Notre ami Antony

Publié le par Fred

Bon allez, cette fois, fini les petites crises de narcissisme aigu. On va arrêter de se contempler le nombril et on va reprendre les articles de fond. Je vais aborder un sujet qui nous touche particulièrement Vanessa et moi. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous vont tomber des nues mais il faut que vous sachiez que tout ceci se passe en France, en 2014.

Pour commencer mon histoire, je vais vous en raconter une bien bonne : l’autre jour, avec Vanessa, on s’est rendu à la préfecture et, en à peine 20 minutes, on était ressorti avec ce qu’il nous fallait ! MDR !! jajajaja comme on dit en espagnol ! Lol, re-lol et 10 de lol pour la préfecture ! Ha hahahaha… haha… ha. Bon ok, je vois bien que personne ne rigole. Il va falloir que je vous explique tout ça en détail. Pour cela, retour en arrière express…

Commençons par enfoncer les portes ouvertes : Vanessa est péruvienne. Eh oui, vous auriez dû quand même vous en douter depuis le temps que je parle du Pérou… Bon. Pour vivre ici, elle a besoin d’un titre de séjour. Quand elle est arrivée en France, elle devait demander un titre de séjour étudiant, car elle venait pour faire des études, logique quoi. Maintenant que nous sommes mariés, son titre de séjour est un titre « vie privée et familiale ». Il n’y a pas si longtemps encore, le mariage permettait sur simple demande d’obtenir la nationalité française. Quand je dis pas longtemps, c’est le milieu des années 80… Depuis, les gouvernements se sont succédés et tout le monde a apporté sa petite pierre à l’édifice d’un grand casse tête pour tous les étrangers en France. Je ne vais pas rentrer dans le débat de l’immigration sur ce blog, c’est vraiment pas l’endroit. Toujours est-il que tous les ans, on se prend bien la tête pour obtenir le renouvellement du titre de séjour de Vanessa. Et avec ma maladie, ça n’a rien arrangé du tout, vous allez voir.

Donc, tous les ans, Vanessa doit se présenter en préfecture pour obtenir son nouveau titre. Oui, c’est tous les ans. Il existe bien des titres de dix ans mais pour le moment, on n’y a pas droit. Pour cela, il faut remplir tout un tas de conditions qu’on ne remplira que l’année prochaine. Entre autre, la résidence en France depuis au moins 3 ans… hé, mais attendez voir un peu, Vanessa est ici depuis 2007, donc ça fait beaucoup plus de 3 ans tout ça ! On va pouvoir demander le titre de 10 ans alors ! Youpi, c’est la fête, on sort le champagne et… Non, stop, ce n’est pas la fête du tout. Moi aussi j’y ai cru, mais il s’avère que le législateur, dans son infinie sagesse, a décidé que les années d’études ne comptent pas dans le temps de résidence en France. Quand tu étudies, tu vis en fait dans un monde parallèle que tu crois être la France, mais en fait non, c’est pas là… Notez bien qu’au moment de payer les assurances, les cotisations, les inscriptions et tout le tralala, bizarrement, l’étudiant étranger est bel et bien en France… Donc quand je dis qu’on pourra demander le titre de séjour de 10 ans au prochain renouvellement, c’est parce que on aura fêté nos 3 ans de mariage. Je vous parle même pas de demander la nationalité française, c’est encore plus long et plus complexe…

Donc, tous les ans, démarche à la préfecture. Jusqu’à ce qu’on se rencontre, Vanessa avait encore un peu de chance (mais qu’est-ce que je raconte, moi ?) Oui, en fait, la préfecture ou la sous-préfecture où doit être faite la démarche de renouvellement de titre dépend du lieu de résidence. Elle habitait à cette époque Neuilly sur Seine, donc dépendait de la préfecture de Nanterre. Et là-bas, tout se passait relativement bien. Quand on s’est installé ensemble, la préfecture a changé. Eh oui, Montrouge ne dépend pas de Nanterre mais de la sous-préfecture d’Antony. Et là, les ennuis ont commencé. Comment décrire à quel point cette sous-préfecture est merdique ? Ah ben voilà, en fait, j’ai tout dit : Antony, c’est merdique. Mais ça on ne le savait pas encore.

Un beau matin d’août 2010, Vanessa a pris le rer B pour aller faire la demande de son renouvellement. La sous-préf ouvre à 8h45. Elle pensait donc arriver vers 8h pour être sûre d’être dans les premiers à passer et ne pas perdre trop de temps à attendre. C’te bonne blague. Quand elle est arrivée là-bas, il y avait déjà une file de pratiquement 200 personnes. Vanessa s’est renseignée un peu pour savoir c’était quoi de ce bordel et elle a appris que ce n’était même pas la peine qu’elle attende, qu’il n’y avait que 75 tickets donnés à l’entrée pour toute la journée, que les premiers de la file étaient là depuis la veille au soir, qu’ils avaient attendu toute la nuit ici. Hein ? Quoi ? C’est une plaisanterie n’est-ce pas ? Ben non, ce n’en est pas une du tout. C’est comme si un sac de ciment de 500 kg était tombé sur la tête de ma pauvre petite Vanessa…

Le choc passé, on a décidé d’employer les grands moyens. Le premier rer passe en général vers 5h30 et on allait le prendre pour arriver là-bas avant 6h. On ne serait peut-être pas dans les premiers mais au moins, on pourrait quand même avoir un ticket pour passer. On allait attendre plus de 3h mais on l’aurait notre ticket ! Eh bien croyez le ou non, mais on a vraiment eu de la chance ce matin là… Quand on est arrivé, il y avait déjà plus de 50 personnes. Je les ai comptées. On se disait, cool, on est large. Mais au fur et à mesure du temps qui passait, des gens apparaissaient comme par magie dans la file : « oui, j’étais arrivé là avant, j’avais posé mon sac, je reprends ma place » Et plus on se rapprochait de l’heure fatidique, plus des gens venaient et nous faisaient reculer dans la file. A l’heure de l’ouverture des portes, c’était vraiment un bon gros bordel. Des personnes essayaient de s’incruster mine de rien, ils se faisaient éjectés, ça gueulait dans tous les sens, une vraie foire d’empoigne. Quand je dis qu’on a eu beaucoup de chance le matin là, c’est parce que le dernier ticket de la journée a été donné à la personne qui attendait juste derrière nous. On a attendu toute la journée, mais au final, Vanessa a pu avoir son rendez-vous. Ah oui, ne pensez surtout pas qu’elle a pu obtenir direct son titre de séjour, ça serait trop facile… Elle a simplement obtenu un rendez-vous pour déposer son dossier de demande. 2 mois après le rendez-vous bien sûr… Eh ouais, ça se passe comme ça chez Antony… A ce fameux rendez-vous, elle n’aura pas non plus le titre de séjour. Elle dépose simplement son dossier avec toutes les pièces justificatives et elle obtient un récépissé qui remplacera l’ancien titre de séjour quand il périmera, le temps d’attendre l’arrivée du nouveau titre. Et quand celui-ci sera prêt, il faudra revenir en préfecture le chercher, après avoir payé les timbres fiscaux qui vont bien évidemment… C’est bien simple, le titre de séjour est valable un an. Mais sur cette année complète, on ne l’a entre les mains qu’à peine plus de 6 mois… Sachant que la demande de renouvellement doit se faire deux mois avant que le titre soit périmé, on n’est jamais tranquille.

En août 2011, rebelote. Cette fois, on zappe le rer. Il ne passe pas assez tôt. On s’est bien rendu compte qu’on avait eu de la chance l’année d’avant donc il faut qu’on arrive plus tôt que ça. On décide donc de louer une voiture pour la journée. Avec cette solution en plus, l’un de nous deux peut aller s’assoir et se reposer plus tranquillement. On a beau être en août, les nuits commencent à se rafraîchir quand même un peu. On se réveille à 3h du matin et on arrive là-bas un peu avant 4h. Et il y a déjà du monde. Une vingtaine de personnes. Cette année, il y a une nouveauté. Tout le monde a pu constater le bazar qu’il y a juste avant l’ouverture des portes et petit à petit s’est instaurée une règle dans les files d’attente matinales : à son arrivée, chacun doit s’inscrire sur une liste et cette liste servira de référence absolue le moment venue. C’est pas une mauvaise idée en soit. Mais est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer que la sous-préf mette en place ce genre de liste d’attente sur un site internet dédié ? ça ne me semble quand même pas si compliqué à mettre en place et ça éviterait ces files d’attente au milieu de la nuit…D’ailleurs c’est ce qui se fait dans la préfecture voisine de Paris… Je crois qu’on s’est inscrit ce jour là en 21è position et on a pris notre place dans la file. On trouve de tout dans ces files : des gens emmitouflés dans des duvets ou des couvertures, des personnes avec un petit fauteuil et un thermos de café et surtout beaucoup de gens se demandant vraiment ce qu’ils foutent ici en plein milieu de la nuit… Après des heures d’attente, quelques minutes avant l’ouverture, le responsable de la liste a parcouru la file pour vérifier que tout le monde était bien à sa place. On a pu avoir notre ticket un peu plus tranquillement que l’année d’avant et obtenir le précieux rendez-vous.

En 2012, il y a du changement. Vanessa ne va plus demander un titre de séjour étudiant mais un titre de séjour vie privée et familiale. Ma présence à ses côtés est cette fois obligatoire. On refait le coup de la location de voiture mais cette année, il y a du changement. La préfecture a modifié un peu son système et un pré-accueil a été créé. En théorie, toute personne qui arrive avant 11h sera reçue. Mouais. Cher Monsieur le sous-préfet, permettez-nous de douter une peu de tout ça… On va quand même arriver très tôt, environ 5h du matin, pour ne pas prendre de risque. Il n’y a plus cette fois plus de liste et effectivement, il y a moins de monde à attendre. On est dans le top 10 de la file. A l’ouverture, on reçoit quand même un ticket pour se présenter au pré-accueil. Celui-ci nous donne la liste des pièces à fournir pour une première demande de vie privée et familiale, un rendez-vous pour présenter tout ça et nous expédie dehors rapidement. Le système est un peu plus efficace mais je suis toujours convaincu qu’un enregistrement électronique sur internet serait encore plus simple. Bon, maintenant, voyons voir ce qu’on nous demande. Les copies des pièces d’identité, les actes de naissances, l’acte de mariage, le livret de famille, mes fiches de paie, mes déclarations d’imposition, et cerise sur le gâteau, « des justificatifs de la vie commune depuis au moins 6 mois… » C’est bête, mais la première idée qui me vient à l’esprit est de nous prendre tous les jours en photo au lit, avec le journal du jour… Bon en fait, une déclaration d’impôt commune et un compte bancaire commun suffiront. Au rendez-vous de présentation de tous ces papiers, on assiste à une scène bien navrante : le gars qui présentait son dossier avant nous avait oublié plein de trucs et logiquement, l’agent de la préfecture lui disait qu’il fallait refaire la démarche d’inscription au pré-accueil pour avoir un autre rendez-vous et amener un dossier complet cette fois. Et voilà que c’était le drame, les pleurs, les suppliques, l’énervement, les menaces, les insultes. On critique souvent les fonctionnaires qui nous accueillent à chaque démarche administrative, parfois à raison, mais quand on voit les cas qu’ils doivent se coltiner parfois, ben on aurait presque envie de les plaindre… presque… Le gars ne voulait pas partir, il nous faisait perdre notre temps. Il demandait à l’agent de l’attendre, qu’il en avait à peine pour une heure à aller chercher ce qui manquait, qu’il voulait déposer son dossier quand même aujourd’hui. Mais purée, espèce de débile, t’as eu trois mois pour rassembler tout ton dossier ! tu dégages maintenant, allez ouste ! Finalement, il a lâché prise et ce fut notre tour. On se disait, merde, pourvu qu’on ait rien oublié nous aussi… On voyait bien que l’agent était super sur les nerfs alors c’était pas le moment d’en rajouter une couche. Elle nous a demandé les pièces une à une, un peu sèchement. Elle s’est un peu radoucie quand on lui a finalement donné un dossier complet. Elle nous a fait le récépissé et nous a dit qu’on serait prévenus quand le titre serait prêt, merci, au revoir. Oufff… L’année là, comme c’était un changement de situation on a attendu encore plus longtemps, à tel point que le récépissé, valable pourtant 3 mois, a expiré avant qu’on ait le titre officiel. Mais à ce moment là, en début 2013, je n’étais pas au top de ma forme et il aurait fallu retourner à Antony très tôt le matin pour refaire la queue pendant des heures et refaire un récépissé. Je ne pouvais pas faire tout ça alors on a décidé de laisser tomber. On allait attendre le titre sans renouveler le récépissé. Vanessa a donc été sans papier pendant plus d’un mois.

Fin 2012, je suis tombé malade. Et ça n’a pas vraiment facilité les choses.

En plus, on a dû déménager. Ce qui était la super opportunité pour s’éloigner de la zone d’influence d’Antony ! Ce que nous avons cru un moment avoir fait en allant à Clamart. Malheureusement, Clamart est la dernière ville à dépendre encore d’Antony. Bravo, très bon déménagement, très utile… Encore un point en moins pour Clamart. Au moment de penser au renouvellement du titre, une chose nous a tout de suite préoccupé : il fallait absolument que je sois présent avec Vanessa à chaque démarche. Mais s’ils nous donnent un rendez-vous le jour d’une chimio ? Si je dois être opéré et que je ne peux pas bouger, comment on fait ? Un des avantages de Clamart est que la municipalité a mis en place un service d’aide juridique relativement efficace. On a donc pris rendez-vous avec une avocate spécialiste en droit des étrangers qui travaillait pour la mairie. Un autre avantage de Clamart était que son maire était aussi sénateur des Hauts-de-Seine et qu’il avait donc une certaine influence dans le département. Bon ok, il a été mis en examen par la suite pour corruption passive, mais dis donc, ça va aller hein, si on ne peut même plus aider quelques amis à trouver un logement social, où on va ? Quoi la loi ? pfffff faut toujours que vous pinaillez pour rien… En tout cas, pour nous, il a bien fait les choses : son équipe a prévenu la préfecture de notre situation difficile et on a eu une dérogation. Au cas où, Vanessa pourrait aller toute seule faire les démarches sans que je sois avec elle.

Cette année, on a fait la même demande et le sénateur a adressé une nouvelle lettre à la sous préfecture d’Antony pour les alerter de notre situation particulière. Et cette fois encore, Antony a été cool et même plus que la fois d’avant : non seulement, ma présence n’était plus obligatoire en cas d’empêchement, mais en plus, ils ont donné directement un rendez-vous à Vanessa, sans avoir besoin de passer par le pré-accueil. Le top quoi… Sauf que, souvenez-vous, en juillet dernier on a déménagé… hé hé hé… euh, ben zut alors, tout ça pour rien dites donc… On est à Issy les Moulineaux et pour renouveler le titre de séjour, on devait aller à la sous-préf de Boulogne… Mais tout se termine bien quand même car à Boulogne, ce n’est pas l’espèce de zoo qu’on a connu à Antony, c’est même plutôt tranquille et efficace. Pour renouveler le titre de séjour, on est allé faire la queue à 8h30 pour une ouverture à 9h. On avait appelé avant et on nous avait indiqué où trouver la liste des pièces à fournir. Ce jour là, on a donc attendu une petite demi-heure à l’entrée, une autre petite demi-heure avant de passer à un guichet où on n’a pu déposer tranquillement notre dossier et recevoir direct le récépissé qui va bien ! En plus, quelques semaines après, on nous a prévenus, par sms s’il vous plait, que nous pourrions venir chercher le titre de séjour à partir de telle date, ce qui correspondait pile au lendemain de la péremption du titre de séjour précédent. On n’aurait même pas eu besoin du récépissé… Ce jour-là, comme je vous le disais en début d’article, on n’est même pas arrivé en avance, et 20 min après, on était passé et on avait le titre !

Désolé Antony, ravi de t'avoir connu mais tu n'es pas près de nous revoir...

Publié dans Vie quotidienne

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Alicia 24/11/2014 23:22

La vérité c'est qu'il faut presque se battre pour l'obtenir ce titre de séjour!

Phil 07/11/2014 18:48

Moi qui milite pour une vraie simplification administrative, me voilà avec une belle page de vie réelle qui la justifie...

Fred 07/11/2014 19:08

C'est vrai qu'une simplification serait vraiment nécessaire... mais aussi et surtout qu'il n'y ait pas tant d'inégalités d'une sous-préfecture à l'autre ! Je ne comprends pas que chaque sous-préfet ait le pouvoir de faire comme il veut dans son coin...