Montagnes russes
Parfois, je m'arrête un instant, je me retourne, et je regarde tout le chemin parcouru depuis cette fameuse nuit de réveillon de l'année 2012.
Rien n'a jamais été facile, et des moments de grandes joies ont succédé à des moments de grande peine. L'image des montagnes russes est particulière parlante je trouve. On pourrait aussi parler d'ascenseur émotionnel, ça fonctionne aussi très bien.
Quand je mets bout à bout tous ces moments, j'en ai le souffle coupé. Comment j'ai bien pu faire pour traverser tout ça ? Mais au jour le jour, on ne s'en rend pas compte, on se contente d'avancer vers le prochain objectif.
Je dois vous sembler un peu mélancolique, là, non ? Oh la la la, qu'est-ce qui lui arrive d'un coup ? C'est quoi de ce ton , il veut nous faire chialer ou quoi ? Allez, balance une de tes vannes pourries dont tu as le secret qu'on rigole un peu !
Ne vous inquiétez pas, dans un prochain article, je reprendrai le cours de mes histoires et je vous raconterai en détail toutes les anecdotes croustillantes de Gustave.
Sauf que là, je fais un petit break. Disons que je me suis un peu assis au bord de la route et d'un côté, je contemple tout le chemin parcouru, et de l'autre, tout le chemin qui reste à venir. Je me repose un peu, le temps de trouver un deuxième souffle.
J'en ai bien besoin de cette petite pause. C'est pas tous les jours qu'on se prend une tarte comme celle-là dans les dents. Il faut dire qu'ils m'avaient fait monter tellement haut avec cet essai clinique. J'étais bien obligé de redescendre de mon petit nuage un jour ou l'autre. Bon, pour être précis, ce n'était pas exactement une redescente, plutôt un bon vieux crash.
Ils m'ont fait faire tout un tas d'examens pour préparer cet essai clinique. Et comme de bien entendu, ils se sont réveillés jeudi dernier et avec Vanessa, on a dû courir dans tout Paris. Au programme, examen ophtalmo, scanner cérébral, pulmonaire et abdomino-pélvien, ensuite, électrocardiogramme et échographie du coeur, tout cela pour commencer l'essai lundi dernier.
Il faut bien dire que tout ne s'est pas exactement passé comme on le voulait. On a eu une petite surprise au scanner. Une belle petite métastase, un peu plus d'un centimètre, logée dans le partie droite de mon cerveau, un peu sur l'arrière et un peu au-dessus de l'oreille. Oui, c'est exactement le genre de surprise qu'on n'aime pas avoir.
L'essai a donc été repoussé et l'urgent est maintenant de s'occuper de cette métastase. Le point positif, c'est qu'il n'y en a qu'une. Les médecins et les radiologues ont donc fait tous leurs calculs et leurs simulations pour cramer cette saloperie. Je commence demain. Normalement, ça sera pour trois, voir cinq séances.
Ah, maintenant, venez pas me dire que j'aurai pas tout fait pour expérimenter tous les traitements possibles...
Bon, voilà, je suis toujours en pause, assis sur le bord du chemin, regardant à droite tout ce que j'ai parcouru, et regardant à gauche tout ce qui me reste encore à parcourir.
Encore cinq minutes, et je me remets en route. Allez, disons dix minutes et je me relève...
