Il était une fois, une opération du foie...

Publié le par Fred

Dimanche, 9 juin 2013. Comme prévu, Vanessa et moi arrivons à l’hôpital en milieu d’après-midi. Nous nous rendons directement au service de chirurgie digestive où une infirmière nous montre notre chambre. Je dis « notre » chambre car il s’agit de la même chambre que la dernière fois et on va demander un lit pour Vanessa et elle dormira avec moi, exactement comme avant. On reprend nos petites habitudes quoi... L’infirmière effectue le traditionnel petit interrogatoire d’accueil puis prend mes constantes. Elle me donne ensuite une chemise de malade et pouf, me voilà hospitalisé. On passe le temps comme on peut avec Vanessa mais très rapidement arrive le diner du soir. A 18h30. A la maison, on ne mangeait jamais avant 20h, la transition est un peu rude. Mais bon, je ne sais pas quand je vais pouvoir remanger un repas normal comme ça alors il faut quand même essayer d’en profiter. Le temps s’égrène lentement ensuite : personne ne vient me voir car je n’ai pas de soin particulier à faire et tout va bien pour moi. L’équipe de jour laisse la place à l’équipe de nuit à 20h et on attend encore deux bonnes heures avant qu’il y ait un peu d’animation.

Vers 22h, surprise, qui vient frapper à notre porte ? L’infirmier G. et son aide-soignante F. ! On était très content de les revoir et on a pu un peu papoter avant d’entamer les choses sérieuses. En effet, qui dit opération du foie ou du colon dit rasage intégral du ventre. Ils m’ont donc donné un rasoir électrique et en avant pour la tonte. J’ai fait du mieux que j’ai pu mais tourner bien comme il faut autour de la poche n’était pas très facile. Ils ont dû repasser un peu derrière moi mais au final, tout était ok pour l’opération. Après cette séance intensive de rasage, j’ai dû prendre une première douche antiseptique et mettre des vêtements stériles pour la nuit en vue de l’opération qui devait commencer à 8h30 le lendemain matin. On a passé une nuit plutôt tranquille, j’ai assez bien dormi. En fait, j’étais tout à fait en confiance. Je ne sais pas si c’était de l’inconscience mais j’étais persuadé que tout allait bien se passer. Une opération du foie puis du côlon ? Huit heures de suite au bloc ? pfffff trop facile… on ne pourrait pas rajouter un troisième truc pour pimenter un peu la chose, genre une petite liposuccion du ventre, il me reste quelques petits bourrelets ? Non ? Bande de petits joueurs, va…

Bon, il faut quand même que je vous explique en détail ce qui était au programme pour cette opération. La priorité numéro un était mon foie. Des métastases avaient migré dedans et le scanner révélait plusieurs lésions. La bonne nouvelle, c’était qu’avec les six premières séances de chimio, ces lésions avaient beaucoup régressé et certaines avaient même disparu. Et la deuxième bonne nouvelle, c’était que ces lésions étaient toutes localisées dans la partie droite du foie. Les chirurgiens avaient donc décidé de m’enlever cette partie droite. En langage de chirurgien, c’était une hépatectomie droite qui était donc au menu. Le foie est le seul organe humain qui s’auto-régénère. Donc quelques temps après l’opération, je devais retrouver un foie de taille quasi-normale. Pour cette partie de l’opération, le docteur C.V. devait opérer en binôme avec un autre chirurgien. En revanche, pour la deuxième partie, elle allait opérer toute seule, comme une grande. Cette deuxième partie était normalement moins sensible que la première. Elle consistait à supprimer le bout du colon où se situait la tumeur originelle, opération facilitée là-aussi car grâce à la chimio, la tumeur s’était réduite. Ensuite, il fallait aussi enlever ma stomie et rétablir la continuité de mon système digestif. En gros, il s’agissait d’une grosse opération de plomberie. Mais encore une fois, on m’avait bien fait comprendre que cette deuxième partie était fortement conditionnée au bon déroulement de la première. Si le moindre souci devait arriver, s’ils avaient le moindre doute, ils se contenteraient de l’opération au foie pour le moment.

Lundi 10 juin, 6h30 du matin. Je suis réveillé par G. pour que je prenne ma deuxième douche antiseptique préopératoire. On me redonne ensuite toute une nouvelle panoplie de vêtements stériles et je suis réinstallé dans mon lit totalement propre. Il ne reste plus qu’à attendre le brancardier qui m’amènera dans la salle d’attente du bloc opératoire. Cette fois, il ne se fait pas trop attendre et surtout, il m’amène au bon endroit. On m’attend. D’abord je revois mon médecin anesthésiste qui veut me rassurer en me disant que tout va bien, tout est prêt pour moi : ils ont commandé des poches de sang de mon groupe pour me transfuser pendant l’opération. A ce moment, deux choses se produisent : elle ne me rassure pas du tout et même je me dis que ma grande confiance de la veille était plutôt de l’inconscience. Mais pas trop le temps de tergiverser : C.V. arrive elle-aussi et commence à papoter avec moi de tout et de rien. Voilà, elle, elle me rassure. On me fait ensuite passer sur un brancard spécial pour les opérations et on m’amène au bloc. On s’affaire autour de moi mais je ne vois pas grand-chose. L’anesthésiste est déjà en train de m’injecter le produit qui me fait dormir très rapidement.

J’ouvre les yeux. Je n’ai aucune idée de l’endroit où je suis et ce que je fais ici. Puis petit à petit, mon cerveau émerge et les choses se remettent doucement en place. Oui, c’est vrai, je suis à l’hôpital, je devais faire une opération. Je me sens parfaitement bien, aucune douleur dans le corps. Première constatation : je suis dans une chambre donc on ne m’a pas mis dans la salle de réveil de l’autre fois. J’essaye un peu de bouger et je sens alors plusieurs choses qui me gênent. J’ai quelque chose sur le côté et encore une saloperie de sonde gastrique dans le nez. J’ai aussi des câbles fixés à ma poitrine et quelque chose qui est accroché à mon doigt. Un brassard est également accroché autour de mon bras. Je remue ma main libre et je tâte mon ventre. Déception. J’ai encore une poche, donc ils n’ont pas refermé ma stomie. Quelqu’un entre dans la chambre. « Ah vous êtes réveillé ! Comment vous vous sentez ? » Je ne sais pas comment répondre à cette question donc je dis que ça va bien. Il s’agit de l’infirmière qui s’occupe de moi cette nuit. Ok, donc on est la nuit. Je regarde un peu autour de moi. Je vois que je suis relié à plusieurs machines qui clignotent et qui bipent. L’infirmière me dit que mon opération s’est bien passée pour mon foie mais qu’ils n’ont pas eu le temps de faire mon côlon et ma stomie. Oui, ça j’avais remarqué… Ma chirurgienne passera me voir demain matin et m’expliquera tout ça en détail. Elle me dit aussi que je suis dans le service des soins intensifs et que je vais y rester un petit moment avant de retourner en chambre. Je lui demande ce que c’est que tous ces tuyaux et fils partout autour de moi et elle m’explique que je porte un brassard qui va prendre ma tension toutes les demi-heures automatiquement, que les fils sur ma poitrine servent à contrôler mon rythme cardiaque, que le truc accroché au bout de mon doigt sert à mesurer ma saturation. J’ai aussi un drain qui sort sur le côté pour évacuer le liquide qui s’accumulerait dans le vide laissé par le bout de foie qui me manque. Ils appellent aussi ça un Redon et je ne comprenais pas cette appellation jusqu’au jour où j’ai appris que cette sorte de drain a été mis au point par Henri Redon. Le tube qui sort de mon côté est relié à un flacon sous vide et c’est la dépression ainsi créée qui va permettre d’aspirer le liquide. Vous verrez que ce petit tuyau et ce petit flacon d’apparence complétement anodine vont rapidement se transformer en appareil infernal et me causer de nombreux cauchemars.

Pour le moment je me sens tout à fait bien car ils m’ont rebranché à ma précieuse, mon adorable machine à morphine. Je peux à nouveau avoir droit à mes bolus quand je veux, dès que j’en éprouve le besoin. La nuit se passe plutôt tranquillement. Je dors et je me réveille toutes les heures quand l’infirmière vient relever mes constantes. Le lendemain matin, vers 7h30, j’ai la surprise d’avoir un coup de téléphone dans la chambre : c’est Vanessa ! Elle semble aussi surprise que moi de me parler. En fait, elle appelait simplement le service pour avoir un peu de nouvelles, elle ne s’attendait pas du tout à m’avoir en direct ! Je lui dis que tout va bien, que je me sens bien, qu’elle va pouvoir venir me voir toute à l’heure quand elle veut. Au service des soins intensifs, les visites sont possibles 24h/24. Un peu plus tard dans la matinée, C.V. vient me voir. Elle est contente de me voir réveillé. Elle m’explique qu’elle a vraiment tout fait pour pouvoir m’enlever ma poche mais que ça n’avait pas été possible. L’opération au foie s’est bien passée dans le sens où ils ont pu me retirer la partie touchée par les lésions cancéreuses comme il avait été prévu. Mais elle m’explique aussi que ça avait été plus compliqué que prévu car j’ai beaucoup saigné pendant l’opération et ils ont été obligé de beaucoup me transfuser. Continuer à ce rythme trop longtemps n’aurait pas été raisonnable du tout. Ils ont déjà passé plus de 5h sur mon foie, à deux chirurgiens. Donc elle avait décidé de ne pas aller plus loin pour cette fois. Je ne lui en veux pas du tout. Ils ont déjà fait du très bon boulot et passer quelques mois supplémentaires avec ma poche n’était pas si grave que ça après tout. Elle m’a ensuite laissé en me disant que tout était vraiment très satisfaisant et que je n’allais pas tarder à retourner dans ma chambre où je pourrais me reposer plus tranquillement.

Je suis resté aux soins intensifs jusqu’au jeudi suivant, jeudi 14 juin donc. Tout était vraiment très monotone dans ce service. Toutes les heures une infirmière passait prendre mes constantes. En fin de journée, elle venait changer le flacon sous vide de mon drain quand il était plein. A ce moment-là, j’étais bourré d’antidouleurs donc je ne sentais quasiment rien au cours de ces changements. La situation a un peu changé quand je suis revenu dans une chambre normale, dans le service de chirurgie digestive. J’étais toujours sous antidouleurs mais quand l’infirmière est venue changer mon flacon pour la première fois, j’ai ressenti quelque chose d’inhabituel. Au moment de relier le nouveau flacon au tuyau qui sort sur le côté, si l’opération est faite d’un coup, il y a une brusque dépression qui se créé et le liquide présent est fortement et douloureusement aspiré d’un coup. A partir de cet instant, j’ai commencé à regarder se remplir le flacon avec angoisse, redoutant le moment où il faudrait le changer.

De retour dans notre chambre, on a vite repris nos petites habitudes. Vanessa avait eu le temps d’ouvrir un compte internet et donc on pouvait regarder la télévision ou jouer sur notre tablette. On a également revu les infirmières et les aides-soignantes de ma première opération et on a eu droit à quelques petites visites sympathiques. Dans la nuit du jeudi 14 au vendredi 15, j’angoissais un peu de revoir une infirmière de nuit que je n’aimais pas mais, même si on n’a pas eu le droit à G. et F., on est tombé quand même sur une très gentille infirmière qui m’a agréablement surpris au moment où, au milieu de la nuit, il a fallu à nouveau changer le flacon de mon drain. Elle a dû lire de la peur et de la crispation sur mon visage avant d’effectuer le changement car elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle allait faire très doucement. Et effectivement, elle a parfaitement réussi son coup car je n’ai rien senti. Comme quoi, c’était possible. Elle a juste enclenché le flacon très lentement, pour que l’aspiration commence simplement par un tout petit filet d’air et progressivement elle a fini le branchement du flacon. Je me suis rendormi très rapidement ensuite, fortement soulagé.

Le lendemain matin, vendredi 15 juin donc, Vanessa a constaté qu’il n’y avait malheureusement pas de changement dans la façon dont elle se faisait chasser de la chambre les matins. Elle est revenue après la pause déjeuner et entre temps, ma sœur était arrivée pour nous rendre une petite visite. Mes deux frères étaient aussi censés venir nous voir en fin d’après-midi. On a commencé à papoter sur l’opération, sur la vie à l’hôpital et de tout et de rien. Tout se passait bien jusqu’à ce qu’on soit interrompu par la visite habituelle d’une infirmière qui venait prendre mes constantes. C’était la routine pour moi, donc aucune raison de m’inquiéter. Elle devait prendre ma tension, relever mon pouls, ma saturation et ma température. Sauf que cette fois, rien ne s’est passé comme d’habitude. J’ai tout de suite vu qu’il y avait quelque chose d’anormal quand j’ai lu 150 de pouls au lieu des 60/70 pulsations habituelles. L’infirmière a refait la mesure puis est allé chercher l’interne de garde. Quelque chose n’allait pas. L’interne m’a rapidement examiné puis un autre médecin est venu et a répété l’examen. Ils se sont ensuite consultés longuement et ont pris leur décision. J’étais tachycarde, ils ne savaient absolument pas pourquoi et il fallait faire des examens d’urgence pour savoir ce qui se passait. La première chose à éliminer était l’embolie pulmonaire. Et pour cela, il me fallait un scanner dans l’immédiat. Et c’est ainsi que je fus transporté d’urgence au service d’imagerie de l’hôpital.

A suivre…

Publié dans A l'hôpital

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François 25/02/2014 01:46

Bonjour Fred! On ne se connaît pas mais je connais bien aussi la maladie... Bravo pour ton courage, et continue de te battre! Je fais partie de ces anonymes qui te lisent et qui t'envoient des ondes positives ;)

Yann 11/02/2014 00:12

Coucou Fred, je viens de tout lire entre ce soir et hier soir... c'est très prenant, on en oublierait presque la réalité. En tout cas, ce dernier article s'arrête pile au moment crucial pour décupler le suspense ;-) Guigui m'avait informé de ton état il y a déjà quelque temps.Je me demande si ce n'était pas déjà début 2013... Je suis arrivé sur ton blog via Facebook, ton dernier article est apparu dans le fil d'actualités.

Je me pose deux questions : qui était cet entraîneur de ping qui t'exhortait à affronter ces "ploucs de Ramonchamp" ? Etait-ce Fifi ? Il a succombé à la maladie il y a déjà quelques années (je ne sais plus, 2012 ?) , pas de bol, il avait l'air d'avoir mené une vie saine depuis quelques années, mais ses excès de jeunesse, la génétique ou simplement la malchance l'ont rattrapé quand même :-(

Et deuxième question, comment vas-tu désormais ?

Si tu veux me répondre, j'ai écrit mon mail dans la petite case au-dessus du commentaire, on échangera des nouvelles ou on parlera du bon vieux temps ;-)

Bon courage et à bientôt !