Urgences, Episode 4, la fin

Publié le par Fred

(Résumé de l'épisode précédent :

En plein cœur de la nuit, nous sommes conviés Vanessa et moi, à un petit safari dans une réserve très riche en créatures nocturnes et exotiques : l'hôpital. Nous avons commencé par observer une scène assez triste, celle d'un brancardier qui s'échoue en maternité, son sens de l'orientation sans doute complètement déréglé par le réchauffement climatique. Il arrivera malgré tout à se désensabler et à poursuivre son chemin. Nous avons ensuite assisté à un des plus beaux spectacles que la nature hospitalière nous donne : "le réveil de l'interne de garde". Toutefois, nous n'avons pas pu faire durer cette expérience très longtemps, l'animal restant sauvage et ses réactions assez imprévisibles. Nous sommes donc retournés finalement à notre campement, nous réjouissant par avance de nos prochaines excursions dans ce monde inconnu et sauvage.)

Il est environ 7h30 quand je me réveille brusquement, pris par une violente douleur à la jambe. Pas étonnant avec la position acrobatique dans laquelle je m'étais endormi : elle s'est ankylosée et maintenant, un milliard de petites fourmis me rappellent à son bon souvenir. Je tape du pied par terre comme un fou, ce qui réveille également Vanessa. Bien joué Fred. Sa douleur est un peu descendue, elle la note à 3-4. On discute un peu sur notre nuit agitée et sur la matinée à venir, mais on est soudain interrompu par quelqu'un qui frappe à la porte et passe la tête dans notre box. L'interne blonde ? Sa supérieure ? Une infirmière ? Un brancardier fou ? Pas du tout. Il s'agit de la petite mamie asiatique. Elle a un problème voyez-vous, elle a faim. Elle nous demande donc si c'est ici la cuisine parce que bon, comme personne ne lui apporte son petit déjeuner, elle va se le préparer elle-même. On lui dit non, désolé, c'est pas ici, il vaudrait mieux qu'elle demande à une infirmière. La petite mamie hoche la tête et s'en va.

Vanessa essaye de me faire rentrer à la maison mais ma réponse est évidemment négative. Est-ce qu'elle est rentrée à la maison quand j'étais aux urgences, moi ? Et de toute façon, il suffirait que je décide de rentrer pour recevoir automatiquement un appel, pile au moment où je serait arrivé, qui me dise que tout est fini, c'est bon, Vanessa peut sortir. Après discussion, on arrive à un compromis : je vais aller prendre un petit déjeuner à la cafét de l'hôpital. Il est environ 8h15 quand je laisse donc Vanessa pour aller manger un peu. Au passage, je vois la petite mamie bien sage dans son box, la première fois de la nuit surement, en train de grignoter des biscottes avec une tasse de café. Elle a réussi à avoir gain de cause, la maligne...

A 8h30, l'hôpital est en pleine effervescence. Les équipes de jours remplacent les équipes de nuit, les premiers patients commencent à arriver, ainsi que tout un tas de personnes diverses et variées. Ça grouille un peu de partout mais je réussis quand même à me trouver un petit coin tranquille pour prendre mon petit déj. J'opte pour une formule chocolat-croissant-jus d'orange, formule mollement appelée "la stimulante". Après notre nuit, il m'aurait plutôt fallu une formule "debout les morts" mais bon...

Vers 9h, je suis de retour dans la chambre de Vanessa. On attend encore une petite heure et finalement, un peu avant 10h, un nouveau brancardier vient chercher Vanessa pour l'emmener faire son écho. Cette fois on sait qu'on va revenir aux urgences après l'examen, mais je dois quand même prendre toutes les affaires car "on ne peut pas tout laisser comme ça, sans surveillance", et "on peut avoir besoin du box n'importe quand". D'accord, mec, j'embarque tout. Mais cette fois, on ne va pas me la faire à l'envers : je sais parfaitement où se situe le service d'imagerie de l'hôpital et comment y aller, alors, si tu dévies d'un demi-brancard du bon chemin, mec, je te saute dessus ! Nous voilà donc repartis en excursion dans les couloirs de l'hôpital.

Le chemin ne dure pas longtemps : les urgences et l'imagerie sont presque côte à côte au rez-de-chaussée. A cette heure, l'hôpital a vraiment pris son rythme de croisière de journée et il y a beaucoup de monde qui attend un peu partout. Le brancardier gare Vanessa dans un couloir à côté d'un autre lit. Il transmet le dossier à une infirmière qui nous dit qu'on ne va pas attendre longtemps, il y a juste une personne avant nous. Effectivement, on n'attend pas trop longtemps avant que Vanessa ne soit emmenée en salle d'examen. Moi je m'installe sur une chaise, dans la salle d'attente. Je constate qu'on me regarde un peu bizarrement mais c'est normal. En fait, dès que je suis rentré dans l'hôpital la veille au soir, j'ai mis un masque (de protection, pas d'Halloween, hein...) C'est ce qu'on m'avait toujours conseillé de faire à cause de ma chimio en cours. L'examen dure environ 20 minutes et après que Vanessa est ressortie, on nous amène en gare de stockage, en attente d'un brancardier. Cette salle me rappelle beaucoup de mauvais souvenirs : c'est ici même que j'avais attendu pour mon tout premier scanner, quand j'étais en occlusion. J'avais dû me pencher en urgence de mon brancard pour vomir par terre pendant cette attente. J'entends encore un commentaire de je ne sais pas qui : "Oh non, il en a mis partout, c'est dégueulasse" Eh ouais, cocotte, c'est comme ça et si ça te plait pas, change de métier... malgré mon état, j'avais même eu la force de souhaiter ardemment que ça soit elle qui soit obligée de tout nettoyer.

Après une brève attente, un brancardier arrive et reconduit Vanessa aux urgences. Le problème, c'est qu'à notre arrivée, comme on nous l'avait fait envisager, "notre" box était occupé par quelqu'un d'autre. Et comme tous les autres box fermés étaient pris aussi, Vanessa a été amenée dans une zone où les lits ne sont séparés que par des rideaux, ce qui est loin d'être confortable. Ça fait un peu empilement de malades et l'intimité dans ce genre d'espace n'est plus qu'une lointaine idée. On est donc reparti pour une petite attente, Vanessa dans son lit, à essayer d'ignorer les râles, grognements, cris et autres bruits suspects de son voisinage tandis que moi, je suis exilé dans une petite salle d'attente au bout du service car évidement, il n'y a pas de place pour moi près de Vanessa. Il est alors 11h20.

A 12h16 très précise, je reçois un message (sur mon tél, c'est pour ça que je peux être très précis sur l'heure !) de Vanessa me disant de venir car il y a du nouveau. Les résultats de l'écho sont tombés : il y a comme une petite boule à côté du rein, ce qui provoquerait la douleur. Il s'agirait d'une infection et donc, les médecins vont prescrire des anti-biotiques et des anti-douleurs et tout rentrera dans l'ordre. Soit. C'est donc un peu avant 13h que Vanessa récupère son ordonnance et ses affaires. On se dirige ensuite à l'accueil de l'hôpital où on fait appeler un taxi, comme à la grande époque.

Nous sommes finalement de retour à la maison vers 14h soit 16h après notre départ en ambulance. Vous vous dîtes surement "ah ben dis donc, quelle histoire !" Oui effectivement, sauf que ça n'est pas du tout fini. Non, ne commencez pas à râler, je ne vais pas vous laisser en plan une nouvelle fois. Je vais tout raconter dans cet article, jusqu'à la vraie fin.

Après un rapide passage à la pharmacie, Vanessa a commencé son traitement le jour même. La douleur était toujours présente, dès fois très fort, des fois plus faiblement. Les anti-biotiques ne font pas effet avant au moins deux bonnes journées donc il fallait attendre le week-end et tout irait mieux. Sauf que ça n'a pas été du tout le cas. Même après 3 jours de traitement, rien ne s'améliorait. En plus, les anti-douleurs qu'on nous avait prescrit était du Tramadol. Je ne sais pas si vous connaissez ce truc mais, pour nous, c'est une belle saloperie. Non seulement Vanessa avait toujours aussi mal, mais en plus, elle était prise de nausées et de vomissements dès qu'elle essayait d'avaler le moindre petit truc. C'était la catastrophe. J'ai appelé notre médecin traitement pour lui demander conseil. Elle m'a dit d'essayer d'avoir l'hôpital pour connaitre l'antibiogramme de Vanessa pour savoir si son infection était plus résistante que prévu. Normalement, les labos ont ça en deux jours mais là, on me dit qu'ils ne l'ont pas encore, faut rappeler demain. Mouais, rappeler le dimanche donc, j'y crois à mort... Notre médecin essaye aussi de son côté (elle a des supers pouvoirs de médecin qui a accès aux numéros directs des labos...) sans plus de succès.

Finalement, Vanessa arrive à tenir le choc et le lundi matin, on va consulter directement notre médecin. En voyant les quelques résultats d'analyses faites aux urgences, et en examinant Vanessa, elle a quand même un gros doute sur l'infection rénale. Elle appelle une nouvelle fois l'hôpital, et elle parvient enfin à avoir des réponses à ses questions et cette fois c'est sur, il n'y a aucune infection rénale chez Vanessa, on peut laisser tomber l'anti-biotique tout de suite. Elle, elle penche pour un petit calcul qui est passé. Elle prescrit donc un scanner abdominale ainsi que des nouveaux anti-douleurs car elle est d'accord que le tramadol n'est pas génial génial.

Je fais une petite pause dans le récit pour que vous aussi vous réalisiez bien que tout ce qui a été fait aux urgences a non seulement été mal fait mais en plus a abouti à un mauvais diagnostic. Vous le sentez le PMQQB crever le plafond là ? Bon je sais, j'y connais rien, c'est pas si simple que ça, je ne me rends pas compte de la complexité de tout ça etc etc. Mais quand même.

On a réussi à avoir un rendez-vous pour un scanner quelques jours plus tard et effectivement, un joli petit calcul de 4 mm était en train de faire son chemin dans l'uretère droit de Vanessa. Il était alors à 2 cm de la vessie.

Épilogue

Voilà enfin la fin de toute cette histoire. Même si j'aurais mieux aimé que Vanessa n'ait pas à endurer tout ça, j'ai quand-même pris beaucoup de plaisir à vous raconter cette histoire ici. Et apparemment, vous avez également apprécié car la fréquentation du blog a explosé depuis la publication du premier épisode. Merci à vous. Finalement, il faut croire que raconter ce genre d'histoire me manquait. De là à souhaiter que ça nous arrive plus souvent, à moi ou à Vanessa, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pourtant pas. Par contre, si vous, vous avez un problème, dites le moi ! et je viendrai faire un petit reportage...

A bientôt !

Publié dans Aux urgences

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VéroniqueBM 24/02/2016 17:51

Et bien ! quelle histoire et si bien racontée ^^ Mon mari, quand on commençait tout juste à être ensemble s'est offert une crise de colique néphrétique et pour la petite histoire, il devait passer la nuit à la maison ,chez mes parents et ça lui a pris en pleine nuit ! c'est ma mère, médecin, qui l'a accompagné la nuit voir un confrère pour une piqûre de soulagement en pleine nuit !! (je ne sais plus pourquoi c'était elle ...) et il n'avait que 21 ans !

Agnès 24/02/2016 16:13

Récit haletant...les aventures de Vanessa aux urgences!
J'ai souri, ri et pourtant pendant ce temps là Vanessa souffrait. J'espère qu'elle va bien mieux.
J'ai adoré les résumés des épisodes précédents.
Merci pour tout cet humour!

Poun64 24/02/2016 01:56

Coucou vous deux !
On n'a pas suggéré à Vanessa de faire pipi à travers un filtre..., histoire de récupérer le petit cailloux à des fins d'analyse ?
En fonction de sa composition, il y a des fois des préconisations alimentaires qui sont données pour limiter les risques de rechute...
Tenez-bon, je vous envoie 2 brouettes de courage !

pixelle 23/02/2016 13:21

aïe...la pauvre.va t il devoir continuer son chemin? ou va t il etre dégommé?
biz
stéphanie

Fred 23/02/2016 18:52

Non il sera pas dégommé, il va continuer son aventure jusqu'à élimination naturelle !

Isabelle 23/02/2016 11:03

Incroyable mais vrai ! Pauvre Vanessa ! Mais j'avoue que cette "histoire" m'a fait rire et m'a tenue en haleine : j'attendais la suite avec impatience. Il est l'heure de retourner au taf !

Fred 23/02/2016 18:53

On a également beaucoup ri en écrivant tout ça avec Vanessa !

irina 23/02/2016 10:54

La pauvre Vanessa... j'espère qu'il a fini par passer le vilain! Finalement rien ne vaut le bon vieux médecin traitant!!!
Et vous comment allez vous ?

Bises à vous deux

Fred 23/02/2016 18:55

On ne sait pas trop où il en est maintenant...
Pour moi, je donnerai des nouvelles prochainement !... (eh oui, encore un peu de suspens...)