait, dès les premières images qu’il a vues de mon colon, il m’a félicité en me disant que j’avais fait une belle préparation, que tout était bien propre là-dedans. Bien rose et bien lisse, il a dit. Ah oui, petite précision : une coloscopie normale se fait sous anesthésie générale. Pour moi, comme l’examen s’est fait en passant par ma stomie, pas besoin de m’endormir. Le médecin discutait avec moi et m’expliquait ce qu’il faisait et on voyait tout sur une grande télévision. C’était très instructif, abstraction faite du tube-caméra qui se baladait dans mon ventre.

La deuxième préparation colique à laquelle j’ai eu droit, s’est ensuite faite à l’hôpital, le jour de ma troisième admission dans le service de chirurgie digestive du docteur C.V., le 23 septembre 2013. Là, faut dire que j’ai été un peu pris par surprise. On ne m’en avait pas du tout parlé de ce machin. Ou alors, je n’avais pas imprimé du tout… Je suis arrivé à l’hôpital avec Vanessa tout tranquillement, en me disant que ma poche vivait ses dernières heures… On a été accueilli par J. l’aide-soignante-tornade qu’on connaissait bien. Elle nous a fait le questionnaire classique d’admission et tout se passait bien. En plus, ils nous avaient mis dans la plus grande chambre du service, la classe quoi. Mais à la fin du questionnaire, elle a dit une petite phrase qui m’a tout de suite inquiété : Bon, tout est ok, je vais vous chercher vos cruches de préparation maintenant… Quoi quoi quoi ? C’est quoi cette histoire de cruche ? Ben vos cruches de préparation colique, pour vous nettoyer l’appareil digestif pour l’opération de demain, on ne vous l’a pas dit ? Non cocotte, tu penses que je ferais la tête-là si j’étais au courant ? 5 minutes après, elle était de retour avec deux cruches d’un litre. Buvez déjà celles-là, je vous ramène les autres après… Argh, évidement il y en avait encore des autres… Et cette fois, je n’étais pas tranquille à la maison, buvant à mon rythme sans pression et pouvant me laisser à de très utiles lamentations, grognements, ronchonnements, imprécations et aussi quelques jurons bien placés… Et surtout, cette fois, je ne pensais pas pouvoir couper à la quatrième cruche…

Avant de commencer à boire, j’ai eu la visite de mon infirmière préférée, M. On a papoté un peu et j’ai évidemment râlé à propos de cette sale potion qu’ils me forçaient à boire quand soudain, une pensée m’a traversée l’esprit. Euh, au fait, il ne faudrait pas faire quelque chose avec ma poche ? L’autre fois, j’avais dû en installer une spéciale car celles que je porte tous les jours ne sont pas adaptées pour ça… M. m’a répondu tranquillement de ne pas m’inquiéter, qu’on avait le temps… Que je boive déjà mes deux premières cruches et il serait alors grand temps de changer la poche. Je ricane encore maintenant de ce qui s’est passé par la suite… Elle était si sûre d’elle, elle a été bien attrapée… Eh oui car à peine j’avais bu tant bien que mal mes deux cruches que les chutes du Niagara se sont mises en route dans ma poche. Il fallait donc en changer d’urgence pour en mettre une plus grosse. M. et J. ont voulu faire ça entre deux évacuations mais évidemment, elles n’étaient pas assez rapides et la potion s’est évacuée partout dans la chambre par ma stomie complétement à l’air libre… C’était Bagdad et Beyrouth réunies. Et moi ça me faisait bien rigoler de les voir courir partout, et finalement, je ne regrettais presque pas d’avoir bu cette fichue préparation. Finalement, elles ont réussi à colmater toutes les fuites et à tout nettoyer. Quand tout a été fini, C.V. a fait son apparition dans la chambre pour me rendre une petite visite. Et, Ô miracle, en regardant ce qui coulait encore dans ma poche, elle a annoncé que c’était bon, la préparation avait bien agi, que tout devait bien être propre maintenant. Donc je m’en tirais cette fois avec juste 2 litres de potion bue ! Ce qui me fait me dire que leur histoire de 4 litres à boire, c’est un peu n’importe quoi !...

Par la suite, tout est redevenu calme dans la chambre et on a pu passer une soirée et une nuit tranquille avec Vanessa. J’ai encore dû sacrifier 2 fois au rituel de la douche intégrale à la Bétadine et le lendemain, j’étais paré pour l’opération.

A suivre demain (oui vous avez bien lu, demain... peut-être à 23h59 mais ça sera demain j'ai dit!...)

Publié dans Vie quotidienne

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Marie Jeanne 05/03/2014 17:32

Ben oui tu l'as mis à quelle heure hier soir ? Pourtant j'ai regardé il était tard déjà !!!!
Mais je sais bien que tu es un homme de la nuit !
A tout bientôt donc !