Urgences, Episode 4, la suite...

Publié le par Fred

"Vous avez déjà eu l'appendicite ?"

"Vous avez déjà eu l'appendicite ?"

(Résumé de l'épisode précédent :

Vanessa a mal, elle est pliée en deux par une douleur en bas, à droite. Le médecin veut l'envoyer très vite aux urgences pour une suspicion d'appendicite... Oh mais ça va, on peut quand même prendre 5 min pour regarder un peu par la fenêtre non ? Les urgences sont plutôt tranquilles en cette soirée de mercredi, l'infirmière de tri peut prendre le temps de titiller ma femme sur sa douleur. Pauvre inconsciente, elle ne connait pas les latinas... Heureusement, quelqu'un vient assez vite chercher Vanessa et l'amène voir un médecin...)

Les portes se referment et me voilà tout seul à attendre.

La salle est plutôt tranquille, il n'y a plus que moi et les deux latinos qui attendaient déjà. Je me cherche une chaise que je positionne à côté d'une prise électrique pour pouvoir charger mon téléphone. Oui, j'ai pensé à prendre mon câble. Et j'ai même celui de Vanessa. Je suis très organisé, je pense à tout, tout le temps. Si. Euh... bon ok, j'avoue, c'est Vanessa qui y a pensé... Même complètement cassée, elle pense encore plus vite que moi.

Pendant quelques dizaines de minutes, il n'y a rien à signaler. Mais ça ne va pas durer. 23h30, une bonne heure pour ramasser des petits crétins qui ont trop picolé. En voici justement une, amenée par les pompiers. Les pompiers... par trois ils vont, un maître et ses deux apprentis... Je crois que pendant cette soirée, ils ont dû établir une sorte de petit record. Mais ce record n'aurait pas été possible sans des conditions spéciales, j'ai nommé le poivrot rebelle ! Si la première fille était complètement à la ramasse, tranquille à cuver dans son coin, le deuxième crétin à faire son entrée était un peu plus agité. Un des pompiers qui l'a amené, a d'ailleurs demandé tout de suite "le brancard de contention"... Je pense que tous les services d'urgence l'ont celui-là... Un beau brancard avec de belles sangles dans les coins pour calmer les excités. Une fois installé sur son brancard, et comme il n'y avait personne d'autre, l'infirmière de tri a voulu s'occuper de ce gars là. Seulement, ça n'était pas si simple que ça : "Monsieur, comment vous vous appelez ? Grjaidhidjhfu jdjdos^sk ejfiosjfshd jdisodjfjsoiijs sale pute !" Pas simple et malheureusement très long... Car évidemment, pendant qu'elle essayait d'apprendre en accéléré la langue du mec bourré, d'autres équipes de pompiers sont arrivées, quasiment en même temps et se sont donc toutes retrouvées à attendre l'admission de leurs colis respectifs, coincées qu'elles étaient par ce fameux mec bourré. Il y a eu simultanément 5 équipes, donc 15 pompiers dans la salle d'attente. C'était très marrant de voir : les chefs d'équipe discutaient entre eux pendant que les apprentis restaient par deux, dans leurs coins, en se regardant en chiens de faïence... Le plus malheureux dans cette histoire, c'est que certains cas étaient quand même un peu sérieux et ils ont quand même dû attendre que môssieur l'aviné dégage lui aussi cuver dans un coin.

Vers minuit et demi, le calme est à peu près revenu dans la salle. Les latinos étaient partis, mais il y avait deux dames qui attendaient avec moi. Une accompagnait sa grande tante un peu sénile qui avait fait un petit malaise, tandis que l'autre accompagnait son mari qui était venu pour une suspicion d'attaque cardiaque. Quand je l'avais vu arriver, il n'avait vraiment pas l'air d'être en pleine attaque mais bon, mes seules références sur le sujet sont la télé et le ciné. Comment je sais tout ça me direz-vous ? Aurais-je développé des dons de diagnostic instantané comme un chauffeur de taxi moyen ? Malheureusement non. C'est juste que je suis très curieux, et que j'aime bien laisser traîner mes oreilles. Jusqu'à 1 heure du matin, deux personnes sont arrivées en plus. Un pour un problème de genou et un autre pour je ne sais pas quoi, pas trop eu le temps de fouiner. A 1 heure, l'infirmière de tri m'a vu avec les 2 autres dames et elle nous a dit qu'elle allait se renseigner pour savoir si on pouvait rentrer dans le service ou non. Un peu plus tard, elle nous a fait rentrer nous trois et nous a indiqué à chacun où on pourrait trouver notre conjoint/conjointe/grande tante.

C'est donc un peu après 1h du matin que je suis rentré dans le box 10 pour retrouver ma Vanessa ! Ouais, vous avez bien lu, un box, carrément, pour elle toute seule. Je vais pas dire que j'étais jaloux par rapport à ma propre expérience, mais quand même... Bon, faut dire aussi que depuis que j'étais venu, ils ont tout cassé et refait un service flambant neuf ! Ouais, trop classe... Juste, c'est quand même un peu bête qu'ils n'aient pas prévu de chaise dans les box mais sinon vraiment super leurs travaux... Du bon matos tout neuf, de la place, des jolies peintures, des jolies couleurs... mais pas une seule foutue chaise, purée, je fais comment moi, je me mets en lévitation ? Bon j’exagère, il y a quand même un petit tabouret à roulettes sur lequel je peux m'installer et demander à Vanessa quelles sont les nouvelles.

Vanessa est un peu dans les vapes car ils lui ont redonné un anti-douleur, mais elle me dit quand même qu'ils lui ont fait une prise de sang et une BU (bandelette urinaire) et ... voilà. Ouah, ben dites donc, ça n'a pas chômé dans le service. Une PS et une BU en 2 heures, faut vous calmer là, ça frôle la surchauffe...

Le temps est venu pour moi d'ouvrir une petite parenthèse dans ce récit. Comme vous l'avez sûrement constaté à travers mes précédents articles, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour tout le personnel médical qui s'est occupé de moi depuis maintenant 3 ans. Bon, il y a eu quelques petites anicroches (souvenez-vous de mes tops connards...) mais globalement, je n'ai jamais eu à me plaindre. Cette fois, je vais être un peu plus méchant. On va dire que c'est l'exception qui confirme la règle. Pas de bol pour Vanessa quoi... Je vous propose d'introduire un nouvel indicateur, que je vais cette fois appeler l'indice PMQQB (PutainMaisQuestceQuilsBranlent) qui me permettra de vous indiquer mon niveau d'énervement du moment sur une échelle de 1 à 10. Voilà, fin de la parenthèse.

On discute un peu avec Vanessa de la situation mais elle est assez fatiguée et les douleurs sont toujours présentes dès lors qu'elle bouge trop. Après quelques instants, j'ai le bonheur de faire la connaissance de l'interne qui s'occupe de Vanessa cette nuit. C'est une grande blonde qui a un défaut de prononciation qui fait tout de suite grimper mon indice PMQQB à 5. En plus, en discutant avec Vanessa de son état, elle lui pose une question qui me sidère : "Vous avez déjà eu l'appendicite madame ?" Je... ne... que... hein ? Sérieux ? L'information est si mal transmise que ça ou c'est juste elle qui est débile ? Le premier médecin, les ambulanciers, l'infirmière de tri ont TOUS demandé si Vanessa avait déjà eu l'appendicite. Et même si elle leur fait pas confiance, c'est pas au bout de deux heures qu'il faut demander ça... De toute façon, je suis convaincu qu'elle a déjà posé la question mais qu'elle ne se souvient plus. Cher(e)s (futur(e)s) internes en médecine, s'il vous plait, pourriez-vous avoir l'obligeance de TOUJOURS avec sur vous de quoi écrire et de prendre des notes de temps en temps ? Je sais, vous avez une super mémoire sinon, vous ne seriez pas interne, mais quand même...allez quoi... au moins les trucs essentiels hein ? Je vous ferais bien une petite application sur votre smarphone ou vous dicteriez 2/3 mots clés et ça vous sortirait une belle fiche patient toute jolie toute propre tiens... Quelques minutes seulement après son arrivée, l'interne dit qu'elle va voir si elle a les résultats de la PS... Oui, voilà, fais donc ça, et débarrasse nous le plancher.

Vanessa parvient à dormir un peu. Moi j'essaye de trouver l'équilibre sur ma saloperie de tabouret à roulettes. Impossible de m'appuyer le dos contre le mur avec ce machin. Il faut que je me cale dans un coin pour être à peu près stable. Mais évidement, pas question de dormir ni même de somnoler sans risque de grosse gamelle.

Au bout d'un certain temps (dingue comme on perd toute notion du temps la nuit aux urgences quand même...) l'interne est de retour. Ça tombe bien, Vanessa recommence à avoir mal et il lui faudrait un truc. Elle lui dit qu'elle a les résultats des examens, et il n'y a rien de spécial, tout est à peu près normal. Et là, je vous le donne en mille... Eh oui, vous avez deviné, elle lui repose la question : "Vous avez déjà eu l'appendicite ?" Purée, mon indice fait un bond, là. Après une nouvelle réponse négative, elle dit que de toute façon, rien dans la prise de sang n'indique que ça pourrait être l'appendicite. Elle nous annonce ensuite doctement qu'elle hésite entre deux choses : une infection aux reins ou des coliques néphrétiques. C'est bien ma cocotte, mais ce que tu nous dis là, en gros, c'est que tu ne sais rien du tout, je me trompe ? Elle nous dit ensuite qu'elle va en parler à sa responsable. Traduction : je suis paumé, mieux vaut pour vous que ça soit un vrai médecin qui me dise quoi faire. En voyant Vanessa serrer les dents de douleur, elle réalise quand même qu'il faudrait lui donner un autre anti-douleur et nous dit en partant qu'elle va voir ce qu'elle peut lui donner. Super, elle va quand même servir à quelque chose.

30 minutes plus tard, on attend toujours l'anti-douleur. Je sors du box pour voir ce qui se passe. Si je la trouve dans une salle de réa en train de faire un massage cardiaque à un grand accidenté qui saigne de partout, ok, ça passera pour cette fois, sinon... Mais devinez où je la trouve ? Dans le poste de soin, prélassée dans un fauteuil (ils ont des supers fauteuils ici, comment je pourrais en piquer un?), un café à la main, en train de discuter avec d'autres internes... Mon PMQQB passe à 9 d'un coup. Au moins, quand elle me voit, elle bondit tout de suite de son siège et sort pour me voir. "Ah oui, je vais voir pour l'anti-douleur de votre femme..." Ben oui, comme tu l'avais déjà dit il y a 30 min, grande bécasse ! Je retourne dans le box et trois minutes plus tard, une infirmière vient enfin donner un cachet à Vanessa.

Vers 4h du matin, l'interne a enfin pu parler avec sa responsable... qui décide d'envoyer Vanessa... aux urgences gynécologiques. Ah ? C'est quand même une petite surprise là non ? Quelqu'un nous explique ? non ? Bon, ok... Un brancardier arrive très vite et il faut rassembler toutes les affaires car apparemment, Vanessa va être admise ailleurs. Comment dire... ça laisse quand même un petit arrière goût de "on sait pas quoi faire, on refile le bébé ailleurs, loin, merci, bisou..."

Le bilan à 4h du mat est donc : c'est surement pas une appendicite, encore que, on n'est jamais sûr de rien ma pauv' dame...

à suivre

Publié dans Aux urgences

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Agnès 20/02/2016 22:39

Moi aussi, j'attends la suite avec impatience!

Yann Salquèbre 18/02/2016 10:09

Quel suspense ! J'attends la suite avec impatience...

Irina 18/02/2016 09:59

Ca fait peur ... ! et même moi je me sens énervée alors que je n'étais pas là