Hep, taxi !...

Publié le par Fred

Ah je me souviens de mes débuts ici. Je n’étais pas encore la star internet que je suis devenu. Huit visiteurs dans la journée suffisaient à mon bonheur et ma cervelle fourmillait d’idées : j’avais un milliard de choses à vous raconter. J’avais même fait une grande liste de tous les sujets à aborder, de peur d’en oublier certains avec le temps. Aujourd’hui, presque tous les sujets sont épuisés. Il ne m’en reste plus qu’un et non des moindre : il figure pratiquement tout en haut de la liste et je m’imaginais le traiter facilement et rapidement tellement il y a de matière. Pourtant, ce n’est pas aussi simple que ça. Beaucoup de matière oui, mais très difficile à organiser et une juxtaposition d’anecdotes aurait un peu ni queue ni tête… Ah vous voyez, voilà que ça me reprend, je pérore et pérore au lieu de me lancer dans ce difficile sujet. Allez, zou, je me lance : aujourd’hui, je vais vous parler des taxis parisiens…

Bon, j’ai beau être une star d’internet, je ne pense pas déclencher un mouvement social et bloquer tout Paris avec ce que je vais vous raconter… Mais bon, en ce moment, ces chers taxis sont un peu sur les nerfs alors je préfère prendre les devants : amis taxis, tout ce que je vais raconter ici n’est évidemment pas représentatif. Dans l’immense majorité des cas, vous êtes tous très polis, très gentils, très serviables et se balader dans Paris avec vous est un plaisir indicible. Pendant un an et demi, à raison de quatre déplacements toutes les deux semaines donc grosso modo, allez on va dire un peu plus d’une centaine de courses depuis le début de ma maladie, je n’ai pas l’expérience et le vécu nécessaire pour vous critiquer… Et pis aussi, comment êtes-vous sûrs que je vais vous critiquer ? Peut-être que je suis très content de vous, hein, peut-être que j’ai fait des rencontres passionnantes et très enrichissantes, comment vous pouvez savoir ? Arrêtez de pleurer avant d’être battus non d’une pipe !

Avant de commencer, je vais faire un petit rappel car ce n’est peut-être pas bien clair pour tout le monde. Dans le cas de maladies qui nécessitent un lourd traitement, un médecin peut estimer que son patient n’est pas en état de se déplacer par ses propres moyens. Dans l’absence de proches qui peuvent le prendre en charge, le médecin peut prescrire un bon de transport qui va permettre au patient de pouvoir être traité sans s’inquiéter du déplacement. En fonction de l’état du patient, le médecin choisi le moyen de transport adapté : ambulance, véhicule sanitaire léger, taxi ou autre. Dans la théorie, prescrire un bon de transport est un acte médical et il doit être effectué par un médecin. Dans la pratique, ce sont toujours les secrétaires qui s’en occupent. D’ailleurs des fois, il vaut mieux, car les médecins ne savent pas vraiment comment les remplir, ils feraient n’importe quoi et finalement, le bon ne serait pas valable et le patient en serait de sa poche. Pour toutes mes sorties d’hôpital, j’ai bénéficié d’une ambulance pour rentrer à la maison (même si des fois, il a fallu un peu insister, souvenez-vous…), mais pour toutes mes séances de chimiothérapie, un taxi est largement suffisant. C’est un reflex à avoir, de toujours penser à avoir son bon pour le prochain traitement. Autre détail, tous les taxis n’acceptent pas les bons de transport. Il faut qu’ils aient reçu une accréditation de la part de la sécurité sociale. Donc, quand on commande un taxi, il faut toujours bien préciser qu’on veut un taxi conventionné… sinon, le voyage sera pour sa pomme. Je me suis bien évidemment fait avoir la première fois.

La proportion des taxis conventionnés par rapport à tous les taxis parisiens doit être à peu près de 1 sur 6. La première difficulté est donc de trouver le taxi qui va bien. On avait l’habitude de faire appel à deux compagnies de taxis : H8 et Beta taxis (les noms ont été habilement déguisés pour ne pas leur faire de pub…) Le problème avec ces compagnies, c’est qu’ils font payer la réservation à l’avance. Donc il faut appeler au moment même du traitement. Ce qui nous a causé quelques sueurs froides… Avant, quand on habitait Montrouge, on n’avait pas trop de problème. La porte d’Orléans est toute proche et il y a une grosse densité de taxis dans ce coin. Donc on trouvait assez facilement. Par contre, dès qu’on a déménagé à Clamart, les ennuis ont commencé. Eh oui, Clamart c’est un peu perdu, Clamart ça se confond avec Petit Clamart qui est un coin un peu craignos où les taxis n’ont pas trop envie d’aller, Clamart, on n’y va par la grande avenue de Chatillon là où ils sont en train de construire le tram 6, donc c’est toujours bouché, donc les taxis n’ont pas envie de passer par là. Bref, pour un taxi, Clamart c’est tout pourri. De ce fait, on n’a pas pu faire longtemps la même stratégie qu’à Montrouge. On appelait de plus en plus tôt, on restait des heures au téléphone avec une musique d’attente débile et le message « veuillez patienter, nous recherchons votre taxi… ». On appelait les deux compagnies en parallèle et même comme ça c’était la galère. On s’est donc finalement résolu à acheter des jetons sur internet pour pouvoir commander le taxi la veille et ne plus galérer le matin.

Les taxis conventionnés disposent d’une petite console tactile sur le tableau de bord sur laquelle ils enregistrent les données du patient. Pour pouvoir se faire rembourser la course par la sécu, il faut que le patient possède un bon de transport correctement rempli et une attestation de ses droits d’assuré social. Dans la théorie, toutes ces informations sont à saisir sur le terminal avant de partir ou alors une fois arrivé à destination. Eh oui, bidouiller sur sa machine pendant qu’on roule est absolument proscrit et il ne viendrait à l’idée à aucun chauffeur de… euh… ah oui, ok, je vois… en fait tout le monde s’en fiche et rempli tout à l’arrache en conduisant…

Petite question maintenant : avez-vous des préjugés sur les taxis parisiens ? Connaissez-vous des clichés sur eux ? Il y en a un certain nombre je pense. Eh bien nous, on les a tous rencontré. Oui, tous :

-Le taciturne qui dit juste « bonjour », « bon de transport et attestation » durant toute la course.

-Le chauffeur qui est en grande conversation téléphonique avant même que tu montes et qui continue après que tu sois descendu… (Réussissant de fait un superbe combo conversation téléphonique + remplissage papier sécu, ça rassure toujours les passagers ça…)

-L’antillais à la cool, qui reçoit aussi quelques appels téléphoniques, et qui hurle dans la voiture comme s’il était tout seul, bien callé au fond de son fauteuil de voiture et utilisant une grande baguette pour utiliser le terminal car il ne semble pas avoir envie de trop bouger…

-Le missionnaire évangélisateur qui au bout de deux virages demande déjà si on est croyant. Et je pense que quel que soit la réponse que tu donnes, tu auras droit à un petit sermon pendant toute la course…

-Le fin analyste politique qui rebondit sur une nouvelle à la radio pour refaire le monde à sa sauce. 20 min de trajet lui suffise pour définir la ligne politique qu’il faudrait que tous ces incapables du gouvernement (de droite ou de gauche, pfff sont tous pareils de toutes façon) suivent pour résoudre tous les problèmes. Ça parait tellement simple comme ça, c’est vrai qu’ils sont bêtes au gouvernement…

-Le fin analyste médical cette fois… eh oui, avec son accréditation sécu, il en voit passer du malade… Deux coups d’œil dans le rétro et il m’a déjà diagnostiqué que tout irait bien, vous en faites pas, va… bon, d’accord, si c’est vous qui le dites, je suis beaucoup plus rassuré moi !

-Le petit filou : « quoi ? Vous ne voulez vraiment pas passer par la porte d’Orléans à 18h ? ça serait le plus rapide pourtant… » Le plus rapide pour te remplir les poches à moindre frais, ça je veux bien le croire ! En bonus : oups, je suis resté en tarif 2 en plein Paris… A propos de filous, il y a un truc qu’ils font presque tous : ajouter quelques euros sur le terminal de la sécu par rapport au compteur. Eh oui, d’une façon totalement incompréhensible, le terminal sécu n’est pas relié au compteur du taxi. On parle tout le temps de faire des économies… ben des petites choses comme ça, je pense qu’il y en a plein partout, mais encore faudrait-il que les décideurs vivent dans le monde réel…

-Le maxi filou : celui-là était unique en son genre, heureusement. Monsieur arrive tranquilou à l’hôpital pour venir nous chercher… Dans ce cas, les taxis déclenchent leur compteur dès qu’ils acceptent la course donc la sécu leur paye le trajet pour arriver à l’hôpital. Lui, il se gare et au lieu de se présenter à l’accueil, il va tranquillement chercher son pain, le ramène à sa voiture et seulement après vient nous chercher… Oui, ce jour-là, la sécu lui a payé sa baguette, merci, de rien…

-Le syndicaliste râleur (en forte augmentation ces derniers temps) Oui, c’est de la faute au vtc, et vas-y que la sécu elle met trop de temps à rembourser, et vas-y que les malades ils salissent tout le temps la voiture, et pis ces idiots de touristes qui veulent juste faire 50m que c’est pas rentable ces petites courses… Un de ces jours, tout va péter, je vous le dis, tout le monde en a marre!... C’est la luuuu-tteuuuh finaaaa-leuuuuhhh…

Bon, dans tout ça, il y a aussi le chauffeur gentil et poli, qui demande par quelle route on veut rentrer et qui nous laisse tranquille pendant le chemin. Y’en a même qui sont en costard, qui ouvrent la porte, qui offrent des bouteilles d’eau et des magazines dans une super voiture où il y a du wifi gratos… Oui ça existe vraiment ! Une chose qui m’a toujours étonné aussi, c’est que sur la grosse centaine de courses, on n’est jamais tombé sur le même chauffeur… Ils ne sont quand même pas si nombreux, statistiquement, ça aurait dû arriver je pense, non ?

Aujourd’hui, on est un peu plus tranquille avec les taxis car un jour, gros coup de chance, le taxi qui nous a pris en charge était quasiment voisin avec nous ! Et comme il était bien sympa, on lui a demandé si on pouvait l’appeler directement sans passer par les centrales de réservation payantes et maintenant, on passe toujours par lui sans plus se prendre la tête !...

Sinon, pour finir, quelques nouvelles de mon traitement. La reprise de la chimio a été un peu difficile. La première séance du nouveau protocole ne s’est pas particulièrement bien passée avec toujours de très fortes nausées et des vomissements (en pleine séance de chimio, les infirmières étaient ravies…). Mais c’est vraiment une bonne évolution que de se déplacer à l’hôpital seulement une fois. Le reste du protocole se fait à la maison pendant une semaine avec la prise de comprimés matin et soir. La fatigue dure un peu plus longtemps mais ça va, ça reste gérable. Mon oncologue m’a aussi inscrit à une étude sur ce genre de protocole à domicile. C’est une tendance qu’ils essayent de généraliser donc je dois remplir un questionnaire tous les jours sur ce que j’ai pris et sur les effets secondaires que j’ai ressentis. Ma dernière chimio remonte à plus de deux semaines maintenant. J’aurais dû en refaire une jeudi dernier mais le médecin l’a annulée car mon bilan sanguin n’était pas terrible. Donc j’ai quelques jours tranquilles devant moi, jusqu’au 10 juillet prochain. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ?... Ah tiens, j’ai une idée ! Si on déménageait encore ? Je pense avoir trouvé un appart pas trop mal, sans vis-à-vis, avec une vue assez dégagée…

Publié dans Vie quotidienne

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Mag 14/10/2015 18:29

Bonjour !
J'ai l'impression qu'on a partagé les mêmes taxis, dis donc ! :) Moi j'ai aussi eu droit à : "rassurez-vous, aujourd'hui on guéri bien du cancer sauf de celui du foie". Ah...Ben moi c'est le foie justement...Mais cette semaine, je suis tombée sur de supers chauffeurs polis qui écoutent du jazz. C'était chouette. Sinon, je découvre ton blog grâce à ta dernière interview. J'aime beaucoup le ton, je vais m'attarder sur tes articles. Bonne soirée et courage !

Fred 14/10/2015 18:33

Hello Mag! Merci pour le message et bienvenue ici !