Synchronisation des montres !

Publié le par Fred

Peut-être avez-vous remarqué que depuis le précédent article, j’ai accéléré le rythme de mon récit. D’une part, c’est parce que je ne veux pas répéter toujours les mêmes choses, ça risque d’être lassant pour vous. Et d’autre part, je voudrais rattraper le temps dès aujourd’hui, pour qu’on soit synchro à partir de demain sur tout ce qui m’est arrivé. Je vous expliquerai pourquoi toute à l’heure… En attendant, repartons au matin du 24 septembre 2013, quand j’attendais qu’on vienne me chercher pour mon opération du côlon… Le brancardier était censé venir à 11h, il n’est venu qu’à 13h. Moi j’étais à jeun depuis la veille au soir, je commençais vraiment à trouver le temps long. Et l’attente n’était pas encore finie. J’ai patienté 2 heures de plus dans la salle d’attente du bloc opératoire. Après coup, j’ai appris que l’opération qui se déroulait avant la mienne avait connu des complications. Vers 15h, je suis finalement entré dans le bloc et l’anesthésiste m’a endormi relativement rapidement, sans que je voie C.V. comme les autres fois.

Je me suis réveillé pendant la nuit suivante dans le service de réanimation. J’ai reconnu toutes les machines branchées autours de moi, pas de surprise de ce côté-là. En soulevant le drap, j’ai enfin vu un gros pansement à la place de ma poche ! Ça m’a vraiment fait plaisir ça ! J’avais enfin eu la peau de cette maudite stomie ! J’avais aussi un grand pansement tout vertical au milieu du ventre. Je commençais à avoir une belle collection de cicatrices. L’ensemble forme une espèce de caractère chinois ou japonais. J’ai fait des recherches mais je n’ai pas trouvé de correspondance. J’espère que ça ne veut pas dire un truc nul sinon, c’est fini la piscine en Asie pour moi…

L’infirmier qui s’occupait de moi cette nuit-là était jeune et très sympa. A chacune de ses visites, on papotait un petit moment ensemble. Au petit matin, il m’a même proposé son téléphone pour que j’envoie un message à Vanessa. Pour elle, la soirée et la nuit n’ont pas vraiment été facile, elle me l’a raconté après. Elle avait appelé le soir précédent, pour savoir si l’opération s’était bien passée pour moi et on lui avait dit qu’il y avait eu du retard, que j’étais encore au bloc, qu’il fallait rappeler un peu plus tard. Mais entre-temps, l’équipe de nuit avait pris son service et quand Vanessa a rappelé, elle est tombée sur une vilaine débile qui ne voulait certainement pas faire un effort de trop dans son travail. Elle a presque raccroché au nez de Vanessa en lui disant qu’elle ne savait pas où j’étais, qu’elle n’avait pas le temps de chercher et qu’il fallait rappeler demain. Super pour la tranquillité d’esprit ce genre de réponse. Dans l’évaluation finale de mon séjour à l’hôpital, on ne s’est pas privé de raconter cet épisode, en donnant les dates et les horaires précis. On espère qu’ils ont eu la curiosité de voir qui était de service à ce moment-là et que cette personne s’est fait taper sur les doigts… On peut toujours rêver !...

Mon petit sms était donc les premières nouvelles de moi que recevait Vanessa après l’opération ! Elle est ensuite venue me voir en réa pendant la journée. Ce séjour en réa n’a pas duré longtemps car tout se passait au mieux. Le soir du 25 septembre, j’étais de retour dans ma chambre normale en chirurgie digestive. Ma convalescence s’est parfaitement déroulée à l’hôpital, sans aucun problème. Pas de tachycardie, pas de soins intensifs cette fois-ci. C.V. m’a dit que l’opération s’était bien passée mais que j’avais quand même beaucoup saigné dès qu’elle avait commencé à inciser. C’est pourquoi ils avaient décidé de ne pas tergiverser en raccommodant tous les petits bouts sains de mon côlon ensembles. Ça aurait été trop long et trop risqué. Elle avait donc coupé en amont de ma stomie et juste après la tumeur pour ne faire qu’un seul raccordement. 30 cm de côlon partis dans l’opération.

Je suis resté hospitalisé un peu plus d’une semaine puis est arrivé le temps de rentrer à la maison. Avec Vanessa, on avait préparé des petits cadeaux pour les membres du service que l’on aimait bien. On les avait vu toute l’année mais c’était la dernière fois que je serais hospitalisé dans ce service, donc le temps des adieux était venu ! C’est sûr qu’on est tombé sur de beaux spécimens d’imbéciles mais globalement, j’ai vraiment été bien pris en charge et les soins ont été de très bonne qualité. Le 2 octobre 2013, je suis rentré à la maison.

Après l’opération et pendant ma convalescence à l’hôpital, on m’a fait passer un scanner et c’est sur cette base que mon oncologue a mis au point la suite de mon traitement. Maintenant que le système digestif était ok, il ne restait plus qu’à traiter les poumons dans lesquels la maladie avait développé quelques nodules fortement suspects. Comme l’opération s’était bien passée, que je me remettais bien et que tous les indicateurs étaient au vert, il a décidé de poursuivre l’effort avec un nouveau protocole de chimio assez lourd, pour ne pas laisser de répit à la maladie et s’en débarrasser le plus rapidement possible. Je suis donc parti sur un traitement nommé FolFiri qui ressemble beaucoup au précédent FolFox. Il y a simplement un produit qui a changé. Le chemin était clair : 12 séances de prévues avec un scanner de contrôle après la 6e pour voir s’il est possible de faire quelque chose avec la chirurgie. Pendant le reste de l’année 2013 donc, la vie a été rythmée par ces séances de chimio qui tombaient tous les 15 jours. Les effets secondaires étaient quasiment les mêmes que pour l’autre protocole : nausée et fatigue. Sauf que cette fois, les nausées étaient un peu plus fortes et la fatigue durait un peu plus longtemps. En plus, en début de traitement, ils m’ont dit que j’avais une chance sur trois de perdre mes cheveux. Au bout de 4, 5 séances, ils ont commencé à tomber mais pas de manière dramatique. La boule à zéro n’était pas d’actualité et elle ne l’est toujours pas. Les poils de mon corps ont aussi commencé à tomber mais étrangement, ceux de ma barbe n’ont pas bougé d’un poil (c’est le cas de le dire…). Eh oui, je ne vous en ai jamais non plus parlé de ça mais à ma toute première opération, au tout début de la maladie, j’ai décidé de ne plus me raser avant que je ne sois complètement guéri. Je porte donc la barbe depuis plus d’un an. Je voudrais bien voir ma tête chauve avec une grosse barbe, ça pourrait être rigolo. Pas grand monde me reconnaitrait je pense…

J’ai plutôt bien tenu le rythme des chimios en cette fin d’année 2013. Une fois seulement elle a été repoussée d’une semaine. Le mois de janvier 2014 est donc arrivé très rapidement et avec lui, le fameux scanner de contrôle. Seulement, ils n’ont pas pu trouver une date avant celle de la 7e chimio. Donc j’ai fait une chimio de rab avant de savoir ce qu’allait être la suite du traitement. Après le scanner, le docteur B.H. était plutôt satisfait car les nodules n’avaient pas bougé depuis le scanner d’octobre 2013. Il n’y en avait pas moins, mais il n’y en avait pas plus non plus. Il m’a dit que les nodules se multipliaient très rapidement si on ne faisait rien. Par exemple, pendant le temps que je me fasse opérer du colon, ils avaient augmenté en nombre car la chimio avait été arrêtée pendant plus de 2 mois. Donc c’était une bonne nouvelle qu’ils soient maintenant sous contrôle. Mais même si la chimio les contrôlait, elle ne les faisait pas disparaitre pour autant. La chirurgie était donc nécessaire pour les enlever. Et c’est ainsi qu’un rendez-vous fut pris avec un chirurgien thoracique pour le 10 février. Malheureusement, l’hôpital Saint-Joseph, mon hôpital, ne dispose pas d’un service de chirurgie thoracique. Il fallait donc faire sous-traiter cette partie par un autre hôpital, l’hôpital Cochin.

L’hôpital Cochin est situé dans le XIVe arrondissement de Paris, juste en face du Val de Grace. Le service de chirurgie thoracique a été nouvellement créé dans cet hôpital (en fait, c’est le service qui était à l’hôtel-Dieu qui y a été déménagé en 2013). Ce qui est bien, c’est qu’il y a un bloc opératoire tout neuf et dernier cri. Ce qui est moins bien, c’est que pour les consultations de chirurgie thoracique, ils n’ont pas vraiment trouvé de locaux adéquats, ce qui fait que pour mon rendez-vous, on s’est retrouvé dans un sous-sol qu’on a eu du mal à trouver car il fallait presque passer par le local poubelle pour y accéder… Et ce n’est pas le pire. On était convoqué à 13h30 mais on s’est vite rendu compte que cette heure de rendez-vous était tout à fait théorique. La salle d’attente, ou plutôt le couloir d’attente, était rempli de personnes attendant comme moi. Le docteur M. qui consultait était un peu à la bourre et c’était vraiment peu dire. Au bout d’une heure, alors que rien ne bougeait, les personnes ont commencé à parler entre elles… C’était à quelle heure votre rendez-vous à vous ? Moi ? 14h30 et vous ? 14h15, je passerai avant vous ! Une heure de plus et seulement une personne, dont le rendez-vous théorique était le matin, avait vu le médecin. Ça sentait la rébellion dans le couloir… une mutinerie s’organisait lentement et le ton commençait à monter, les noms d’oiseaux à voler… La tension a atteint son paroxysme quand le docteur est brusquement sorti de sa salle de consultation, le téléphone à l’oreille, et est parti presque en courant dans les couloirs de l’hôpital. On ne l’a revu qu’une grosse demi-heure plus tard. Mon tour est finalement venu, après plus de trois heures d’attente.

Avant de le rencontrer, j’avais fait mes recherches sur le docteur M. Je l’avais googlé comme on dit… Et ce qui me semblait intéressant, c’était qu’il n’était pas juste chirurgien thoracique. Il est aussi spécialiste du cancer et a écrit plusieurs livres sur la prise en charge des malades. Notre rencontre n’a pas été très longue, un petit peu plus d’une demi-heure. Pendant cette consultation, il a parcouru en long, en large et en travers mon dernier scanner pour localiser et compter les nodules. Il nous a ensuite expliqué que l’opération était tout à fait réalisable car ces nodules étaient tout petits et en périphérie des poumons. Il y en avait 15 dans le poumon gauche et 9 dans le droit. Il n’était pas possible d’opérer les deux poumons en même temps car il nous a expliqué qu’il passait par le coté du thorax, sous le bras et entre les côtes pour opérer. Il allait donc commencé par le poumon gauche, là où il y avait le plus de nodules et ferait le droit quelques semaines plus tard, en accord avec mon cancérologue. Il allait opérer avec un laser, pour enlever le moins possible de tissu sain. Il a finalement fixé l’opération au 7 mars et m’a dit que j’avais donc encore le temps de faire une chimio avant d’être opéré, chimio qui fut faite juste le lendemain et le surlendemain.

Et me voici donc maintenant juste à la veille de mon admission au service de chirurgie thoracique de l’hôpital Cochin. Je suis enfin parvenu à rattraper mon retard et le blog est maintenant synchro avec les événements. Demain, je dois être à l’hôpital à 10h30. Pendant la journée, je ferai normalement quelques examens préparatoires. L’opération aura lieu après demain, vendredi 7 mars donc. Je voulais que le blog soit synchro avant cette opération car j’ai eu une petite idée. Je voudrais faire un article en live… C’est-à-dire, écrire ce qui m’arrive en direct depuis l’hôpital. Bon, je ne pourrai pas trop écrire depuis le bloc opératoire je pense mais après, je voudrais tenter l’expérience. Peut-être que ça va complétement louper, que je n’aurai pas suffisamment de recul pour faire passer des messages intéressants (quoique un post sous morphine, ça peut surement être drôle…) Ou tout simplement, peut-être que je n’aurai pas d’accès internet et donc là, ça sera complétement raté. Mais bon, on va essayer ! C’est pour cela que je voulais rattraper le temps, pour que vous soyez au courant de tout et pas complètement perdus (eh mais attend, on était en juin 2013 et d’un coup on se retrouve maintenant dans un autre hôpital ? c’est quoi ce délire ?)

Bon bref, même si je ne peux pas faire ce que je veux, j’espère que vous aurez quand même une petite pensée pour moi, vendredi, quand je passerai sur la table d’opération ! J’aurai besoin de l’énergie positive de tout le monde !

Merci d’avance à tous et à bientôt !

Publié dans Vie quotidienne

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Alicia 06/03/2014 18:39

Salut Fred,
Je viens de finir la lecture de (toute) ton épopée! Ce nést qu'a la derniere ligne que je me rends compte de "l'effet synchro" :-O
Un abrazo desde Lima.
Alicia

Yann 06/03/2014 13:21

Salut Fred, on pensera bien fort à toi avec Cindy depuis notre petit appart de Rupt. Good luck !

Silvia Bernal 05/03/2014 21:43

Salut Fred,
Depuis Grosblie, reçois toute notre énergie positive et pour qu'elle soit plus efficace nous serons là avec le petit bon homme qui as les énergies bien chargés :). On vous embrasse très forte a Vanessa et toi. A bientôt. Silvia, Antoine et Christophe

Stéphanie 05/03/2014 21:09

Salut Fred,

Ça y est! Le récit de ton année 2013 est achevé!!! Dire que ces douze mois ont été intenses et riches en émotion est un euphémisme!!!
Quelle aventure tout de même le cancer!!!! Toute ironie mise à part, je sais pas toi, mais moi, aujourd'hui, je prends cette maladie comme un lâcher prise obligatoire, une remise en question profonde... Je lis, je me repose, je prends soin de moi comme jamais, je positive...du moins j'essaye... Je n'ai jamais eu autant de temps!!!! En fait, et bien que cette phrase ne soit pas de moi, mais elle me plait bien, " le cancer représente une trop belle occasion d'évoluer pour la laisser passer!"

J'espère toutefois que cette aventure va bientôt se terminer pour toi afin que tu puisses rapidement reprendre une vie "normale".
Je t'envoie un maximum d'ondes positives pour ton hospitalisation de demain en espérant que tout se passe au mieux.
J'ai vraiment hâte de te lire à nouveau et que tu nous dises que tout va très bien....
A très vite!!!!!!

Steph