Charlie et son drôle de drame...

Publié le par Fred

Mercredi 7 janvier, 11h08 précise… Je suis au travail, occupé à travailler d’arrache pied… bon, occupé à développer un nouveau… euh… bon, ok, je lisais mes mails… Soudain, mon téléphone portable sonne. Jusque là, rien d’anormal car oui, au cas où vous en douteriez, j’ai une vie sociale et des amis m’appellent de temps en temps… Sauf que là, ce n’est pas un contact, c’est un fixe non répertorié. J’étudie le numéro et je l’authentifie aussitôt : ça commence par 01 44 12 : c’est l’hôpital Saint Joseph. Une petite alerte se déclenche dans ma tête… Pas une bonne grosse alerte rouge, mais quand même un petit orangé soutenu car figurez-vous que je venais de passer un scanner de contrôle la veille. La coïncidence est trop grosse, cet appel concerne forcément ce scanner…

Allo ? Oui, Mr Multon, vous aviez rendez-vous avec le Docteur B.H. lundi prochain, le 12 janvier mais on se demandait si vous pourriez venir cet après-midi ? D’un coup, l’alerte mentale dans ma tête, vire au rouge… Pourquoi me voir tout de suite si tout va bien ? Il y a forcément une urgence et ce n’est surement pas une urgence pour me souhaiter la bonne année… euh oui, je peux me libérer, à quelle heure je dois venir ? 15h40, merci Mr Multon, à toute à l’heure alors.

Je pense avoir pas mal d’imagination et dans ce genre de situation, ma cervelle se met en route et les scénarios défilent à vitesse grand V. Et bien évidement, la plupart sont plutôt noirs. Je suis donc un peu morose et groggy et quand vient l’heure d’aller déjeuner, je ne suis pas sur d’être de très bonne compagnie.

Pourtant, il était écrit que ce jour serait particulier. En rentrant de la pause, mes idées noires autocentrées sur mon petit nombril sont complètement balayées. Le net fourmille, le net bouillonne, le net s’agite, le net pleure, le net crie, le net hurle. Que se passe-t-il ? Une horreur tout simplement. Vous l’avez tous vécue en même temps que moi. Encore un attentat de ces crétins d’islamistes. Mais cette fois, ce ne sont pas des morts anonymes au fin fond du moyen orient. C’est à Paris, à 20 min de l’endroit où je suis en ce moment même. Et ce n’est pas fini. Tout s’accélère. Un journal connu, familier, qui va devenir un symbole, Charlie Hebdo. Puis des noms eux aussi très connus. Abattus. A l’arme de guerre. Des exécutions. Quoi ? Vous plaisantez j’espère ? Des gens ont réfléchi et ce processus intellectuel a débouché sur la conviction qu’il fallait aller butter Cabu ? Cabu ? Non mais vous rigolez ou quoi ? Sérieusement ? Cabu, le gentil dessinateur tout timide que je regardais quand j’étais petit au club Dorothée ? Il faisait un nez tout pointu à Dorothée pour se moquer et elle faisait semblant de se fâcher après lui… Quoi Tignous aussi ? Charb ? Ces deux là, c’est quand j’étais au lycée que je les ai connu. Ils faisaient des dessins rigolos dans le magazine l’Etudiant… Sans rire, des connards on décidé réellement que des petits gribouillis rigolos méritaient la mort comme ça ? Et Wolinski ? Ce petit pervers-pépère de 80 ans ? Ne faites pas les innocents, vous disiez apprécier le polémiste, le caricaturiste mais c’est surtout ses petits dessins cochons qui vous plaisaient, bandes de petits filous…

Les minutes ont défilé et l’atrocité devenait de plus en plus réelle. Oui, ils se sont bien tous faits exécutés. 12 victimes en tout. Incroyable. Et mon scanner dans tout ça ? Est-ce que je dois réellement m’en inquiéter de ce machin ? Ben oui, évidement que je dois m’en inquiéter. Qu’est-ce qui m’arrive ? Est-ce que je dois avoir peur ? Est-ce que je fais une rechute ? Est-ce que ma maladie s’emballe ? Mais purée, Cabu, son beauf ? Est-ce que quelqu’un l’a vraiment shooté à la kalachnikoff ? Comment c’est possible ça ?

Je deviens un peu schizo devant mon écran d’ordinateur et heureusement que le rendez-vous est relativement tôt dans l’après-midi car le fait de bouger, de penser à des choses concrètes comme aller prendre me métro, descendre à la bonne station, faire la queue à l’hôpital pour avoir mes papiers de consultation, me remet un peu les idées à l’endroit. Vanessa me rejoint à l’hôpital et oh miracle, mon oncologue n’a que 5 minutes de retard. Autant dire qu’il est en avance ! J’oublie le monde extérieur en rentrant dans son bureau. Déjà je suis un peu plus serein car il n’a pas l’air grave le moins du monde. Il est très souriant et je pense qu’on ne peut pas sourire comme ça si on a des mauvaises nouvelles à donner. Et effectivement, de mauvaises nouvelles il n’y aura point. Mon rendez-vous a été avancé tout simplement car il y avait eu une annulation de consultation et que si j’étais dispo, autant ne pas attendre une semaine pour se voir et parler de ma situation.

La maladie est toujours bien sous contrôle. Mes nodules ne grossissent pas et il faut remonter au scanner de janvier 2014 pour voir une petite évolution des nodules. Mais quoi qu’il en soit, ils restent microscopiques, bien qu’assez nombreux. On va donc continuer sur cette voie, c’est-à-dire avec le xeloda en prise continue matin et soir. Mais on va augmenter un peu les doses : comme je le supporte très bien et qu’il ne cause aucun effet secondaire chez moi, autant essayer d’augmenter son efficacité.

Mon oncologue m’examine un peu, me prend ma tension, je me pèse (purée je pense que je grossis un peu et que mes bourrelets commencent à réapparaitre sur mon bide… faut que je fasse quelque chose…). On parle aussi de tout et de rien et zou, nous voilà dehors. On rentre tranquillement chez nous et c’est en allumant la télé qu’on est une nouvelle fois happés par la tragédie de la journée. On reste sur BFM toute la soirée, hypnotisés par les mêmes images diffusées en boucle, les interviews, les témoignages, l’avancée des investigations. C’est une soirée 11-septembresque et finalement, on va se coucher très tard quand les journalistes commencent à ne plus savoir trop quoi dire de nouveau.

Ce 7 janvier a été très particulière pour moi. Je pense que je m’en souviendrai très longtemps encore. Il n’y a pas souvent de jours comme ça, marqués par autant d’événements mémorables. Des événements très personnels et d’autres partagés avec la communauté toute entière. De véritables montagnes russes dans ma tête.

A bientôt.

Publié dans Vie quotidienne

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Nat 15/01/2015 20:02

Bonne annee a vous, kel courage!! Jaimerai en avoir autant...

Alice 13/01/2015 17:31

Frédéric et Vanessa, je vous souhaite une très bonne année 2015 avec beaucoup de joies
Que cette année soit pour vous pleine de promesses en l'avenir.
Frédéric garde ton sourire, ton courage, tes blagues et ta bonne humeur pour faire reculer les soucis.
Merci de nous faire partager ton blog. Nous pensons beaucoup à toi et à Vanessa qui t'accompagne.
Bisous

Hervé 10/01/2015 17:12

Bonjour Fred,

Je suis très content pour toi que ton médecin t'a donné de bonnes nouvelles et que ta maladie n'a pas évoluée.
Meilleurs vœux de rétablissement pour 2015.
Tu est en bonne voie de guérison.
Tu as mon soutien et mes encouragements.

Nadege 09/01/2015 16:52

J'ai vécu et je vis encore la situation de loin et c'est fou, presque irréel, quasiment un scénario de film! Ici au Canada, nous avons subit le même genre d'affaire il y a de ça quelques mois. Un tireur est entre au Parlement à Ottawa et à faillit d'une seule rafale de fusil autonomatique, abattre le gouvernement du Canada qu grand complet! Heureusement il a échoué!!! On est à l'abri nulle part.... On est de tout cœur avec vous. Et je suis très heureuse que ton médecin t'aie donne de bonnes nouvelles. Ne lâchez pas, bisous cousin et embrasse Vanessa.

Phil 09/01/2015 08:56

Dis Fred, l'article est paru en double et bien que bon, il me semble opportun d'en retirer le deuxième exemplaire :D

PS : Le copier coller, la plaie de l'informatique disais-je pendant la fac ;-)

Fred 09/01/2015 09:15

aie aie aie, je suis vraiment bon à rien tôt le matin moi... je me demande pourquoi j'insiste encore... Merci de ta vigilance !