Urgences, Episode 4, la suite de la suite...

Publié le par Fred

(Résumé de l'épisode précédent :

Vanessa est enfin prise en charge par le personnel compétent des urgences. Avec un très grand professionnalisme, il s'enquiert tout de suite de ses antécédents médicaux. En effet, dans ce cas précis, il faut réussir à déterminer si oui ou non Vanessa a eu l'appendicite. Peut-être elle n'avait pas bien compris la question les 27 fois précédentes qu'on lui a demandé. Ensuite, toujours dans un soucis d'affiner le diagnostic, il est très important que Vanessa précise si oui ou non elle a eu l'appendicite. Une fois ce fait établi, la dernière étape consiste finalement à rechercher des traces d'appendicite dans le passé médical de Vanessa. Fort de ce bilan, Vanessa peut alors être dirigée vers le service gynécologique car finalement, c'est quand même un peu par là qu'elle a mal, nan? Allez, appel le brancardier, ça fera toujours un box de libre pour le prochain poivrot qui va venir... )

Le brancardier arrive dans le box un peu après 4h du matin. Je lui demande s'il faut prendre toutes les affaires de Vanessa ou si elle reviendra ici. "Ah non, Monsieur, elle est transférée dans un autre service, faut tout prendre car aucune chance qu'elle revienne aux urgences, vous croyez quoi ? qu'on transfère les gens sans aucune raison en espérant que quelqu'un d'autre va faire le boulot ?" Je le connais ce brancardier, il m'a trimbalé plusieurs fois quand j'étais hospitalisé. Mais évidemment, lui ne me reconnait pas. Je rassemble les affaires de Vanessa et on se met en route.

Après toutes les fois où je suis venu dans cet hôpital, je pensais le connaitre comme ma poche. Mais au bout de deux couloirs, je suis complètement paumé. Pourtant, je tique un peu quand on entre dans un ascenseur et qu'il appuie sur le bouton du 5e, celui où il y a écrit "Maternité". Bon, urgences gynécos et maternité, c'est pas si éloigné que ça, surtout à 4h du matin. S'il avait appuyé sur un bouton "neurologie" j'aurais peut-être ouvert ma bouche mais là, je décide de ne rien dire et de continuer à suivre sagement, bien que mon indice PMQQB adopte une légère tendance haussière.

Evidemment, comme je le pressentais, nous n'avions rien à faire à cet endroit et les infirmières de nuit du service maternité nous ont regardés avec de grands yeux tout rond quand on a débarqué à leur accueil. Elles ne sont au courant de rien, personne ne devait arriver chez elles maintenant. Le brancardier leur montre son bon de transport. Léger flottement. Elles se regardent. Elles regardent le brancardier. Elles regardent le bon. Elles se re-regardent. Finalement, elles nous regardent Vanessa et moi avec un grand sourire bien forcé en disant qu'elles vont tirer ça au clair et elles disparaissent dans leur bureau avec le brancardier. Cette fois encore, le personnel hospitalier oublie que les portes des hôpitaux ne sont pas faites de 10 cm de plomb massif : quand vous parlez derrière une porte, on vous entend. Ben oui, sinon, si on réfléchit, ça ne servirait à rien de dire "entrez" quand quelqu'un frappe... Je vous laisse méditer là dessus... Donc je les entends discuter ("mais on nous a pas prévenu!"), argumenter ("oui, mais c'est qu'il y a sur le bon alors je fais ce qu'on m'a dit de faire"), pour finalement appeler les urgences pour savoir quoi faire. Je ne veux pas accuser quelqu'un sans preuve, vous me connaissez, loin de moi l'idée de jeter l'opprobre sur une personne gratuitement. Mais j'ai comme dans l'idée que c'est la grande blonde qui est au bout du fil à qui on demande c'est quoi ce bordel, pourquoi tu as mis un code 480, le patient a rien faire là, t'as fumé ou quoi ? ça serait quelque part une suite logique à sa garde de nuit. Mais encore une fois, peut-être c'est pas elle... mais on reconnait quand même un certain style... mais bon... opprobre, gratuit, tout ça, j'arrête là.

Finalement, "quelqu'un" aux urgences finit par donner le bon code de transport, c'est à dire le bon endroit où transporter Vanessa, à savoir les urgences gynéco. Car oui, on en est toujours là: tout ce bazar pour aller quelque part où il sera certainement complètement inutile d'aller. On reprend quelques couloirs, un ascenseur et finalement on arrive dans un endroit où il semble qu'on soit un peu plus attendu. Bon, attendu, c'est pas exactement ça. En fait, j'ai une impression bizarre à ce moment. D'abord, il y a pas mal de monde, un peu trop pour un service de nuit, et tout le monde a l'air super réveillé... Et tout le monde nous regarde avec les yeux qui disent "ah, c'est eux les emmerdeurs ? pfff on peut pas être tranquille cinq minutes..." En fait, c'est comme si on avait interrompu un truc, comme si on dérangeait. En tout cas, très agréable comme sensation... Le brancardier met le lit dans un coin et s'en va en nous disant qu'on va s'occuper de nous.

On attend quelques minutes et effectivement, quelqu'un fini par arriver. C'est l'interne de garde. Et apparemment, on l'a réveillée pour nous. J'ai immédiatement cette image en tête :

Le réveil difficile, allégorie.

Le réveil difficile, allégorie.

Ouille... ça va faire mal... Elle arrive avec son infirmière et une autre dame, les trois de front. ça fait un peu débarquement commando. Je me fais tout petit derrière le lit de Vanessa d'un air de dire : "moi j'y suis pour rien, je n'ai jamais voulu vous réveiller, personne n'a voulu en arriver là, on va tous se calmer, ça va trop loin..." Bon au final, la dame m'emmène à un guichet pour faire l'admission tandis que Vanessa va se faire examiner par les deux autres. Elles lui font une échographie de contrôle qui s'avère être tout à fait normale. Tout le monde ressort et c'est à ce moment qu'on a droit à une nouvelle pépite dont seul le monde médical a le secret : "Bon, il n'y a rien à signaler..." pause... soupir... pause... et finalement elle demande résignée: "Vous voulez que je vous explique un peu ?" Oh ben oui tant qu'à faire, on ne serait pas contre savoir un peu ce qui se passe, pourquoi on est venu ici... sauf si ça retarde ton retour au lit de 5 min hein... Donc comme vous l'avez compris, on a répondu oui, qu'on voudrait bien quelques explications. Mais rétrospectivement, on n'aurait peut-être dû s'abstenir car on a eu droit à un petit monologue médico-gynéco-urgento-incompréhensible. On ne saura donc jamais pourquoi on est venu ici cette nuit. Il doit bien y avoir une raison, hein, mais absolument pas accessible aux simples patients ignorants que nous sommes. Elle nous dit, au revoir (tu parles, Charles) Elle nous dit bon courage (haha arrête avec ton empathie, on étouffe...) et elle nous dit que quelqu'un va venir nous chercher pour nous ramener d'où on vient et pouf, elle disparaît.

Retour donc aux urgences où par miracle, on retrouve exactement le même box qu'avant notre petite excursion. Deuxième miracle, on ne reverra plus la grande blonde de la nuit. Cette fois, c'est directement sa chef qui nous dit qu'elle va venir faire une échographie portative à Vanessa. Il est environ 5h30 du matin. Elle aurait pu dire n'importe quoi en fait, on aurait de toute façon été d'accord... Elle ramène donc tout son matos et moi, je suis dégagé dans le couloir pendant l'examen. L'occasion d'observer une petite mamie asiatique qui semble toute gentille, complètement perdue et totalement ingérable. Elle se trimbale un peu partout, rentre dans les box des gens pour poser des questions incompréhensibles puis continue sa petite promenade comme si de rien n'était. A chaque fois qu'une infirmière la croise, elle lui lance un "retournez à votre lit, Madame, on va venir s'occuper de vous..." parfaitement inutile qui ne dérange en rien la promenade de la petite mamie...

Au bout d'un certain temps, l'examen est fini. La chef nous annonce qu'elle pense voir un petit quelque chose mais qu'il faudra faire un une vraie echo pour s'en assurer. Mais ça ne sera possible que le matin, à l'ouverture du service. On se retrouve donc dans le box une fois de plus, Vanessa essayant de dormir malgré la douleur et moi jouant les équilibriste sur mon tabouret. Je décide cette fois de m'approcher du lit et je pose ma tête dans mes bras sur le matelas et je m'endors.

à conclure...

Publié dans Aux urgences

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